Les régions ultrapériphériques sont essentielles pour l’avenir de l’Union

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Dans un avis exploratoire demandé par la présidence française au Conseil de l’UE et adopté en janvier 2021, le Comité économique et social européen (CESE) invite la Commission européenne à examiner les avantages substantiels que les régions ultrapériphériques (RUP) peuvent apporter à l’avenir de l’Europe. La Commission devrait également prendre des mesures appropriées pour veiller à ce que ces territoires ne passent pas à côté de la reprise post-COVID, et ne se retrouvent à la traîne en ce qui concerne les transitions climatique, sociale et numérique.
 
Avec près de cinq millions d’habitants, les régions ultrapériphériques apportent à l’Union d’innombrables atouts géostratégiques. Elles contribuent au rayonnement international de lʼEurope, et se caractérisent par de singuliers potentiels de solutions à mettre en œuvre pour relever les défis auxquels est confrontée lʼUE. En revanche, les RUP sont aussi confrontées aux nombreux problèmes que pose la transition, lesquels sont amplifiés par leurs conditions géographiques et socio-économiques uniques. Dans l’avis, le CESE propose de nouvelles mesures en faveur de l’autonomie alimentaire et énergétique dans les RUP, de la transition écologique, du tourisme durable, de l’inclusion sociale, de la participation de la société civile, des compétences ou encore du problème de l’eau et de l’assainissement. 

Le rapporteur, Joël Destom, estime que Ces territoires devraient être considérés comme des bancs d’essai pour promouvoir le progrès à l’échelle mondiale, et ils pourraient devenir des modèles susceptibles d’être reproduits dans les zones où ils sont situés. En revanche, les actions visant à réduire les inégalités dans les RUP ont été mise à mal par la pandémie de COVID-19, et le CESE préconise une réaction forte.

Le corapporteur Gonçalo Lobo Xavier souligne quant lui que le Comité demande également que des mesures soient prises pour garantir l’accès au numérique dans les RUP, et que soit mis en place un grand projet d’accès à l’eau et à l’assainissement dans les prochains programmes opérationnels des régions ultrapériphériques. L’accès à lʼeau potable ainsi quʼà l’assainissement est indissociable du droit à la vie et à la dignité humaine, ainsi que de la nécessité de bénéficier d’un niveau de vie correct.

Alimentation et énergie

La politique européenne doit promouvoir l’autonomie alimentaire des RUP afin que celles-ci puissent être des pionnières pour l’Union sur le terrain et servir de modèles pour les régions environnantes. Le CESE demande à la Commission de prendre en compte la spécificité des RUP dans la stratégie «De la ferme à la table», et de sʼassurer que le Programme dʼoptions spécifiques à lʼéloignement et à lʼinsularité (POSEI) respecte lʼobjectif central de promotion dʼune agriculture durable.
Les coûts de lʼénergie sont généralement plus élevés dans ces régions, et les RUP peuvent donc être de parfaits laboratoires pour atteindre lʼautonomie énergétique de lʼEurope. L’Union devrait contribuer à identifier des sources d’énergie locales, durables et abordables, pour montrer que les RUP sont capables de développer des systèmes fondés sur les énergies renouvelables. Le CESE demande à la Commission de veiller à ce que la directive sur les énergies renouvelables soit mise en œuvre, et que son article 29, paragraphe 13, soit supprimé, dans la mesure où l’Union ne peut subventionner la transition énergétique dans les RUP tout en contribuant à la déforestation dans les pays tiers.

Industrie et compétences

La transition industrielle européenne à l’horizon 2030, puis au-delà vers la neutralité climatique, ne pourra s’opérer que dans le cadre d’une action collective et inclusive. L’écosystème industriel spécifique des RUP doit être intégré à la stratégie industrielle de la Commission actualisée en 2020, mais sous la forme d’une trajectoire bien définie pour accélérer et tirer parti des transitions écologique et numérique. 
La Commission doit également établir un pacte de compétences pour les RUP. La transition écologique ne peut réussir que si ces régions disposent de la main-d’œuvre qualifiée dont elles ont besoin pour rester compétitives. Le CESE estime que les RUP doivent être pleinement intégrées dans la stratégie européenne en matière de compétences, grâce à la mise en place d’un programme de travail spécifique.

Changement climatique, relance après la COVID-19 et tourisme

Les RUP sont les premières à subir les conséquences du changement climatique en raison de leurs caractéristiques géographiques. Elles doivent donc se préparer à réussir la transition visant à assurer un développement durable. Pour y parvenir et atteindre les objectifs du paquet «Ajustement à l’objectif 55», les RUP auront besoin d’un soutien et de ressources financières accrus dans le contexte de la relance pour après la COVID-19.
Par ailleurs, le tourisme est essentiel au développement des RUP, et des plans de relance dans ces régions devraient tenir compte des spécificités du secteur. Un changement d’échelle apparaît nécessaire, intégrant les principes de durabilité dans toutes les activités, pour toutes les professions. Un tourisme durable qui garantit la qualité des emplois et les équilibres commerciaux doit devenir le marqueur emblématique de l’identité des RUP.

La population d’abord

Les RUP doivent anticiper la transformation globale de leurs économies pour répondre aux exigences futures, en portant la plus grande attention à lʼimpact social de ces transitions. Il faut que le plus grand nombre possible de personnes, issues de toutes les catégories de la société, y compris les plus vulnérables, soient associées à ce changement. La société civile doit être dûment associée à lʼélaboration des programmes européens, en lien direct avec les véritables acteurs des territoires. Le CESE estime qu’il est essentiel qu’un point de contact soit établi au sein de la Commission pour que la société civile puisse s’informer directement.

Eau et assainissement

Dans les RUP françaises, les populations n’ont pas accès à l’eau potable et le système d’assainissement est souvent défaillant. Le CESE demande à la Commission de mettre en place un grand projet d’accès à l’eau et à l’assainissement dans les prochains programmes opérationnels des RUP. Ces grands projets devraient être gérés directement par la Commission.


Contexte:
Le CESE reconnaît que les régions ultrapériphériques (RUP), malgré les milliers de kilomètres qui les séparent du continent européen, sont des régions faisant partie intégrante de l’Union. Les régions ultrapériphériques (RUP) sont des îles, des archipels et un territoire terrestre (Guyane française). 
Parmi elles, neuf régions sont situées dans l’océan Atlantique occidental, le bassin des Caraïbes, la forêt amazonienne et l’océan Indien. 

  1. France: Guyane française, Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin, île de La Réunion, Mayotte 
  2. Portugal: Açores et Madère
  3. Espagne: Îles Canaries 

Les RUP comptent près de cinq millions d’habitants. Le CESE souligne que les RUP représentent lʼEurope dans le monde, offrent à l’Europe un espace maritime inégalé par aucune autre puissance et de multiples atouts géostratégiques.
 

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