Les défis de l'Europe et les priorités du groupe des travailleurs

«La préservation des droits des travailleurs doit être une priorité absolue dans toute stratégie de redressement et de reconstruction au lendemain de la crise du Covid-19, dont la solidarité est le principe moteur. La sauvegarde des emplois de qualité, la protection des travailleurs et la relance sociale doivent être mises sur un pied d'égalité avec les préoccupations économiques, en tant que condition préalable à un modèle social, environnemental et économique durable», a souligné Oliver Röpke, président du groupe des travailleurs, lors de son discours d'ouverture de la réunion extraordinaire du groupe des travailleurs le 24 novembre 2020.

Des personnalités importantes ont participé à la réunion, notamment Ana Mendes Godinho, ministre portugaise du travail, de la solidarité et de la sécurité sociale, Frans Timmermans, vice-président exécutif de la Commission européenne en charge du pacte vert, Aurore Lalucq, députée du S&D et membre de la commission des affaires économiques et monétaires du PE, Jonás Fernández, coordinateur du S&D de la commission des affaires économiques et monétaires du PE, et Colin Crouch, professeur émérite de l'université de Warwick.

Le débat du matin a porté sur les défis sociaux auxquels l'Union européenne est confrontée. L'accent a été mis sur l'importance du socle européen des droits sociaux, de la participation des travailleurs et du dialogue social dans la reprise.

Cinzia del Rio, vice-présidente de la section du CESE sur les affaires sociales, a souligné la nécessité de mettre en œuvre le socle européen des droits sociaux dans le cadre du plan de relance, afin de faire face en priorité à l'impact extrêmement négatif de la pandémie sur les conditions de travail qui entraîne une croissance de la pauvreté et des inégalités.

Ana Mendes Godinho, ministre portugaise du travail, de la solidarité et de la sécurité sociale, a insisté sur le fait que la persistance de la pauvreté et du chômage nécessitaient des solutions européennes : la dimension sans précédent de la pandémie ne permettait pas à un pays de relever seul les énormes défis. Elle a également souligné que le dialogue social était crucial pour s'assurer que les instruments de relance soient efficaces mais aussi équitables et inclusifs. Elle a réitéré la nécessité d'un engagement social de la part de l'Europe afin que l'importance du modèle social comme un facteur clé à la réussite de la transition verte et numérique soit reconnue.

Le débat de l'après-midi sur les défis économiques a notamment porté sur les questions de l'accroissement des inégalités, de la redistribution et des différents outils de convergence dans le cadre du plan de reconstruction, avec un accent particulier mis sur la fiscalité et la question des ressources propres de l'UE.

Stefano Palmieri, président de la section du CESE sur les affaires économiques, a ouvert le débat en soulignant la nécessité d'assurer la participation des partenaires sociaux à l'élaboration des plans nationaux de mise en œuvre de l'instrument européen de relance et de résilience. Il a abordé des questions essentielles telles que l'importance du vote à la majorité qualifiée en matière fiscale au sein du Conseil européen et la nécessité d'une requalification des travailleurs européens pour soutenir la transition verte et numérique.

Jonás Fernández, coordinateur du S&D de la commission des affaires économiques et monétaires du PE, a souligné que les États membres ne pourraient pas tous compter sur la même marge fiscale pour faire face à la phase de la reprise. Pour faire le grand saut, il était nécessaire que l'UE dispose de ressources propres ; les pays qui avaient bloqué cette possibilité par le passé devraient compter sur eux-mêmes pour rembourser leur propre dette, s'ils continuaient ce blocage.

Aurore Lalucq, députée du S&D et membre de la commission des affaires économiques et monétaires du PE, a appelé à la flexibilité au niveau macroéconomique et à des propositions concrètes pour faire face aux répercussions extrêmes du COVID-19, telles que le chômage massif qui touchait particulièrement les jeunes, la dévastation de secteurs économiques entiers et l'énorme dette publique. Elle a souligné l'urgence de préserver l'activité productive de l'Union et a appelé à un budget solide, à des politiques monétaires innovantes et à mettre l'accent sur les questions fiscales pour façonner l'économie de manière à répondre aux attentes des citoyens.

Colin Crouch, professeur émérite de l'Université de Warwick, a souligné que cette crise sans précédent avait sensibilisé le public aux travailleurs à faibles revenus et aux services à la personne. Par conséquent, la lutte contre les inégalités dans ce domaine devrait être une priorité absolue dans le cadre du programme de reconstruction. En ce sens, il a également souligné l'importance de repenser la manière dont les entreprises sont taxées, de sorte que l'emploi lui-même ne soit pas le seul point d'attention, simplement parce qu'il est le plus facile à repérer. Il a exhorté l'UE à prendre en compte les inégalités régionales qui résultent de la délocalisation des industries et des services de pointe vers des zones bien connectées, laissant derrière elles des zones déprimées exposées au danger du populisme.

Le dernier débat, qui était consacré aux défis environnementaux, a examiné l'aspect social et les possibilités qu'offre le pacte vert, en mettant l'accent sur la nécessité de rendre la transition non seulement durable mais aussi équitable.

Frans Timmermans, vice-président exécutif de la Commission européenne, a souligné que le projet du pacte vert en vue d'une transition progressive vers la neutralité climatique ne serait couronné de succès que s'il bénéficiait du soutien des citoyens. Il était donc important de s'assurer que la transition verte ne laisserait personne à la traîne et cette phrase n'était pas purement une déclaration politique mais un élément essentiel du pacte vert. Ce dernier exigeait des citoyens de faire un investissement important pour transformer notre société ; pour les travailleurs, les compétences ne seraient plus les mêmes à l'avenir. D'énormes efforts de reconversion seraient nécessaires au sein de l'UE pour donner aux travailleurs l'optimisme nécessaire pour chercher de meilleurs emplois. En outre, aider les régions les plus touchées à réaliser cette transformation devait être une priorité absolue.

Peter Schmidt, président de la section du CESE sur les affaires agricoles, a souligné que la pandémie offrait la possibilité de forger une société respectueuse du climat, durable et égalitaire. Il a demandé instamment que l'accord vert intègre la dimension sociale en tant que priorité pour assurer une transition socialement juste et a appelé à investir des ressources importantes pour en faire un succès. Il a mis en exergue l'importance d'impliquer le CESE et les syndicats dans ce processus.

Pour Lucie Studničná, vice-présidente du groupe des travailleurs, la facilité de relance et de résilience dans le cadre du programme NextGenerationEU était nécessaire de toute urgence pour aider les régions fortement dépendantes du charbon, par l'ouverture d'opportunités d'emplois et de perspectives aux travailleurs. L'objectif du pacte vert devrait être de transformer les industries tout en préservant des conditions de travail décentes et les systèmes de négociation collective et en permettant aux travailleurs d'avoir leur mot à dire.

En fait, la nécessité de garantir des normes plus élevées de participation des travailleurs à ces processus de restructuration et aux décisions qui affectent directement les intérêts des travailleurs a été soulignée à plusieurs reprises par les membres du groupe des travailleurs au cours du débat. Le pacte vert est avant tout un processus social dans lequel les travailleurs, qui peuvent également être considérés comme des investisseurs sur leur lieu de travail, devraient avoir leur mot à dire.

La présidence du groupe des travailleurs rassemblera toutes les contributions des membres et des orateurs invités afin de définir et d'actualiser les priorités du groupe pour les cinq prochaines années et au-delà, en abordant des questions cruciales qui préoccupent l'UE et ses citoyens, telles que la pauvreté et l'inégalité croissantes, les conditions de travail et les relations industrielles, le dialogue social, la durabilité, la transition équitable et autres.

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