L’avenir des relations commerciales de l’Union européenne : tracer la voie à travers l’incertitude

À l’heure où le paysage commercial mondial ne cesse de gagner en complexité, les responsables politiques et les chefs d’entreprise européens sont confrontés à la double difficulté de l’instabilité géopolitique et de la mutation des relations transatlantiques.

Lors d’une récente table ronde, les membres du groupe ont évoqué avec des experts l’avenir de la politique commerciale de l’UE, en mettant particulièrement l’accent sur les relations commerciales transatlantiques dans la perspective de l’échéance du 9 juillet fixée pour le règlement des différends tarifaires entre l’Union et les États-Unis.

En ouverture de la session, Antje Gerstein, membre du groupe, a souligné l’importance que revêt la sécurité juridique pour les entreprises en rappelant que le climat actuel est marqué par une incertitude sans précédent. Malgré ces turbulences, elle a noté que les niveaux d’investissement en Allemagne restent historiquement élevés, ce qui témoigne de la force sous-jacente de l’économie européenne, même lorsque les entreprises évoluent dans un contexte mondial instable.

Trouver l’étroit chemin permettant de concilier la relation avec les États-Unis, la diversification et la réforme

Thibaut L’Ortye, directeur principal des affaires publiques chez AmCham, a souligné l’incidence négative des menaces tarifaires qui pèsent actuellement sur les prix, les chaînes d’approvisionnement et la confiance des entreprises. L’Union européenne et les États-Unis approchent du délai fatidique du 9 juillet fixé pour la résolution des différends tarifaires. En effet, le président américain Trump ayant menacé d’imposer des droits de douane de 50 % sur toutes les importations de l’UE si les négociations échouent. M. L’Ortye a fait part de son optimisme prudent quant à la possibilité de trouver une solution, mais a mis en garde contre les conséquences que pourrait engendrer l’échec des négociations.

M. L’Ortye a souligné que, malgré quelques tensions politiques, les questions essentielles liées aux relations commerciales entre l’Union et les États-Unis sont restées globalement inchangées au fil du temps. Il a instamment demandé la poursuite d’un engagement constructif, en soulignant que les entreprises sont conscientes des différences entre la rhétorique politique et les changements politiques réels. La solidité des liens d’investissement de part et d’autre de l’Atlantique montre, selon lui, qu’un accord doit être conclu car les enjeux sont trop élevés.

Sofia Muñoz Albarran, directrice des relations interinstitutionnelles à la DG TRADE, a présenté la stratégie multidimensionnelle de l’UE conçue pour relever les défis actuels. Elle a décrit les efforts qui sont actuellement déployés pour s’engager, négocier et rééquilibrer, en particulier en ce qui concerne les mesures appliquées à l’acier et à l’aluminium, qui sont suspendues jusqu’au 14 juillet.

Outre les États-Unis, l’UE poursuit activement la diversification des échanges, des négociations étant en cours avec le Mercosur, le Mexique, l’Inde, l’Indonésie, les pays de l’ANASE et l’Arabie saoudite. Mme Muñoz Albarran a souligné que l’objectif est d’obtenir des accords qui soient viables sur le plan commercial, et pas seulement n’importe quel accord qui fasse les gros titres.

Afin de surveiller l’incidence des détournements des flux commerciaux et des mutations sectorielles, l’UE a lancé de nouveaux systèmes de surveillance et des consultations publiques. Sur la scène mondiale, l’Union continue de défendre la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), malgré la crise que traverse l’institution de nos jours. La prochaine conférence ministérielle de l’OMC, qui se tiendra à Yaoundé, au Cameroun, en mars 2026, est considérée comme un moment clé pour faire progresser le programme commercial de l’UE fondé sur des règles.

Les préoccupations en matière d’environnement et de durabilité, telles que la déforestation, font désormais partie intégrante des négociations commerciales de l’UE, en particulier avec des partenaires tels que le Mercosur, l’Inde et l’Indonésie. Cette approche reflète la volonté du bloc d’aligner sa politique commerciale sur les objectifs plus vastes du pacte vert. Certaines parties prenantes ont mis en garde contre le fait que l’UE pourrait trop étendre sa portée réglementaire par rapport à ses objectifs environnementaux.

Incidence sur les activités: PME, charges réglementaires et nécessité d’accélérer le processus

Dominic Boucsein, chef du commerce international au sein d’Eurochambres, a présenté le point de vue des entreprises européennes. Il a affirmé que les tensions géopolitiques suscitent les principales préoccupations, en particulier parmi les petites et moyennes entreprises (PME), qui sont plus vulnérables face à l’incertitude et à l’évolution rapide de la réglementation. M. Boucsein a constaté que les investissements initialement destinés aux États-Unis ont tendance à être réorientés vers d’autres marchés, tels que le Maroc.

Il a préconisé que l’accent soit à nouveau mis sur la compétitivité, l’innovation et la conclusion rapide d’accords commerciaux significatifs. «Des négociations comme celles portant sur le Mercosur ne peuvent pas s’éterniser pendant des décennies», a insisté M. Boucsein, soulignant que 87 % du commerce mondial a lieu en dehors des États-Unis et ne devrait pas être négligé. Il a également plaidé en faveur d’une meilleure utilisation des accords commerciaux existants, d’une sensibilisation accrue des entreprises et d’une coopération renforcée entre la Commission européenne, les chambres de commerce et les gouvernements nationaux.

En effet, de nombreuses entreprises de l’UE ne tirent pas pleinement parti des accords commerciaux existants, souvent en raison d’un manque d’information ou d’obstacles administratifs.

De nouveaux conflits commerciaux?

De nombreux intervenants ont souligné le risque que les États-Unis adoptent une «taxe de revanche»: une nouvelle loi américaine pourrait infliger des droits de douane punitifs s’élevant jusqu’à 20 % aux pays dotés de régimes fiscaux «déloyaux», ce qui mettrait sous pression les exportateurs européens. Avec des droits moyens historiquement bas (1,4 %) entre l’UE et les États-Unis, même des augmentations modestes pourraient avoir des effets négatifs importants, se répercutant non seulement sur le commerce, mais aussi sur les normes et la sécurité mondiales.

Des questions ont été posées quant à la capacité de l’UE à jouer un rôle de premier plan dans le commerce mondial, compte tenu notamment de la surproduction chinoise et des incidences sectorielles. Les pays BRICS ont critiqué certains mécanismes de l’Union tels que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), et les conflits commerciaux liés aux mesures de durabilité se multiplient.

D’autres parties prenantes ont mis en exergue la vulnérabilité de l’industrie sidérurgique face à la menace de droits de douane de 50 % et à une dépendance persistante à l’égard du gaz russe, malgré les efforts de diversification.

Dans leurs observations finales, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’agir de toute urgence, de faire preuve d’unité et de se tenir prêts.

Thibaut L’Ortye a rappelé que, quel que soit le dénouement qui interviendra d’ici le 9 juillet, les entreprises continueront de rechercher des opportunités de part et d’autre de l’Atlantique. Il a souligné que la valeur de la relation transatlantique reste inestimable.

Sofia Muñoz Albarran a attiré l’attention sur le fait qu’au cours des dernières années, les États-Unis n’ont pas toujours été un partenaire fiable et qu’un tarif de 50 % serait désastreux pour les deux économies. Elle a appelé de ses vœux des progrès urgents en ce qui concerne les accords commerciaux.

Dominic Boucsein a insisté sur l’importance d’un dialogue permanent avec les décideurs politiques américains et les gouvernements nationaux. Selon lui, si les droits de douane devaient entrer en vigueur, un soutien d’urgence aux entreprises touchées serait indispensable, et l’UE devrait faire preuve d’unité et pragmatisme dans sa réponse.

À l’approche de l’échéance du 9 juillet, l’avenir des échanges commerciaux de l’UE et la stabilité du système commercial mondial sont en jeu. Les discussions qui ont eu lieu à Bruxelles ont clairement montré que si la voie à suivre est ardue, les responsables politiques et les chefs d’entreprise partagent la détermination commune de préserver les intérêts économiques de l’Europe, de promouvoir un commerce durable et de maintenir des liens transatlantiques solides. Les semaines à venir mettront à l’épreuve la capacité de l’UE à faire face à l’incertitude avec souplesse, résilience et détermination.

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