La meilleure politique anti-pauvreté est la création d'emplois

La meilleure politique sociale, c’est l’emploi. En tant qu’employeurs et représentants des entreprises, nous constatons chaque jour que l’emploi et les possibilités d’entreprendre constituent le moyen le plus sûr de sortir de la pauvreté et le fondement le plus solide de la dignité, de l’autonomie et des perspectives d’avenir.

La réduction de la pauvreté commence par l’emploi et les compétences, complétés par des politiques efficaces d’activation et de mise en adéquation: une éducation et une formation étroitement alignées sur les besoins du marché du travail, et l’apprentissage tout au long de la vie comme norme, et non comme exception.

Aujourd’hui, 92,7 millions de personnes dans l’UE — soit 20,9 % de la population — sont menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale. Il ne s’agit pas seulement d’un défi social, mais aussi d’une perte économique. Chaque personne exclue du marché du travail représente des talents inexploités, une demande non satisfaite et un potentiel perdu pour nos entreprises et nos communautés.

C’est un risque réel pour nos sociétés. Nous demandons donc des politiques qui relient les personnes à de véritables possibilités: une orientation professionnelle de qualité, des apprentissages, des formations en milieu professionnel, la reconnaissance de l’expérience acquise et des services de l’emploi capables de mettre rapidement et efficacement en relation les candidats et les postes vacants. Les mesures d’activation doivent être concrètes et personnalisées, en associant la formation à des services de garde d’enfants, à une aide à la mobilité, à l’accès au numérique et à des incitations qui rendent le travail financièrement avantageux.

Les compétences sont au croisement de la politique sociale et de la compétitivité. L’Europe connaît des pénuries persistantes de main-d’œuvre et de compétences, tandis qu’un trop grand nombre de travailleurs n’ont toujours pas accès au perfectionnement et à la reconversion professionnels. Cette situation est perdante pour tous: les personnes restent enfermées dans des emplois de faible qualité ou précaires, et les entreprises peinent à se développer.

Nous appelons à concevoir les systèmes d’éducation avec les employeurs, et pas seulement pour eux. Les programmes d’enseignement doivent répondre aux besoins actuels du marché du travail; les filières d’enseignement et de formation professionnels doivent jouir d’un véritable prestige; et les microcertifications doivent rendre les compétences visibles, transférables et immédiatement utilisables. La formation des adultes est particulièrement urgente: seuls 39,5 % des adultes ont participé à une formation en 2022, un niveau bien inférieur à l’objectif de 60 % fixé par l’UE pour 2030.

L’apprentissage tout au long de la vie ne peut rester un slogan: il doit devenir une responsabilité pour les demandeurs d’emploi, et pas seulement une exigence imposée aux employeurs. Il doit être reconnu comme une composante normale de toute vie professionnelle et être accessible aux femmes qui reprennent une activité, aux travailleurs âgés, aux personnes peu qualifiées et aux habitants des régions en mutation industrielle. Les employeurs sont prêts à investir dans la formation, mais ils ont besoin de cadres prévisibles, de financements souples et de partenariats avec les prestataires d’enseignement et les services publics de l’emploi.

Les objectifs de l’UE pour 2030 — un taux d’emploi de 78 % et au moins 15 millions de personnes en moins menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale — sont ambitieux, mais réalisables. Ils ne seront pas atteints par les seules subventions. Ils le seront en construisant un marché du travail où chacun peut travailler, apprendre, s’adapter et progresser, et en créant des possibilités pour les personnes qui ont des idées et l’esprit d’entreprise.

Par Sandra Parthie, présidente du Groupe des employeurs de la CESE.

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