La défense au premier rang des priorités de l’Union : quelles implications pour l’industrie européenne ?

Le 26 mars 2025, le groupe des employeurs a organisé un débat avec des représentants des institutions de l’Union et de l’industrie européenne de la sécurité et de la défense. Son président, M. Stefano Mallia, a ouvert ce débat en faisant valoir que face aux incertitudes qui planent sur le monde, l’engagement de l’Union à renforcer ses capacités de défense ouvrait de nouvelles perspectives en matière d’innovation, de création d’emplois et de croissance économique.

Le Fonds européen de la défense, doté d’un budget de 8 milliards d’EUR pour la période 2021-2027, change en effet la donne pour le secteur. En plus de favoriser la collaboration entre les États membres, cette initiative dynamise la recherche et le développement dans le domaine des technologies de pointe. De l’intelligence artificielle à la cybersécurité, en passant par les technologies spatiales et les systèmes sans pilote, les possibilités d’expansion sont immenses pour les entreprises.

De plus, les efforts consentis par l’Union en faveur de l’autonomie stratégique dans le domaine de la défense contribuent à rendre l’industrie européenne correspondante plus robuste et plus compétitive. Cette volonté d’autonomie n’est pas synonyme d’isolement, mais témoigne d’une ambition de développer les capacités de l’Union pour en faire un partenaire plus solide sur la scène internationale.

La Commission européenne, par la voix de M. François Arbault, directeur chargé de l’industrie et de la défense à la DG DEFIS, a confirmé que la préparation de l’industrie de la défense de l’Union constituait notre «meilleure assurance-vie», d’où la priorité donnée à son avantage concurrentiel. «Nous devons nous assurer de disposer d’une force de dissuasion crédible d’ici 2030, car la menace est concrète et il importe de la parer. Nous allons soutenir la compétitivité et investir dans une industrie plus innovante», a-t-il ajouté, soulignant que les États membres pouvaient désormais activer la clause dérogatoire nationale, qui leur offre une bouffée d’oxygène en leur permettant d’augmenter leurs dépenses de défense sans déclencher la procédure de déficit excessif.

Mme Nathalie Errard, vice-présidente principale d’Airbus chargée des affaires européennes, a ensuite fait remarquer qu’aucun pays de l’Union n’était capable d’élaborer un système commercial de A à Z. Ils doivent donc unir leurs forces, comme pour le projet Airbus, qui constitue à cet égard un exemple éloquent. «Les États membres augmentent leurs budgets de défense, mais cela ne suffira pas; nous avons besoin de synergies et d’approches intégrées», a-t-elle souligné, ajoutant que les initiatives de l’Union devaient être conçues au niveau européen, en mettant en place une coordination adéquate.

M. Vassilis Theodosopoulos, responsable des questions de défense et de sécurité près l’Association des industries européennes de l’aérospatiale, de la sécurité et de la défense (ASD), a ensuite évoqué le livre blanc conjoint pour une défense européenne — Préparation à l’horizon 2030 de la Commission, qui souligne que «quel que soit le format choisi par les États membres, la réalisation de projets collaboratifs renforcera la coordination, générant ainsi des économies d’échelle et améliorant les délais de mise en œuvre. Cela stimulera à son tour la capacité de production de l’industrie européenne de la défense». Les États membres se sont fixé pour objectif commun d’acheter 35 % du total de leurs équipements de défense de manière groupée.

M. Theodosopoulos a également fait observer que si nous disposions de moyens de lever des fonds, d’une stratégie et d’instruments de passation conjointe de marchés et d’investissement, une interopérabilité plus poussée faisait encore défaut. Pour développer les industries de la défense, a-t-il souligné, nous devons nous pencher en premier lieu sur la demande. Il admet que la création d’une DARPA de l’Union, pendant européen de l’Agence américaine pour la recherche avancée des projets intéressant la défense (DARPA), serait une idée intéressante, sachant que les innovations militaires peuvent ensuite être transposées dans le domaine civil. Plusieurs institutions de ce type existent déjà en Europe, comme le Conseil européen de l’innovation (CEI), l’Agence fédérale allemande pour l’innovation disruptive (SPRIN-D) et l’Agence britannique pour la recherche avancée et l’invention (ARIA). Jusqu’à présent, toutefois, aucune d’entre elles n’est parvenue à réaliser le plein potentiel d’une DARPA européenne.

M. Marcin Nowacki, membre du groupe des employeurs du CESE et rapporteur de l’avis ECO/655 sur «Le financement de la défense dans l’Union européenne», a quant à lui indiqué que le programme d’innovation de l’Union était d’autant plus urgent dans le contexte actuel: l’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis en lumière la nécessité de renforcer la base industrielle de défense du bloc, et la course mondiale à l’intelligence artificielle a montré toute l’importance d’être à l’avant-garde des technologies civiles de pointe.

Ces deux domaines sont de plus en plus interconnectés, comme ce fut déjà le cas pour bon nombre des principales réalisations de la DARPA, du GPS à Siri (l’assistant personnel virtuel d’Apple), en passant par les drones.

M. Nowacki a pour finir souligné l’importance de nouveaux investissements dans la technologie des drones, les infrastructures, les missiles et les systèmes de défense aérienne. Il a également évoqué les limites qui empêchent les PME de passer à l’échelle de l’Union et de concourir pour décrocher des contrats, un point qui n’est pas abordé dans le livre blanc.

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