IL EST GRAND TEMPS DE FAIRE DE L’UNION DE L’ÉGALITÉ UNE RÉALITÉ

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Les États membres devraient procéder à une collecte de donné exactes, et mener des politiques adéquates pour garantir la mise en œuvre effective du plan d’action de l’Union européenne contre le racisme et pour mettre au jour le racisme et la discrimination ethnique, qui se sont aggravés au cours de la pandémie de COVID-19 en Europe.

Étant donné qu’un quart des Européens se sentent discriminés dans au moins un domaine de leur vie, les discriminations raciales et ethniques atteignant un niveau record en ce qui concerne l’emploi, il est urgent de s’efforcer d’actualiser et de faire appliquer la législation visant à lutter contre le racisme dans toute l’Union européenne, comme l’a montré une audition virtuelle organisée par le Comité économique et social européen (CESE).

Ces efforts nécessiteront l’engagement non seulement de tous les États membres, mais également de toutes les parties prenantes sur le terrain, les organisations de la société civile et les organismes de promotion de l’égalité qui jouent un rôle crucial pour vérifier que le plan d’action lancé par la Commission européenne en septembre 2020 est mis en place de manière adéquate.

L’audition intitulée «Une Union de l’égalité: plan d’action de l’UE contre le racisme 2020-2025», tenue le 18 mars dernier, réunissait des orateurs issus des institutions de l’Union européenne, des réseaux de la société civile et des plateformes européennes consacrées aux droits humais et à la lutte contre le racisme. Les contributions à cette audition viendront alimenter un avis que le CESE élabore actuellement sur le sujet.

Dans son allocution d’ouverture, Cristian Pîrvulescu, rapporteur de l’avis du CESE, s’est félicité du plan d’action de l’Union européenne contre le racisme en soulignant qu’il arrive à un moment très opportun, car les inégalités et les attitudes discriminatoires se sont aggravées au cours de la pandémie.

Les chiffres présentés lors de cette audition ont brossé un tableau peu réjouissant de la situation sur le terrain.

Thibault Balthazar, de la task-force «Égalité» de la Commission, a déclaré que le racisme pouvait se faire sentir dans tous les domaines de la vie.

Nous disposons d’une série de chiffres tirés d’enquêtes qui montrent que 30 % des personnes interrogées ont fait l’objet d’une discrimination fondée sur leur origine ethnique ou immigrée dans leur accès au marché du travail, a-t-il expliqué, soulignant la nécessité de tirer parti des outils juridiques, politiques et budgétaires et de combiner des mesures ciblées et spécifiques pour lutter contre les pratiques discriminatoires.

Il souligne le rôle important des États membres et les encourage à adopter les plans d’action nationaux d’ici la fin de l’année 2022, en y associant la société civile et les organismes de promotion de l’égalité. Le premier rapport sur la mise en œuvre de ces plans d’action étant attendu en 2023, la participation de toutes les parties prenantes des échelons national, régional et local à la lutte contre le racisme sur le terrain sera cruciale.

La dernière enquête menée par l’Agence des droits fondamentaux (FRA) auprès de 25 500 répondants a donné lieu à des conclusions similaires: une personne sur quatre s’est sentie discriminée en raison de son origine ethnique dans au moins un domaine de sa vie quotidienne.

Joanna Goodey, cheffe de l’unité «Recherche et données» de la FRA, a confirmé en présentant les résultats de l’enquête à cette audition que la plupart des répondants ont été victimes de discrimination au travail ou lors de leur recherche d’emploi.

La crise de la COVID-19 et les terribles conséquences qu’elle fait peser sur la population européenne ont encore aggravé le problème.

LES POLITIQUES EXISTENT, MAIS LES DONNÉES FONT DÉFAUT

Aleksandra Wesoły, de la Commission, a présenté les instruments de l’Union européenne tels que le réseau de sensibilisation à la radicalisation (RSR) et d’autres plateformes contribuant à lutter contre la radicalisation et les discours extrémistes, qui ont actuellement tendance à trouver un écho auprès de certaines personnes. La pandémie a donné aux extrémistes la possibilité d’influencer les débats publics et de toucher des populations qui se trouvaient normalement en dehors de leur rayon d’action, a-t-elle averti.

Maria Daniella Marouda, de la commission européenne contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe (ECRI), un organe de surveillance des droits de l’homme, a indiqué que son étude soulignait les progrès accomplis dans le domaine de la législation anti-discrimination; 76 % des recommandations prioritaires de la CERI pour chaque État membre, qui devaient être mises en œuvre dans un délai de deux ans, l’ayant déjà été totalement ou en partie. Il est positif de savoir que les pays ont adopté des lois et des politiques contre la discrimination, même si des améliorations sont encore possibles, a-t-elle déclaré.

Elle souligne toutefois que la plupart des incidents à caractère raciste ou ethnique restent largement invisibles, parce que les victimes craignent de les dénoncer ou qu’elles ne font pas confiance à la police.

Ce manque de données entrave sérieusement les efforts qui visent à lutter contre les pratiques discriminatoires.

La législation existe, mais les données font défaut, a souligné Mme Goodey. Si nous voulons que le plan d’action soit couronné de succès, nous avons besoin que ces données soient collectées de manière fiable et régulière.

L’ACTION AU NIVEAU LOCAL

Yoomi Renström, rapporteure de l’avis du Comité des régions sur le plan d’action de l’UE contre le racisme, a souligné que les collectivités locales et régionales doivent être reconnues comme des partenaires stratégiques dans la conception, la mise en œuvre et le suivi du plan d’action national.

Csaba Asztalos, président du Conseil roumain de lutte contre la discrimination, a souligné un certain nombre de difficultés critiques: disposer de bases de données accessibles et de stratégies de communication sans équivoque. Il souligne que la société civile a encore besoin d’être renforcée, en particulier en ce qui concerne sa capacité à saisir la justice concernant des cas de discrimination raciale.

Marie Mescam, de l’association SOS Racisme à Paris, a souligné qu’il est urgent de créer un espace de dialogue au sein de l’Union européenne où la société civile, les plateformes européennes, les organismes de promotion de l’égalité et les organisations de lutte contre le racisme auraient la possibilité de se rencontrer, d’échanger leurs expériences et leurs pratiques, et de partager leurs connaissances.

Juliana Wahlgren, responsable des campagnes de sensibilisation du Réseau européen contre le racisme (ENAR), a fait valoir le concept d’intersectionnalité, estimant qu’il est essentiel et qu’il doit être clairement compris. Ce n’est que lorsque la discrimination est abordée dans toutes ses dimensions — individuelle, institutionnelle, structurelle et historique — que le potentiel complet de l’intersectionnalité peut être déployé, a-t-elle déclaré.

Mme Wahlgren exprime également l’espoir que la consultation et la participation de personnes d’origine raciale ou ethnique minoritaire, dotées d’une expertise stratégique des organisations de la société civile, pourraient jouer un rôle important dans la mise en œuvre effective du plan d’action.