European Economic
and Social Committee
L’industrie européenne est de retour
Sans une industrie européenne forte, il ne sera pas possible d’atteindre l’autonomie stratégique ni la compétitivité indispensable à l’économie européenne. Les citoyens européens ont besoin que l’UE conserve une base industrielle solide, source d’emplois de qualité, de progrès, d’innovation et de création d’activités de services à forte valeur ajoutée. Les institutions européennes ont enfin compris cette urgence.
Dans ce contexte et en lien avec la crise du coût de la vie, le Comité économique et social européen (CESE) a décidé de promouvoir ce qu’il appelle un «avis-cadre» couvrant différents angles et secteurs. La commission consultative des mutations industrielles (CCMI) du Comité a choisi le processus de réindustrialisation comme moyen de contrer l’impact du coût de la vie sur les citoyens et les entreprises européens.
S’il salue l’initiative de la Commission européenne de lancer une «boussole pour la compétitivité», le CESE lui demande d’y inclure des points de contrôle et des indicateurs de performance clairs, afin que tout cela ne reste pas lettre morte.
Dans le domaine de l’énergie, qui est aujourd’hui un frein à l’industrie et à l’économie européennes, l’avis demande que des mesures rapides, et pas seulement à long terme, soient prises pour garantir une énergie sûre, stable et prévisible, dont le prix permet la compétitivité des entreprises sans étouffer les ménages.
L’autonomie stratégique doit être au cœur du processus de réindustrialisation, en agissant non seulement sur les entreprises directement concernées, mais aussi sur la chaîne de valeur. L’industrie européenne est confrontée à une pénurie de personnel qualifié, c’est pourquoi il est urgent de réduire la bureaucratie dans l’octroi des permis de travail, dans le cadre de la législation européenne. Ce dont nous avons besoin, c’est d’attirer une main-d’œuvre qualifiée qui enrichira la société européenne.
L’objectif de la politique industrielle doit être de rendre l’UE à nouveau attractive et propice à l’investissement industriel, en tirant parti des qualifications de ses travailleurs, de sa sécurité juridique et, bien sûr, de son marché unique.
Le dialogue social doit être pleinement intégré dans le processus de réindustrialisation touchant non seulement les grandes entreprises, mais surtout les PME, qui représentent la grande majorité des entreprises européennes.
Il existe un sujet particulièrement sensible dans certains groupes sociaux et politiques: la simplification de la bureaucratie. Comme le dit le président du groupe des employeurs, «simplification ne signifie pas déréglementation. Il ne s’agit pas de démanteler le pacte vert ou les garanties sociales essentielles. Il s’agit d’éliminer la bureaucratie qui ne profite à personne».
Comme toujours, le diable est dans les détails, mais loin de nous décourager, nous devons approfondir un processus de réindustrialisation qui implique des investissements tout au long de la chaîne, depuis les investissements publics dans les infrastructures jusqu’aux investissements des entreprises dans l’industrie, en encourageant la création d’emplois de haute qualité, en favorisant la reconversion professionnelle tout au long de la vie des travailleurs, en maintenant les normes sociales qui sont au cœur de l’acquis communautaire, et en promouvant l’innovation entrepreneuriale comme moyen de progresser continuellement et de développer des services à forte valeur ajoutée.
Ce n’est pas une tâche facile, mais je suis fermement convaincu qu’une industrie forte, implantée dans toute l’UE, peut être l’un des principaux moteurs qui permettront d’optimiser la position concurrentielle de l’économie européenne et d’améliorer substantiellement la situation des citoyens et des entreprises européens.
Andrés Barceló Delgado, Membre du groupe des employeurs du CESE et rapporteur de l’avis CCMI/239 sur le thème «Réindustrialisation de l’Europe — opportunités pour les entreprises, les travailleurs et les citoyens dans le contexte de la crise du coût de la vie».