Chères lectrices, chers lecteurs,

Une citation de mon poète irlandais préféré, Patrick Kavanagh, me revient souvent à l’esprit: «Personne ne vous aime pour ce que vous avez fait, mais pour ce que vous pourriez faire».

La pertinence de ces mots se vérifie assurément dans la phase actuelle du prochain budget à long terme de l’UE, le cadre financier pluriannuel. Il est en effet souhaité et attendu que ce CFP s’inscrive dans l’air du temps et qu’il soit assorti d’une réelle ambition, ainsi que des fonds nécessaires pour répondre à nos priorités dans un monde de plus en plus déstabilisé, s’agissant de la compétitivité, de la sécurité, de la transition écologique, de la cohésion sociale et des inégalités.   

Les négociations ne portent pas uniquement sur des chiffres, mais aussi sur l’orientation future de notre Union et sur notre capacité commune à agir. Je suis fier que nos nombreux avis sur divers aspects du CFP aient fait entendre la voix et apporté l’expertise des citoyens, des travailleurs et des employeurs de tous les États membres dans l’élaboration des politiques de l’UE sur cette question. Il n’est pas facile de trouver un compromis entre nos trois groupes sur un sujet aussi critique. Mais c’est là que réside la force du CESE et c’est pourquoi nous jouons un rôle si indispensable à Bruxelles. 

En plus de faire preuve d’ambition et de protéger des budgets essentiels tels que ceux consacrés à la PAC et à la cohésion, le CFP doit associer la société civile et les acteurs régionaux à sa conception et à son exécution. Il s’agit d’une condition préalable à son succès.   

Tels sont les messages que j’ai véhiculés lors des réunions très productives que j’ai tenues le mois dernier avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le commissaire à l’agriculture et à l’alimentation, Christophe Hansen. Il est encourageant d’entendre que la présidente de la Commission approuve nos travaux dans ce domaine, ainsi qu’en ce qui concerne la stratégie et la plateforme de la société civile et les questions relatives au logement abordable. 

Le logement et la gestion de la procédure du CFP sont deux domaines prioritaires pour la prochaine présidence irlandaise du Conseil de l’UE, qui démarrera le 1er juillet. Le 10 juin dernier, le Taoiseach (premier ministre), Micheál Martin, a annoncé à Dublin que la compétitivité, la sécurité et les valeurs constitueraient les priorités de sa présidence de l’UE. 

Je me réjouis que la participation de la société civile soit non seulement un élément à part entière de la priorité consacrée aux valeurs, mais aussi un fil conducteur de l’ensemble du programme de la présidence irlandaise. Le premier ministre et le ministre d’État chargé des affaires européennes, Thomas Byrne, l’ont exprimé avec force plus tôt dans la journée au château de Dublin, lors de notre réunion extraordinaire du bureau. 

Le gouvernement irlandais a demandé au CESE d’élaborer huit avis exploratoires sur plusieurs priorités communes, notamment le logement, la compétitivité, la réglementation numérique, la lutte contre la pauvreté et l’approche de l’UE à l’égard de l’élevage, afin de veiller à ce que les voix et l’expertise de la société civile, des employeurs et des travailleurs soient entendues lors de l’élaboration des politiques de l’Union au cours de la présidence de l’Irlande. 

À titre personnel, en tant que premier président irlandais du CESE pendant la présidence irlandaise du Conseil de l’UE, je me réjouis à la perspective de ces travaux et à l’idée de représenter le Comité lors de manifestations de haut niveau et de réunions informelles du Conseil sur des sujets tels que les droits sociaux, l’agriculture et la politique des consommateurs dans les mois à venir. L’objectif est de nous appuyer sur notre étroite collaboration avec la présidence chypriote de l’UE, qui œuvre sur des sujets tels que la résilience dans le domaine de l’eau, l’éradication de la pauvreté, l’agriculture durable et les migrations humaines. 

Cette nouvelle coopération débutera les 5 et 6 juillet à Ballina, dans le comté irlandais de Mayo, lors de la réunion informelle des ministres de l’emploi et de la politique sociale, au cours de laquelle je participerai aux discussions sur la lutte contre la pauvreté, la protection des travailleurs et la lutte contre l’écart entre le taux d’emploi des personnes handicapées et celui des autres personnes. 

Comme je l’ai souligné lors d’une réunion bilatérale qui s’est récemment tenue avec la vice-présidente exécutive chargée des droits sociaux et des compétences, Roxana Mînzatu, nous disposons désormais d’une stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, et nous devons maintenir la dynamique dans ce domaine. Le CESE jouera un rôle concret dans sa mise en œuvre, grâce à l’accord de coopération qui sera signé avec la Commission. 

Si la lutte contre la pauvreté n’est pas une sinécure, elle ne va pas à l’encontre de la volonté d’améliorer la compétitivité. Les deux sujets doivent aller de pair — aujourd’hui et dans le prochain budget à long terme de l’UE.  

Séamus BOLAND

Président du Comité économique et social européen