European Economic
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UN BUDGET ERASMUS+ PLUS IMPORTANT NE SIGNIFIE PAS NÉCESSAIREMENT UN MEILLEUR SOUTIEN AUX ÉTUDIANTS
Erasmus+ a beau être l’un des programmes les plus appréciés de l’UE, son succès commence à grever son budget. Compte tenu du fait que davantage d’étudiants souhaitent participer au programme et que le coût de la vie augmente, les universités avertissent que le financement d’Erasmus+ proposé pour le prochain budget à long terme de l’UE pourrait s’avérer insuffisant. Joachim Wyssling, de la European University Foundation, a expliqué à EESCInfo ce que cela pourrait signifier en pratique: des subventions de moindre montant, davantage de formalités administratives et moins de possibilités offertes à ceux qui en ont le plus besoin.
Bien qu’Erasmus+ soit souvent décrit comme la manière la plus concrète dont les jeunes participent à l’Europe, des discussions récentes mettent en évidence un décalage entre sa popularité et la réalité actuelle en matière de financement. Alors que les négociations sur le prochain CFP se poursuivent, comment décririez-vous la situation que connaît actuellement le secteur de l’enseignement supérieur dans l’UE?
La situation de l’enseignement supérieur dans l’Union est paradoxale: d’un côté cet enseignement est primordial, socialement populaire et stratégiquement important, mais de l’autre il manque de ressources eu égard à la mission qu’on lui confie et aux attentes que l’on place en lui. Erasmus+ reste l’un des programmes européens les plus visibles et les plus appréciés, avec plus d’un demi-million d’étudiants qui y participent chaque année. Pourtant, le débat actuel sur le financement montre que la demande augmente plus rapidement que l’enveloppe financière.
Cet écart est préoccupant car lorsqu’elles participent à Erasmus+, les universités sont invitées à agir simultanément sur plusieurs fronts: mobilité, inclusion, compétences, transition numérique, transition écologique, coopération internationale et soutien à la résilience démocratique. L’actuelle proposition de la Commission est importante car elle préserve l’ampleur du programme en termes nominaux. Toutefois, la véritable préoccupation est de savoir si elle peut soutenir les ambitions du secteur après avoir tenu compte de l’inflation, des nouvelles actions, de l’augmentation de la participation, de l’objectif de mobilité de 23 % d’ici à 2030 fixé par la Commission et de la poursuite du développement des alliances entre universités européennes.
Dès lors, le secteur n’est pas en crise, mais sous pression. Le vrai risque encouru est celui d’une érosion progressive: toujours plus d’objectifs, de complexité et d’attentes sans l’indispensable augmentation des ressources pour y parvenir.
La Fondation universitaire européenne a publié une série de recommandations pour la période 2028-2034, qui incluent des changements structurels majeurs tels que l’extension des accords interinstitutionnels afin de réduire les formalités administratives et l’introduction d’ajustements au coût de la vie selon les villes pour les subventions. Au-delà d’une simple augmentation du budget, de quelle manière ces réformes spécifiques modifient-elles l’expérience d’Erasmus+ pour les étudiants et les universités?
Les recommandations de la Fondation universitaire européenne ne sont pas uniquement des solutions techniques; ces changements rendraient Erasmus+ plus équitable, moins bureaucratique et plus accessible dans la pratique quotidienne. L’extension des accords interinstitutionnels réduirait le travail administratif récurrent afin d’éviter de recommencer à plusieurs reprises les mêmes formalités administratives. Nous affirmons que cela permettrait d’économiser des centaines de milliers d’heures de travail et de laisser les institutions se concentrer davantage sur la qualité et moins sur la bureaucratie.
Les ajustements au coût de la vie selon les villes auraient un impact tout aussi concret sur les étudiants. À l’heure actuelle, dans les villes chères, les allocations accordées exclusivement selon les grandes catégories de pays peuvent s’avérer insuffisantes pour soutenir financièrement les étudiants; un modèle qui tiendrait compte des villes d’accueil permettrait de mieux aligner les subventions sur le coût réel de la vie. Il s’agirait d’une étape décisive pour améliorer l’inclusion de manière ciblée et efficace.
Globalement, ces réformes transformeraient Erasmus+, un programme simplement disponible, en un programme réellement viable pour un plus large éventail d’étudiants et d’universités. En d’autres termes, elles n’amélioreraient pas seulement la gestion administrative, mais aussi l’accessibilité et la prévisibilité du programme ainsi que la confiance qui lui est accordée.
La Commission européenne a proposé un budget de 41 milliards d’euros pour Erasmus+, ce qui représente une augmentation nominale de 50 %. Toutefois, votre analyse suggère qu’après avoir tenu compte de l’inflation, de l’ajout de nouvelles actions et de l’augmentation de la participation, le pouvoir d’achat réel pourrait ne pas augmenter du tout. Si la proposition actuelle correspond effectivement à un statu quo budgétaire en termes réels, quels sont les risques immédiats pour le secteur?
Si le budget proposé finit par être un «statu quo» en termes réels, le premier risque est qu’Erasmus+ cesse progressivement de concrétiser ses propres ambitions politiques. La proposition de la Commission s’élève à environ 40,8 milliards d’euros, soit une augmentation nominale de près de 50 %, mais nous soutenons, avec les parties prenantes du secteur de l’enseignement supérieur, que l’inflation, l’élargissement du champ d’application du programme et l’augmentation de la participation absorberont la majorité de cette hausse.
La conséquence immédiate serait une pression sur les volumes de mobilité et sur les mesures d’inclusion. Si de nouvelles actions sont ajoutées sans que le budget ne soit réellement augmenté, il faudra renoncer à certains aspects du programme: le niveau des allocations, le nombre de participants, le soutien institutionnel, la coopération ascendante ou les initiatives d’excellence telles que les alliances universitaires européennes. En pratique, cela signifie moins d’étudiants bénéficiaires, une concurrence accrue et une plus grande probabilité que la participation reste plus facile pour ceux qui disposent déjà de ressources suffisantes — une réalité qui se manifesterait tant au niveau individuel au détriment des étudiants issus de milieux socio-économiques défavorisés que sur le plan institutionnel pour les établissements d’enseignement supérieur de plus petite taille.
Pour les universités, le statu quo du budget réel serait également synonyme d’instabilité. Elles doivent mettre en place une coopération transnationale accrue, des systèmes numériques plus intégrés et un soutien renforcé à l’inclusion, mais avec des ressources qui ne suivent pas le rythme du coût de la mise en œuvre. Cela crée une charge administrative et limite la capacité du programme à élargir de manière significative l’accès.
Si vous pouviez adresser une recommandation définitive aux négociateurs du Parlement européen et du Conseil afin que le prochain CFP garantisse véritablement l’avenir de l’enseignement supérieur européen, quelle serait-elle?
Notre seule recommandation serait la suivante: garantir un modèle de budget et d’allocation qui protège la valeur réelle d’Erasmus+ et la part de l’enseignement supérieur, plutôt que de s’appuyer sur une augmentation nominale qui semble plus importante sur le papier qu’elle ne l’est dans les faits. Cela signifie que les négociateurs devraient ramener la part du budget du secteur à un niveau qui reflète le rôle central du programme dans l’enseignement supérieur et la mobilité en Europe, et faire correspondre l’enveloppe aux besoins réels, plutôt que de se contenter d’un symbole politique.
Pour être encore plus précis, je dirais qu’il y a lieu de protéger les ambitions en adaptant le financement au nombre de participants, à l’inflation et à la portée du programme et en sanctuarisant le pilier consacré à l’enseignement supérieur afin que la mobilité et la coopération ne soient pas sacrifiées au nom de nouvelles priorités. Sans cela, l’UE risque de conserver la popularité d’Erasmus+ populaire au détriment de son efficacité, ce qui constituerait une perte stratégique pour l’espace européen de l’éducation et pour la cohésion sociale de l’Europe.
Joachim Wyssling est directeur exécutif adjoint de la Fondation universitaire européenne et possède une expertise en matière d’internationalisation de l’enseignement supérieur, de mobilité internationale des étudiants, de transformation numérique de l’enseignement supérieur et de gestion de projets multiculturels à grande échelle financés par l’UE. Il a coordonné de nombreuses initiatives financées au titre des programmes Erasmus+, Horizon Europe et du mécanisme pour l’interconnexion en Europe. Historiquement, Joachim a cofondé la branche française du réseau des étudiants Erasmus (ESN) et a été vice-président d’ESN International.