European Economic
and Social Committee
LA TRANSITION DE L’EUROPE VERS UNE VÉRITABLE ÉCONOMIE CIRCULAIRE DANS L’INTÉRÊT DE TOUTES ET TOUS
Par Cillian Lohan
L’Europe s’attaque à l’un de ses plus grands défis actuels: la «triple crise planétaire» — le changement climatique, la pollution et la perte de biodiversité — dont la cause principale réside dans la consommation exponentielle des ressources. Les mesures politiques déployées depuis des années n’auront pas permis à l’Union européenne d’atteindre ses objectifs en matière de circularité.
Le futur acte législatif sur l’économie circulaire constitue une occasion unique de changer de cap. Il doit aller au-delà du peaufinage et de l’application des règles existantes et au contraire fixer une trajectoire précise vers une économie qui respecte les limites planétaires tout en renforçant la résilience et la compétitivité de l’Europe. L’heure n’est plus à considérer la circularité comme une simple politique environnementale, mais bien comme une véritable stratégie économique et géopolitique.
Un changement de paradigme s’impose: réduire la demande, et pas seulement les déchets
L’action politique a trop longtemps privilégié l’efficacité: recycler davantage et produire mieux. Ces efforts sont nécessaires, mais ils ne suffisent plus désormais. Si la consommation générale continue d’augmenter, les gains d’efficacité seront tout simplement neutralisés.
Le CESE plaide dès lors pour un changement de paradigme fondamental: la réduction de l’utilisation des ressources doit devenir un objectif central. Cela suppose de compléter le recyclage par des mesures fortes axées sur la demande afin de s’attaquer directement à la surconsommation.
En d’autres termes, l’Europe doit passer de «mieux utiliser les ressources» à «moins utiliser les ressources».
Fixer des limites claires
Cette transition nécessite des orientations précises. Le Comité préconise d’introduire des objectifs en matière d’empreinte sur les matières premières qui soient alignés sur les limites planétaires, offrant ainsi un cadre semblable aux objectifs climatiques.
De tels objectifs permettront d’offrir une prévisibilité aux entreprises, d’orienter les investissements et de garantir la responsabilité, ancrant de ce fait l’économie européenne dans les limites écologiques.
Que la circularité soit viable sur le plan économique
Les solutions circulaires ne pourront se déployer qu’avec l’appui des marchés. Aujourd’hui, les matériaux recyclés peinent souvent à être compétitifs en raison des écarts de prix, d’une réglementation hétérogène et de préoccupations liées à la qualité.
L’acte législatif sur l’économie circulaire doit mettre en place un véritable marché unique des matières premières secondaires. Grâce à la suppression des obstacles et à l’établissement de normes claires, les modèles économiques circulaires pourront prospérer et générer une valeur à la fois environnementale et économique.
Les citoyens au cœur de la circularité
Cette transition doit fonctionner pour tout le monde. Les travailleurs, les consommateurs et les PME vivront ce changement de manière différente, et il faudra entendre leurs préoccupations dès le départ. Aussi le Comité perçoit-il la société civile comme un acteur clé dans la conception et la mise en œuvre de solutions circulaires sur le terrain.
L’économie circulaire n’a pas qu’un aspect matériel, l’enjeu est humain. Elle devra créer des possibilités, soutenir l’adaptation et veiller à ce que personne ne soit laissé de côté.
Un choix stratégique pour l’Europe
En fin de compte, l’acte législatif sur l’économie circulaire dépasse la seule question de la durabilité. Il s’agit de la capacité de l’Europe à réduire sa dépendance à l’égard des ressources importées, à renforcer sa compétitivité et à se forger une résilience dans un monde incertain.
Le message du Comité est clair: la transition doit être systémique, ambitieuse et juste. En opérant les bons choix dès à présent, l’Europe peut ouvrir la voie à une économie qui prospère dans les limites planétaires, et apporte des avantages durables à ses citoyennes et citoyens.