Par Krzysztof BALON

Éradiquer la pauvreté permet à la population de vivre dignement: il s’agit donc d’une composante essentielle des valeurs de l’Union, mais aussi d’un élément indispensable pour une démocratie stable. Les données statistiques montrent toutefois que la pauvreté reste à un niveau inacceptable: en 2024, on estime que 93,3 millions de personnes, soit 21 % de la population de l’Europe des Vingt-sept, étaient exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale.

Même si le nombre total de personnes touchées a diminué de 1,1 million depuis 2020, le taux de pauvreté n’a baissé que de 1 %. À ce rythme, où environ 283 000 personnes sont sorties de la pauvreté chaque année, l’Union manquera, à plus de 8 millions de personnes près, son propre objectif, consistant à sortir au moins 15 millions de personnes de la pauvreté d’ici à 2030. Les statistiques mettent également en évidence un écart entre les hommes et les femmes: en 2024, 22 % des femmes étaient exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion, contre 20 % des hommes. Les enfants restent le groupe le plus vulnérable d’Europe, alors que les adultes âgés font toujours face à un risque de pauvreté persistant. Les personnes handicapées sont confrontées de façon disproportionnée à la pauvreté et à l’exclusion, et la crise actuelle du logement est un facteur majeur de pauvreté comme d’anxiété de la population. Enfin, le fait d’avoir du travail ne constitue plus une protection fiable, car la qualité de l’emploi représente désormais un facteur déterminant pour le risque de pauvreté. Tous ces éléments soulignent qu’il faut de toute urgence adopter une stratégie européenne globale de lutte contre la pauvreté (SLP) fondée sur les droits.

Le Comité économique et social européen (CESE) demande donc que la toute première SLP soit rapidement adoptée et mise en place, et que les principes pertinents du socle européen des droits sociaux soient appliqués. Le Comité estime que la SLP doit reposer sur une définition multidimensionnelle de la pauvreté, qui tienne compte non seulement de la privation matérielle, mais aussi des dimensions, sociale, psychologique, politique et de genre. La stratégie doit reconnaître la pauvreté comme une violation des droits fondamentaux et comme une forme d’injustice systémique, et viser à éradiquer l’extrême pauvreté tout en fixant des objectifs ambitieux et mesurables, comme celui de réduire la pauvreté de 50 % d’ici à 2030.

Les principaux éléments de la SLP devraient inclure:

  • des normes contraignantes en matière d’adéquation du revenu et de la protection sociale dans tous les États membres;
  • des mesures pour lutter contre la pauvreté des travailleurs au moyen du dialogue social, ainsi que la bonne mise en œuvre de la directive relative à des salaires minimaux adéquats;
  • la garantie d’un accès universel à des services publics abordables et de qualité, tels que les soins de santé, l’action sociale, le logement et l’éducation, ainsi qu’un soutien à l’apprentissage tout au long de la vie;
  • la promotion du développement de l’économie sociale;
  • l’association des personnes en situation de pauvreté à toutes les étapes du cycle de la stratégie et un financement durable des organisations de la société civile qui les défendent.

Si la responsabilité de lutter contre la pauvreté incombe avant tout aux États membres, la mise en œuvre de la SLP devrait également être soutenue au niveau européen, en lien avec l’objectif d’éradiquer l’extrême pauvreté. Un coordinateur européen spécifique devrait être nommé pour concentrer les efforts de l’Union, des États membres et de la société civile en ce sens. Pour sa part, le CESE continuera à s’engager activement pour promouvoir ces actions à l’avenir.