European Economic
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LES AGRICULTEURS DOIVENT ÊTRE AU CENTRE DE L’AGRICULTURE NUMÉRIQUE
Alors même que l’IA pourrait rendre l’agriculture européenne plus compétitive et plus durable, la plupart des agriculteurs en sont exclus: selon les estimations, seules 3 à 4 % des exploitations agricoles de l’UE recevront un financement en faveur d’outils numériques au titre de la PAC actuelle, signale Stoyan Tchoukanov, président de la section «Agriculture, développement rural et environnement» du CESE.
Lors des Journées européennes de l’agroalimentaire, en décembre 2025, une réalité importante a été mise au jour: Sur plus de 400 participants rassemblés pour débattre de l’avenir de l’agriculture numérique, seuls six étaient des agriculteurs, et deux d’entre eux utilisaient une solution numérique pour gérer leur exploitation. Ce constat révèle une faille majeure: l’Europe ne peut pas façonner un avenir numérique de l’agriculture sans associer activement les agriculteurs à ces évolutions.
Bien que la numérisation fasse l’objet de discussions depuis des décennies, le soutien réel apporté sur le terrain reste circonscrit. Dans le cadre de l’actuelle politique agricole commune (PAC) de l’UE pour la période 2023-2027, on estime que seules 3 à 4 % des exploitations agricoles de l’Union pourront bénéficier d’un financement spécifiquement axé sur les technologies agricoles numériques. Même en incluant les mesures de modernisation des exploitations agricoles au sens large, ce chiffre n’atteint que 7,6 % environ.
Il faut aussi opérer une nette distinction entre l’utilisation d’outils numériques de base et une véritable transformation numérique. Alors que plus de 90 % des agriculteurs utilisent au moins un outil informatique ou logiciel, ils sont nettement moins nombreux à pouvoir financer ou accéder à des technologies avancées telles que l’agriculture de précision, les capteurs ou les systèmes fondés sur l’IA. Le niveau de soutien public spécifiquement consacré à ces investissements reste faible,
et les données confirment ces manquements. Selon le Centre commun de recherche de l’UE, les logiciels de gestion d’exploitation agricole et les outils satellitaires ne sont utilisés que par un agriculteur sur cinq environ, et l’usage de drones reste négligeable dans la plupart des États membres.
Les outils numériques et l’IA peuvent rendre l’agriculture européenne plus compétitive, plus durable et plus résiliente, à condition que les agriculteurs soient connectés, soutenus et associés à l’élaboration de ces solutions. Sans eux, l’innovation numérique risque d’être cantonnée au stade d’ambition politique plutôt que de se concrétiser sur le terrain.
Stoyan Tchoukanov est le président de la section NAT du CESE depuis octobre 2025, et il est membre du CESE depuis 2020. Au sein du Comité, il représente l’Association pour l’élevage des races bovines à viande en Bulgarie, où il est également à la tête de son propre élevage bovin.