Les concepteurs et les développeurs d’interfaces numériques devraient prendre davantage conscience de la diversité des besoins en matière d’information. Bart Simons de l’Union européenne des aveugles (UEA) les exhorte à se mettre dans la peau des personnes handicapées, ne serait-ce qu’un instant, afin que la révolution numérique bénéficie à tous

L’accès à l’information est essentiel. Les personnes aveugles et malvoyantes sont depuis longtemps pionnières dans l’élaboration d’outils techniques permettant de consulter des informations imprimées, ce qui est essentiel à leur autonomie de vie. Nous avons été parmi les premiers à utiliser des scanners pour lire du texte au format papier et, il y a dix ans déjà, des outils d’intelligence artificielle installés sur nos smartphones nous décrivaient notre environnement.

De manière générale, nous nous félicitons que les informations et de nombreux processus deviennent disponibles sous forme numérique. Il importe cependant que la numérisation soit mise en œuvre de manière intelligente et inclusive. La conception et le développement de sites web, d’applications, de services bancaires, de livres et de plateformes d’achat accessibles aux utilisateurs ayant des besoins très divers offrent de nombreuses possibilités. Des textes législatifs tels que l’acte législatif européen sur l’accessibilité sont en place, des normes ont été élaborées et il est possible de personnaliser les smartphones et les ordinateurs et de les équiper de technologies d’assistance afin que chacun puisse les utiliser.

Nous devons toutefois sensibiliser davantage les concepteurs et les développeurs d’interfaces numériques. Ces derniers doivent être formés de manière à ce que le potentiel que recèle la numérisation pour répondre à nos besoins en matière d’accès à l’information devienne une réalité.

Nous souhaitons, par exemple, pouvoir vérifier le montant que nous payons avant de valider nos opérations sur les terminaux de paiement. Comme nous ne pouvons pas encore conduire de voitures, nous dépendons de la livraison de courses à domicile, mais cela ne fonctionne que si les sites web des magasins peuvent être utilisés sans souris. Nous voulons lire les livres publiés récemment et trouver des informations exactes sur Internet, mais cela nécessite un contraste de couleurs suffisant. En outre, les informations doivent être fournies dans un format de texte plutôt que seulement sous forme d’images.

Toutes les personnes qui participent à la création de produits et de services assortis d’une interface numérique peuvent contribuer à libérer ce potentiel en envisageant les choses sous différents angles et en se demandant: comment trouver le bouton pour avoir un double espresso sur un écran tactile les yeux fermés ou sans mes lunettes? Les utilisateurs peuvent-ils utiliser cette borne pour commander à manger s’ils sont petits, grands ou assis? Les utilisateurs d’une plateforme d’apprentissage en ligne peuvent-ils répondre aux questions sans utiliser de souris? Existe-t-il une autre méthode que le glisser-déposer? Les exercices sont-ils conçus de manière à ne pas reposer uniquement sur des codes de couleur, la reconnaissance d’images ou d’autres caractéristiques sensorielles?

Lorsque les produits et services sont conçus et développés de manière inclusive, ils touchent davantage de clients, qui se sentent plus indépendants et les recommandent aux autres. Faisons de la révolution numérique une réalité pour tous.

Bart Simons est expert en accessibilité et représentant de l’Union européenne des aveugles (UEA) auprès de l’Association européenne pour la coordination de la représentation des consommateurs dans la normalisation (ANEC).