European Economic
and Social Committee
Conclusions et recommandations
Préambule
À l’instar de la paix et de la guerre, le changement climatique et la transition énergétique auront des conséquences directes sur notre avenir commun. Ils détermineront nos valeurs, notre humanité et notre survie. Ils dicteront nos décisions en matière de politique socio-économique, de géopolitique et de démocratie participative. En réalité, le changement climatique est déjà en cours et il n’y a nulle part où se réfugier. Inondations, incendies, sécheresses et ouragans de grande ampleur et réguliers: ainsi va le monde lorsque la température est de 1,1 à 1,3 °C plus élevée qu’à l’époque où la machine à vapeur a été inventée. Aujourd’hui, tandis que des espèces animales et végétales disparaissent 100 fois plus vite que la normale, il est tout simplement impossible d’ignorer l’impact du changement climatique sur notre vie quotidienne, pas plus que la nécessité d’opérer une transition énergétique. Tous les aspects de la biodiversité sont interconnectés, et l’humanité en est totalement dépendante. En fin de compte, l’espèce humaine a façonné notre planète de manière irréversible, et les décisions que nous prendrons au cours des prochaines années détermineront de manière irréversible son avenir. Ce qui se passera par la suite dépendra de nous tous. Nous devons commencer par mettre en œuvre d’urgence nos promesses communes.
Changer les mentalités au XXIe siècle
- Réussir à gérer le changement climatique et la transition énergétique implique un changement de mentalité de la part de la société: investir aujourd’hui pour que la prochaine génération en retire les bénéfices.
- Il faudra modifier les valeurs, les comportements et les aspirations, les citoyens devront réexaminer leur perception de ce qu’est une «bonne qualité de vie», la nature devra être reconnue comme ayant une vraie valeur et l’humanité une responsabilité honnête et durable à son égard.
- Des pratiques commerciales et une publicité responsables auront un rôle essentiel à jouer pour inciter les consommateurs à réduire leurs niveaux de consommation, à modifier leur mode de vie et à réévaluer leurs besoins réels.
- Mais surtout, il faut instaurer un dialogue régulier et constructif entre les citoyens et les décideurs politiques. Seul un débat honnête sur les avantages, les compromis et les coûts transitoires que connaîtront les sociétés du fait du changement climatique et de la transition énergétique permettra de mobiliser les citoyens.
- Ce débat devrait avoir lieu à tous les niveaux et englober les groupes sociaux les plus larges possibles, y compris les citoyens vulnérables et marginalisés. Si nous n’investissons pas dans ce dialogue, l’opinion publique se détournera des mesures de transition et s’y opposera. Sans l’adhésion des citoyens, il sera tout simplement impossible de prendre les mesures nécessaires pour atténuer le changement climatique ou se préparer à la transition énergétique.
- Dans ce contexte, la plateforme du pacte européen pour le climat, qui a pour but de communiquer avec les citoyens, de les sensibiliser ainsi que d’élaborer et de mettre en œuvre collectivement des solutions en matière de climat, est un exemple des bonnes pratiques qui pourraient être reproduites au niveau national.
- À terme, l’atténuation du changement climatique et la transition énergétique devraient être fermement ancrées dans les valeurs et l’identité européennes et devenir ainsi un discours positif aux niveaux européen, national et local.
Travailler ensemble en partenariat
- Les organisations de la société civile veulent être et doivent pouvoir être au cœur des transitions climatique et énergétique. Chaque secteur socio-économique de la société civile doit être habilité à diriger, concevoir et mettre en œuvre ce processus, en d’autres termes à participer à l’édification de la société de demain.
- Les organisations de jeunesse en particulier devraient être au centre de la réflexion sur les solutions possibles, l’éducation et la sensibilisation d’autres catégories de la population aux défis à venir, ainsi que sur la manière de passer de réponses individuelles à des approches sociétales systémiques.
- Le secteur privé a également un rôle essentiel à jouer dans la promotion de l’esprit d’entreprise et des investissements nécessaires. Il convient d’accroître de manière significative les partenariats public-privé en matière de R&D ainsi que l’assistance technique aux PME afin de respecter les normes environnementales telles que les audits énergétiques.
- Toutefois, il ne fait aucun doute que c’est la société civile, dans toute sa diversité, qui dispose de l’ambition et de la créativité nécessaires pour imaginer un monde durable, résilient et plus juste. C’est la société civile qui jouera un rôle central dans la stimulation et le maintien de la dynamique en matière d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à celui-ci parmi les communautés et les citoyens.
- Ce sont ces mêmes acteurs qui auront la ténacité d’investir dans le changement, de l’accélérer et de l’accueillir grâce à des initiatives ascendantes qui respectent les opinions et les droits des populations locales, tout en promouvant de nouveaux modèles économiques, tels que l’économie sociale, qui se sont avérés très utiles pour relever de précédents défis socio-économiques.
- Le CESE, qui représente les organisations de la société civile européenne, et notamment son groupe «Diversité Europe», doit également jouer pleinement son rôle dans l’atténuation des transitions climatique et énergétique, en faisant office d’intermédiaire entre les décideurs politiques européens et les citoyens.
- Dans ce contexte, le CESE peut contribuer à nouer des alliances viables et constructives entre les organisations de la société civile, dans l’intérêt des citoyens et des décideurs politiques. Par exemple, la stratégie en faveur de la biodiversité et le principe de l’utilisation durable des terres (écologisation) de la PAC partagent les objectifs communs du pacte vert pour l’Europe et la réussite dans chaque secteur dépend du respect des engagements réciproques.
Passer des paroles aux actes
- La réduction des émissions, même à des taux plus rapides, ne suffira pas. Nous devons également investir massivement dans l’élaboration de plans d’urgence et dans l’adaptation au changement climatique et à la transition énergétique.
- Le pacte vert pour l’Europe et le paquet «Ajustement à l’objectif 55» sont à la fois nécessaires et urgents. Toutefois, ils doivent être assortis d’engagements, d’actions et de résultats mesurables aux niveaux national, régional et local.
- Il est nécessaire d’améliorer la planification et la coordination des stratégies globales de l’UE et des politiques nationales, régionales et locales. Les décideurs politiques devraient éviter tout cloisonnement et promouvoir des approches globales, systémiques et pluridisciplinaires pour lutter contre le changement climatique et favoriser la transition énergétique.
- Dans ce contexte, la ville de Paris, qui a réussi la mise en œuvre de son ambitieux plan d’action pour le climat, est une source d’inspiration pour d’autres centres urbains et illustre clairement que les villes devraient être à la pointe de la lutte contre le changement climatique.
- De même, l’exemple positif de la stratégie de résilience de Paris, cofinancée par les Fonds régionaux de l’UE, devrait être reproduit ailleurs. Cette stratégie a permis aux citoyens d’être cocréateurs de l’avenir de leur ville et a fait ses preuves en matière de renforcement de la cohésion sociale.
- La participation directe des citoyens à la transition vers une économie à faible intensité de carbone fera partie intégrante de l’investissement dans les énergies renouvelables et de la mise en place de modèles de développement innovants, décentralisés et démocratiques, qui seront source d’emplois et moderniseront l’économie européenne.
- À l’heure actuelle, l’énergie représente deux tiers des émissions de gaz à effet de serre; il est dès lors impératif d’investir dans des sources d’énergie renouvelables, abordables et locales.
- Cette stratégie est essentielle pour améliorer l’indépendance de l’Europe sur le plan géopolitique et la doter de sources d’énergie stables et diversifiées. À cette fin, l’UE et ses États membres doivent prendre des mesures pour augmenter rapidement les capacités de production de sources d’énergie renouvelables locales.
- Il convient d’accorder une attention particulière au rôle que jouent les prosommateurs dans la transition vers une économie à faible intensité de carbone, étant donné que cette combinaison de consommateurs et de producteurs dans le domaine des énergies renouvelables incarne parfaitement l’appropriation du développement durable par les citoyens. Pour faciliter les avancées, les autorités européennes et nationales doivent mettre en place des environnements administratifs, législatifs, financiers et fiscaux propices.
- L’UE dispose des fonds nécessaires pour atteindre ces objectifs, mais elle doit supprimer toutes les subventions aux combustibles fossiles, investir massivement dans la R&D et encourager vivement les entreprises à assumer leur rôle avec sérieux et générosité.
- Au niveau mondial, l’UE devrait continuer à jouer un rôle de premier plan dans le domaine du changement climatique et de la transition énergétique. Ce rôle moteur est essentiel pour son propre approvisionnement énergétique et pour la stabilité géopolitique.
Protéger les plus vulnérables
- L’accès à l’énergie et à l’énergie propre est un droit. Il est donc impératif que les transitions climatique et énergétique soient aussi justes, équitables et inclusives, et qu’elles ne laissent personne de côté.
- À cet égard, le paquet «Ajustement à l’objectif 55» de l’UE doit être directement lié au programme des Nations unies à l’horizon 2030 et, surtout, il doit être fait pour les citoyens.
- Il ne fait aucun doute que les transitions climatique et énergétique entraîneront des pertes d’emplois et une augmentation du coût de la vie. Par conséquent, il convient de bien les préparer, en informant, en associant et en aidant les consommateurs et les citoyens vulnérables, tout en offrant des possibilités de perfectionnement et de reconversion pour faire face aux changements économiques et à la numérisation.
- Il y a lieu d’accorder une attention particulière à l’incidence du changement climatique et de la transition énergétique sur les familles et les ménages européens. La décision du groupe «Diversité Europe» du CESE de commander une étude sur cette question constitue un pas dans la bonne direction.
- L’aide doit aller bien au-delà de la redistribution financière et inclure des actions préventives et structurées aux niveaux européen, national, régional et local.
- Les décideurs politiques doivent reconnaître explicitement la corrélation qui existe entre différentes politiques (par exemple, le logement, les transports, la construction, l’agriculture, etc.), ainsi que la nécessité d’aligner les politiques dans le cadre de l’objectif primordial qu’est la réduction de la pauvreté.
- Les États membres de l’UE devraient s’accorder sur une stratégie politique globale de l’UE visant à lutter contre la précarité énergétique, qui serait fondée sur des définitions, des systèmes métriques et des indicateurs européens communs.
- Le Fonds social européen pour le climat destiné à lutter contre la précarité énergétique constitue une avancée bienvenue, mais il ne sera pas suffisant pour répondre à toutes les exigences posées par les transitions. Un financement supplémentaire par le Fonds de cohésion, le Fonds pour une transition juste et la facilité pour la reprise et la résilience devrait également être affecté à la réduction de la précarité énergétique.
- Parallèlement à la mise en œuvre de la «vague de rénovations» de la Commission européenne, il convient en outre de prendre des mesures aux niveaux national, régional et local pour inciter les consommateurs à rénover de manière intelligente et durable.
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Conclusions and recommendations - Conference 2 March 2022