"L'interdiction du glyphosate" - une question qui divise l'Europe

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Le CESE invite partisans et opposants à discuter de l’initiative citoyenne européenne y relative

 

Le 5 avril, la section NAT du Comité économique et social européen (CESE) a invité les partisans de l’initiative citoyenne européenne appelant à une interdiction du glyphosate et ceux qui s’y opposent à en débattre dans ses locaux. Il faut un million de signatures provenant d’au moins sept États membres pour que la Commission envisage l’adoption de mesures concernant cette substance en tenant compte des demandes de l’ICE. Après deux mois, l’initiative a d’ores et déjà recueilli plus de 640 000 signatures.

 

Cette ICE comporte trois demandes: premièrement, une interdiction du glyphosate, deuxièmement, une réforme de la procédure d’approbation des pesticides et troisièmement, la fixation d’objectifs contraignants à l’échelle de l’UE en matière d’utilisation des pesticides.

 

Les discussions ont fait apparaître des divergences de vues sur le glyphosate et d’autres pesticides parmi les intervenants, qui venaient de Greenpeace (Franziska Achterberg), de l’Association européenne pour la protection des cultures (Graeme Taylor), de l’ARC 2020 (Oliver Moore), du Copa Cogeca (Oana Neagu) et de la Commission européenne (Michael Flueh).

 

Se référant à une évaluation de l’OMS selon laquelle «le glyphosate est probablement cancérigène pour l’homme» et à une étude réalisée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), Greenpeace a appelé l’Union européenne et les États membres à ne plus autoriser l’utilisation du glyphosate. «Dans un premier temps, il nous faut prendre acte de la préoccupation des citoyens et ensuite chercher un moyen d’éliminer progressivement les pesticides car nous devons protéger nos ressources: le sol et l’eau, et préserver la biodiversité», a proposé sa représentante.

 

Pour l’Association européenne pour la protection des cultures, le défi consiste à nourrir neuf milliards de personnes à l’horizon 2050, considérant que, chaque année, la perte de rendement du fait des organismes nuisibles et des maladies est de 40 % au niveau mondial. «Le glyphosate est indispensable pour l’agriculture», a-t-elle fait valoir, invitant la Commission à accélérer l’approbation de cette substance pour les quinze prochaines années.

 

«Il n’existe tout simplement aucune alternative au glyphosate», a déclaré la représentante du Copa Cogeca. Une interdiction aurait plutôt un impact négatif sur les sols et les cultures, étant donné qu’il serait nécessaire d’utiliser 20 à 30 litres de carburant supplémentaires par hectare. Le temps de travail devrait également augmenter de 50 à 80 heures par hectare. Il n’en reste pas moins vrai que les agriculteurs doivent être formés à utiliser les pesticides avec plus de précaution, mais cela concerne davantage les pays en développement que l’Europe.

 

L’ARC 2020 a souligné que le problème principal qui se pose avec le glyphosate est sa «non-sélectivité» (il tue indistinctement toutes les plantes) et le fait qu’il est «antimicrobien» (tuant les bactéries, les algues et champignons également). Nous ne disposons pas d’études sur le long terme et les conclusions intéressantes qui ont pu être tirées ont été diluées dans les nombreuses études privées financées par l’industrie. Sa proposition est l’agroécologie, qui pourrait être mise en place dans un délai de sept à dix ans, et qui se fonde sur le recours à des méthodes biologiques, physiques et mécaniques de préférence aux pesticides. Les agriculteurs devraient être indemnisés pour les pertes de rendement grâce à des aides de la PAC.

 

La Commission européenne a souligné que la législation de l’UE compte parmi les plus strictes au monde et précise qu’elle a associé l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) au processus décisionnel. Ces deux instances ont classé le glyphosate comme n’étant probablement pas génotoxique et ne présentant pas une menace cancérogène pour l’homme.

 

Pour le CESE, en tant que pont avec la société civile, il est important de prévoir un forum au sein duquel les citoyens peuvent exprimer leurs préoccupations. Les sections spécialisées du CESE fournissent dès lors une plateforme de discussion pour les partisans d’une ICE lorsqu’elle:

 

  • a été retenue par la Commission,
  • a recueilli des signatures pendant au moins deux mois,
  • a un rapport avec les domaines d’action que la section traite et
  • présente un intérêt pour ses travaux.

 

Il s’agit du quatrième débat public sur une ICE organisé par la section NAT du CESE.

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