Renforcer la croissance et la compétitivité européennes: un programme commercial volontariste – MAINTENANT!

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Il est indéniable que le commerce joue un rôle de générateur de croissance et d'emploi mais l'image que l’opinion publique se fait de la poursuite de la libéralisation des échanges se dégrade et il s’impose de traiter les préoccupations des citoyens avec bien plus d’efficacité qu’on ne l’a fait jusqu’à présent: telle est l’une des conclusions tirées lors de la conférence sur le thème «Renforcer la croissance et la compétitivité européennes: un programme commercial volontariste – MAINTENANT!», qui s’est tenue le 26 octobre, à Helsinki.

«La politique commerciale est dans une passe difficile. Il y a longtemps qu’elle n’avait plus suscité pareil intérêt dans le débat politique, si tant est qu’elle ait jamais retenu l’attention de l’opinion publique», a fait observer Jyri HÄKÄMIES, directeur général de la Confédération des industries finlandaises (EK), lors de son discours d’ouverture de la conférence. Et de relever que l’UE a beau être une superpuissance commerciale et le commerce jouer un rôle de moteur de croissance plus important que jamais, le soutien de l’opinion au libre-échange s’effrite.

«Il est de notre devoir de plaider pour le commerce: on ne peut tenir pour acquis que la population comprenne tous les avantages qui découlent de la liberté des échanges », a tenu à observer Jacek KRAWCZYK, président du groupe des employeurs, dans son allocution de bienvenue. Tout en disant apprécier les efforts déployés par la Commission européenne pour accroître la transparence des négociations commerciales, il a admis qu’ils avaient été insuffisants et exprimé sa conviction que les institutions européennes, les États membres et les entreprises devaient répondre plus efficacement aux préoccupations des citoyens.

La situation économique actuelle dans l’UE et en Finlande, de même que le Brexit et ses conséquences, ont été les axes autour desquels Olli REHN, ministre finlandais des affaires économiques et ancien vice-président de la Commission européenne, a articulé son discours, qui allait donner le ton de la conférence. Évoquant les actuels développements concernant l’accord économique et commercial général (AECG, ou CETA), il a souligné que c’est la crédibilité de l’UE en tant que partenaire international qui est ici en jeu. À ses yeux, toute cette situation met en relief l’importance que revêtent la communication et le dialogue avec les citoyens sur les raisons pour lesquelles le commerce est essentiel à notre bien-être et à l’emploi.

Membre du groupe des employeurs et rapporteur du récent avis du CESE sur le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI ou TTIP), Philippe DE BUCK a voulu rappeler à l’assistance que «l’UE dispose de bon nombre d’atouts qui l’aideront à maintenir ses positions dans les échanges mondiaux. Ce sont: le marché unique, sa devise, l’euro, sa politique commerciale ouverte et la cohérence de ses réglementations». La place que l’Union occupe dans le commerce mondial ne peut être tenue pour acquise, a-t-il ensuite souligné. Et de faire observer que la géopolitique et les nouvelles technologies modifiant le paysage économique mondial à vive allure, il est absolument nécessaire que l’Union se dote, en matière d’échanges, d’un programme volontariste, en faveur des entreprises, et que la réglementation favorise leur essor au lieu de le freiner.

Johanna IKÄHEIMO, vice-présidente de la Confédération des industries finlandaises (EK) et présidente du groupe Lappset, a évoqué les défis et les ouvertures qui se présentent aux entreprises de Finlande dans le domaine commercial. Elle estime que l’internationalisation est un impératif pour bien des firmes finlandaises, en particulier les PME, vu l’étroitesse du marché national, et insiste sur le poids que les barrières commerciales existantes font tout particulièrement peser sur les PME.

 

Quels sont les enjeux des accords commerciaux en cours?

Les participants à la première table ronde ont passé en revue les accords commerciaux en vigueur. Charles ADAMS, ambassadeur des États-Unis en Finlande, a résumé les récents développements dans les négociations relatives au PTCI. Il a insisté sur les avancées significatives enregistrées au cours du 15e cycle de négociations, à New York, et a souligné que les négociateurs poursuivaient leurs travaux. Il est d’avis que le sujet du débat politique actuel n’est pas de savoir si les échanges sont un bien ou un mal: la question à laquelle il faut apporter une réponse est de savoir comment chacune des sociétés concernées va atténuer les effets négatifs du libre-échange et de l’abandon des mesures protectionnistes dans les secteurs qui sont susceptibles d'enregistrer des pertes d'emploi.

«Dans l’UE, 30 millions d’emplois, soit 1 sur 7, sont tributaires des exportations! Dans l’avenir tel qu’on peut le prévoir, 90 % de la croissance devrait se situer en dehors de l’UE: voilà pourquoi le commerce revêt une importance de plus en plus essentielle pour la croissance et l’emploi»: c’est le message exprimé par Signe RATSO, directrice pour la stratégie et l’analyse commerciales et l’accès aux marchés à la direction générale TRADE. Elle s’est étendue sur les efforts que la Commission a engagés pour donner plus de transparence aux négociations sur le PTCI. Le mandat que la Commission européenne a reçu des États membres pour négocier des accords commerciaux doit déboucher, selon elle, sur des débats internes substantiels et un appui des Parlement s nationaux aux actions qu’elle mène.

«La Finlande est un fervent partisan de la liberté des échanges et les chiffres prouvent que nous avons raison», a observé Matti ANTTONEN, secrétaire d’État adjoint au ministère finlandais des affaires étrangères. Après la conclusion de l’accord de libre-échange UE-Corée, a-t-il fait valoir, les exportations finlandaises ont augmenté.

 

Davantage de compétitivité et de croissance pour tous

L’attention des participants au second débat en table ronde s’est portée sur la question de savoir comment les accords commerciaux pouvaient accroître la compétitivité et la croissance en faveur de tous. Pour Li ANDERSSON, présidente du groupe de l’Alliance de gauche au Parlement finlandais, les citoyens européens ne croient plus que le libre-échange produira davantage de croissance car la réalité qu’ils voient est différente. Elle estime que la raison doit en être imputée au déséquilibre entre le libre-échange et la politique sociale.

«La politique commerciale ne peut être l’otage d’enjeux nationaux», estime Hanna DERINGER, analyste politique au Centre européen de politique économique internationale. Si des préoccupations se font jour au niveau national, voire régional, il conviendrait, a-t-elle fait valoir, qu’il en soit débattu lorsque le processus se trouve à un stade moins avancé. À ses yeux, il est nécessaire que la Commission européenne dispose d’un mandat clair et appréhende bien le type de politique commerciale que souhaitent les États membres.

Vice-président de la commission de la politique commerciale d’EK et représentant de Microsoft, Esa KAUNISTOLA s’est penché sur les perspectives qu’ouvre la numérisation. L’industrie numérique, juge-t-il, permet l’émergence de nouveaux modèles économiques et l’essor d’industries neuves. Il a également rappelé que le PTCI représente la dernière occasion qu’auront les États-Unis et l’UE de fixer des standards mondiaux: à défaut, l’épicentre du commerce glissera vers l’Asie et il sera extrêmement difficile de convaincre d’autres acteurs de suivre nos normes et nos valeurs.

Aleksi KUUSISTO, de l’Organisation centrale des syndicats finlandais (SAK), a rappelé à l’assemblée que l’ouverture des échanges entraînait toujours des changements structurels dans l’économie des pays concernés: si certains secteurs recrutent alors davantage de travailleurs, les entreprises non compétitives doivent en revanche procéder à des ajustements et sont parfois amenées à réduire leurs effectifs. Le rôle des pouvoirs publics, estime-t-il, est d’intervenir de manière judicieuse dans cette transition, de manière à ce qu’elle s’effectue avec une plus grande fluidité. Des politiques nationales appropriées sont nécessaires pour garantir que le commerce bénéficie tant aux travailleurs qu’aux entreprises. Du point de vue des citoyens, les accords commerciaux acquièrent davantage de légitimité lorsqu’ils renforcent les règles et les normes.

Présidente de la section «Relations extérieures» du CESE, Dilyana SLAVOVA a souligné l’importance que revêt le commerce pour assurer la croissance, y compris sous l’angle des objectifs de développement durable. Elle a expliqué à l’auditoire qu'à l'occasion de sa rencontre avec Cecilia MALMSTRÖM, la commissaire de l’UE responsable du commerce, elle a proposé que le CESE élabore une étude sur les négociations commerciales dans tous les États membres.

Dans ses observations finales, Jonathan PEEL, vice-président de la section spécialisée «Relations extérieures» et membre du groupe des employeurs, a souligné que le débat qui venait d’être mené arrivait vraiment en temps opportun, eu égard aux développements actuels concernant l’AECG et le Brexit. C’est tout le mécanisme des accords commerciaux qu’il convient d’analyser, considère-t-il. Le Japon continuera-t-il ses tractations avec l’UE si l’AECG n’est pas mené à bien? Est-il possible de faire avancer les négociations multilatérales au sein de l’OMC? Demain, il faudra répondre à ces questions, comme à bien d’autres encore.

La conférence était organisée conjointement par le groupe des employeurs du Comité économique et social européen, la Confédération des industries finlandaises et ICC Finlande.