Le CESE veut transporter l'Europe vers un avenir à faibles émissions de carbone - Appel à un virage complet dans la politique des transports

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Le secteur des transports représente une pièce maîtresse dans les efforts que l'UE doit déployer pour réduire son empreinte carbonique et atteindre ses objectifs en matière d'émissions de gaz à effet de serre, tels qu'ils ont été revus à la suite de la récente conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 21). Tout aussi essentiel, néanmoins, est le rôle que jouent les transports pour l'économie de l'UE et le bien-être de sa population. Le CESE entreprend d'aider l'Europe à progresser sur la voie d'un avenir plus vert.

Le lundi 4 avril 2016, le Comité économique et social européen (CESE) a organisé, avec le soutien de la commission des transports et du tourisme (TRAN) du Parlement européen, une audition publique pour débattre de l'incidence de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 21) sur la politique européenne des transports. Une fois qu'il aura été ratifié par un nombre suffisant de pays, l'«accord de Paris» s'efforcera de limiter le réchauffement planétaire à un maximum de 2 °C par rapport aux niveaux de l'époque préindustrielle.

Lors de l'ouverture de l'audition, Pierre Jean Coulon, président de la section TEN («Transports, énergie, infrastructures, société de l'information») du CESE, a insisté sur la responsabilité qui incombe au Comité et au Parlement européen, en tant que piliers de la représentation publique, dans le traitement de cette question, étant donné l'importance du secteur des transports et son incidence sur la vie des citoyens.

Le secteur des transports au premier rang des pollueurs

Dans la mesure où le secteur des transports intervient pour environ un tiers dans les émissions de CO2 sur le territoire de l'UE, une des composantes essentielles des efforts européens en matière de lutte contre le changement climatique consistera à le rendre plus durable et plus efficace. Michael Cramer, président de la commission des transports et du tourisme du Parlement européen, a souligné que les émissions du secteur des transports avaient augmenté de 22 % depuis 1990, alors que dans le même temps, celui de l'énergie avait réduit les siennes, tout comme les ménages et l'industrie. La problématique du changement climatique ne doit donc pas se limiter au seul secteur énergétique mais être élargie à celui des transports. Pour montrer la nécessité d'introduire des changements dans la politique en matière de transports, M. Cramer a invoqué certains chiffres irréfutables: c'est à la route que sont imputables 72 % des émissions de CO2 causées par le transport, et les zones urbaines sont celles qui pâtissent le plus des émissions nocives pour le climat. Dans les villes allemandes, ces émissions représentent jusqu'à 70 % du total, alors que 90 % des déplacements s'effectuent sur des trajets inférieurs à 6 kilomètres, soit une distance que les transports publics pourraient gérer sans difficulté. Aussi M. Cramer est-il convaincu que «la solution se trouve dans les villes». Il a par ailleurs reproché au plan Juncker de négliger les transports.

Paré pour le changement

L'absence d'une vraie transparence des coûts dans le secteur des transports constitue un problème majeur à résoudre, étant donné que, selon M. Cramer, tous les modes de transport devraient être soumis à des conditions de concurrence équitables. Il y a lieu, par ailleurs, d'envisager des solutions de rechange. Comme le montrent les exemples d'Amsterdam ou de Copenhague, il serait possible de convoyer un volume appréciable de marchandises en utilisant des vélos de charge, qui peuvent transporter jusqu'à 200 kg.

Cathy Macharis, professeur à l'université libre de Bruxelles (VUB), a expliqué pourquoi nous devrions et nous pouvons changer de politique de transport, tout en poursuivant sur notre lancée actuelle. Un grand pas en avant consisterait à adopter les «4 A» du transport durable, à savoir:

  • avoir conscience (Awareness),
  • apprendre à éviter (Avoidance),
  • agir et basculer (Act and shift),
  • anticiper (Anticipation).

Les propositions qu'elle a avancées consistent notamment à rendre plus compacts les produits et les emballages, à tirer parti des capacités encore disponibles (les camions européens roulent à moitié vides!) et à nouer des synergies entre les différents maillons de la chaîne d’approvisionnement. Il importe, a-t-elle souligné, que tous les acteurs soient associés à la démarche.

Réévaluer, réviser et réformer la politique de l'UE en matière de transports

Jos Dings, directeur exécutif de Transport & Environment, a fait valoir que «nous devons intensifier notre effort de réduction des émissions. Si l'on veut débattre des problèmes de climat et d'énergie, c'est par le transport qu'il faut commencer, car il compte non seulement pour un tiers des émissions de carbone mais pèse également un tiers de la consommation d'énergie en Europe et la moitié de la facture des importations énergétiques de l'UE». En outre, il s'impose de prendre des mesures pour les voitures et les camions dès 2025, au lieu de 2030. Une politique de transport efficace nécessite une approche globale: l'électrification du transport n'est durable que si l'électricité utilisée est produite durablement; par ailleurs, il y a lieu d'éliminer progressivement les biocarburants de la première génération et l'attention devrait porter au premier chef sur l'efficacité énergétique. L'Europe a une responsabilité à assumer, car quelque 70 % des pays, à l'échelle mondiale, suivent le jeu de normes de l'UE.

En 2011, un livre blanc de la Commission européenne a lancé un appel pour que d'ici 2050, les émissions produites par les transports dans l'UE soient réduites de 60 % par rapport à leur niveau de 1990, grâce à des gains d'efficacité et à l'utilisation de carburants de substitution (voir l'avis du CESE sur ce texte).

Le CESE s'emploie actuellement à rédiger un avis d'initiative à ce sujet, et les principales conclusions de l'audition de Bruxelles, visant à «Construire une coalition entre la société civile et les collectivités infranationales pour concrétiser les engagements de l'accord de Paris», contribueront aux travaux de son groupe d'étude sur la question.

«Bien qu'ils soient ambitieux, les objectifs que l'UE s'est assignés en matière d'émissions pour 2030 pourraient s'avérer insuffisants au regard des engagements qu'elle a souscrits à la COP 21. En conséquence, il importe d'évaluer, du point de vue de leur efficacité et dans l'optique de l'objectif de décarbonisation, les différentes initiatives qui ont été prises au titre du livre blanc et du train de mesures relatif à l'union de l'énergie. L'enjeu de la transition, a conclu Raymond Hencks, rapporteur de l'avis en cours d'élaboration, consistera à forger entre les intérêts économiques et sociaux un compromis équitable, qui fera droit aux impératifs environnementaux tout en préservant la mobilité.»