Michel Barnier est au CESE pour parler du Brexit: «Nous espérons que le Royaume-Uni tiendra ses engagements»

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Lors de sa session plénière de juin, le Comité économique et social européen (CESE) a accueilli un débat avec Michel Barnier, chef de la task-force de l’Union européenne (UE) pour les relations avec le Royaume-Uni (RU). M. Barnier a fait le point sur l’état d’avancement des négociations sur le Brexit et fait part de sa déception quant à l’attitude du gouvernement britannique qui, selon lui, ne s’en tient pas à la Déclaration politique signée en octobre 2019: Nous attendons du Royaume-Uni qu'il respecte ses engagements, a-t-il déclaré.

Le 5 juin, l’UE et le RU ont conclu leur quatrième cycle de négociations sans avoir réalisé d’avancée significative, de l’avis de Michel Barnier, qui a regretté le manque de volonté du côté britannique pour parvenir à un accord sur les quatre sujets encore sur la table: la pêche, l’égalité des conditions de concurrence (level playing field), la gouvernance de notre futur partenariat et la coopération policière et judiciaire en matière pénale. Nous ne pouvons que constater qu’il n’y a pas eu de progrès significatifs depuis le début des négociations et que nous ne pouvons continuer éternellement comme cela, a ajouté M. Barnier.

Faute de progrès dans les négociations, la question du temps devient pressante, en particulier compte tenu du refus du Royaume-Uni d’étendre la période de transition au-delà de la fin de l’année 2020. S’il n’y a pas de décision commune sur une telle extension, le Royaume-Uni quittera le marché unique et l’union douanière dans moins de sept mois. Si l’on prend en compte le temps nécessaire pour ratifier l’accord, il nous faudra un accord sur un texte juridique complet au plus tard le 31 octobre, soit dans un peu moins de cinq mois. Nous devons utiliser ce temps de la meilleure manière possible, a déclaré M. Barnier.

Luca Jahier, président du CESE, a déploré la situation actuelle et le risque d’échec des négociations. Nous avons la conviction qu’un scénario sans accord aura un coût très élevé mais nous devons montrer que nous ne sommes pas disposés à parvenir à un accord à n’importe quel prix. Il a également fait valoir que le seul résultat positif du Brexit est qu’il a permis à l’UE de faire face à la pandémie de Covid-19 de manière plus unie que jamais et de mettre en place un plan de relance en moins de trois mois.

Le soutien du CESE

M. Barnier a engagé un débat avec les membres du CESE, qui ont manifesté leur intérêt pour le rôle de la société civile organisée dans le cadre du futur partenariat entre l’UE et le RU, et qui lui ont témoigné un soutien sans réserve pour son travail de négociateur.

Stefano Mallia, membre du groupe des employeurs et président du groupe de suivi du Brexit, a insisté sur la dévastation économique et sociale causée par la pandémie de Covid-19 qui, selon lui, devrait être une assez bonne raison pour parvenir à un accord. Il a également insisté sur l’importance de la préservation du marché unique. Ce qui fait la force de l’UE c’est son marché unique, tout accord signé avec le RU doit dès lors contribuer à sa consolidation.

Arnold Puech d'Alissac, du groupe des employeurs également, a suggéré que l’UE fasse preuve de détermination; un Brexit sans accord serait compliqué pour nous mais encore plus pour le RU, je suis par conséquent convaincu que nos homologues britanniques sont en train de bluffer.

Oliver Röpke, président du groupe des travailleurs, a fait part de sa déception concernant l’attitude du gouvernement britannique: Nous voulons tous éviter un scénario sans accord mais le gouvernement britannique en est conscient et cela pourrait faire partie de sa stratégie. Des compromis sont nécessaires, mais nous devons néanmoins insister sur l’égalité des conditions de concurrence, a-t-il déclaré.

Jack O'Connor, membre irlandais du groupe des travailleurs, a mentionné les conséquences désastreuses d’un Brexit sans accord pour l’Irlande, tout en faisant part de son opposition à un accord à tout prix qui aurait des répercussions sur les droits des travailleurs et des consommateurs, sur la concurrence et sur la protection de l’environnement. Nous sommes particulièrement déçus par le caractère imprévisible de la position du RU sur les droits des travailleurs malgré les engagements pris, a-t-il déclaré, marquant son soutien sans réserve au travail des négociateurs de l’UE et suggérant que la seule marge de manœuvre dont nous disposons concerne les mécanismes existants pour parvenir à un accord et non l’accord lui-même.

Carlos Trias Pintó et Ionuț Sibian, membres du groupe Diversité Europe, ont félicité M. Barnier pour le travail qu’il accomplit en sa qualité de chef de la task-force pour les relations avec le Royaume-Uni et exprimé leur espoir de parvenir à un accord avant la date limite, qui permette de préserver pleinement les intérêts de l’UE. Leur collègue John Bryan a signalé l'importance du commerce entre le Royaume-Uni et l'UE après la crise de la COVID-19: Il est essentiel de maintenir des règles du jeu équitables et l'intégrité du Marché unique, il ne peut y avoir de retour en arrière.

Cadre de négociation

L’incidence de la pandémie de Covid-19 sur les négociations a également été mentionnée par Michel Barnier, qui a admis que se réunir physiquement dans les semaines et mois à venir pourrait nous permettre de gagner en efficacité. Toutefois,  il a insisté sur le fait que l’absence d’avancée dans ces négociations n’était pas due à notre méthode mais au contenu.

Michel Barnier a rappelé à l’assistance que le seul cadre valable de négociations était la déclaration politique signée entre l’UE et le RU en octobre 2019, laquelle dessinait les contours du futur partenariat entre les deux parties. Toutefois, cycle après cycle, nos homologues britanniques ont cherché à prendre leur distance vis-à-vis de cette base commune, a déclaré le négociateur en chef. Nous ne pouvons accepter ce revirement par rapport à la déclaration politique et nous insisterons sur le plein respect de l’accord de retrait, a-t-il clairement martelé.

L’une des questions clés abordées dans les négociations entre l’UE et le RU est l’avenir du commerce et des tarifs. À ce propos, M. Barnier a fait valoir qu’au cours des 47 ans d’adhésion à l’UE, le RU s’est assuré une solide position au sein du marché de l’Union dans un certain nombre de domaines stratégiques: services financiers, services aux entreprises et services juridiques, et aussi en tant que centre pour la réglementation et la certification de même qu’à titre de point d’entrée majeur dans le marché unique de l’’UE.

Nous devons nous demander s'il est réellement dans l’intérêt de l’UE que le RU conserve cette position proéminente. Nous ne pouvons accepter les tentatives du RU de ne sélectionner dans le marché unique que ce qui lui est avantageux, a conclu M. Barnier, et d’ajouter: Aussi bon que soit l’accord auquel nous parviendrons avec le RU, notre relation commerciale ne sera plus jamais aussi fluide qu’elle aura pu l’être jusqu’ici.

 Michel Barnier a néanmoins fait part de son espoir que les négociations permettront de trouver, dans le courant de l’été ou au plus tard au début de l’automne, un terrain d’entente entre le Royaume-Uni et l‘Union européenne.

Nous appelons de nos vœux un partenariat économique très ambitieux mais il doit servir les intérêts économiques et politiques de l’UE à long terme. Il ne s’agit pas là d’une position dogmatique ni technocratique. Nous ne ferons jamais de compromis sur nos valeurs européennes ou sur nos intérêts économiques et commerciaux au profit de l’économie britannique, a déclaré M. Barnier. Pour pouvoir avancer, il faut maintenant obtenir du RU des signaux clairs et concrets quant à sa volonté d’être, lui aussi, disposé à œuvrer à un accord, a-t-il dit en conclusion.

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Michel Barnier at the EESC plenary on Brexit: "We expect the UK to respect its engagements"