L’Europe a besoin d’un consensus social au service d’une mutation industrielle solide, dynamique et durable

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La CCMI du CESE célèbre son 15e anniversaire en débattant de l’industrie et de la société 4.0

L’industrie a toujours été façonnée par des changements continus. Certains d’entre eux sont toutefois de réelles révolutions, comme la révolution industrielle au XIXsiècle, ou celle à laquelle nous assistons à présent: l’industrie 4.0, la révolution numérique du XXIsiècle. «Il est probablement presque impossible de prédire l’avenir, mais nous devons pourtant nous y préparer», tel fut le message transmis par les intervenants lors de cette manifestation.

En particulier, l’Europe a besoin d’un cadre global de partenariat public-privé:

  • pour stimuler les investissements à long terme dans les mutations industrielles numériques;
  • pour garantir le renouvellement constant des compétences 4.0, l’apprentissage tout au long de la vie, des emplois de qualité et la protection durable des normes du travail en cette nouvelle ère numérique;
  • pour promouvoir une répartition socialement équitable des «dividendes numériques»;
  • et parce que la coopération à tous les niveaux et tout au long de la chaîne de valeur est capitale.

Le 16 novembre dernier, la Commission consultative des mutations industrielles (CCMI) du Comité économique et social européen (CESE) célébrait son 15anniversaire en organisant une conférence intitulée «Des mutations industrielles à la société 4.0».

En ouverture de cette manifestation, Lucie Studničná, présidente de la CCMI, a déclaré: «L’Europe doit atteindre un consensus social viable si l’on veut que le processus 4.0 soit solide, dynamique et durable. Les mutations industrielles et les changements de société vont de pair, et le dialogue social comme le dialogue civil sont essentiels.» Elle considère que nous avons quatre défis importants à relever:

  • créer un cadre politique unique pour l’industrie 4.0 dans tous les États membres de l’Union européenne, en plaçant la cybersécurité au cœur de ce projet;
  • renforcer la coopération entre le secteur industriel, le secteur des services et les universités;
  • garantir que la main-d’œuvre soit à même de maîtriser les compétences technologiques nécessaires à l’industrie 4.0; et
  • encadrer la transformation industrielle 4.0 par moins de «flexicurité» et davantage de «security-flex»

Etienne Davignon, invité spécial du 15e anniversaire de la CCMI, a déploré que l’industrie se voie accorder trop peu d’importance: «De nos jours, l’industrie a été abandonnée. L’Union européenne a pensé qu’avec le marché unique, tout irait de soi, mais le marché n’est pas assez fort. Le marché a aussi besoin d’un État qui organise les choses.»

Les jeunes jouent un rôle clé s’agissant de façonner l’avenir industriel de l’Europe. Dans cette optique, Etienne Davignon propose d’enseigner l’esprit d’entreprise dès l’enfance: «Il faut rapprocher les entreprises des écoles, et l’apprentissage doit être socialement mieux considéré. Être apprenti doit devenir aussi tendance qu’être étudiant, parce que nous avons besoin des deux.»

Joost van Iersel, membre du CESE, a rappelé l’effet que la transformation 4.0 avait déjà sur les modèles commerciaux. De nouveaux types de PME pourraient apparaître dans tous les secteurs de la production ou des services. La relation qu’entretient la société avec le secteur de la production pourrait également évoluer avec l’émergence de nouveaux acteurs du marché, que l’on appelle des prosommateurs. Il est donc absolument essentiel de mettre l’accent sur l’éducation, la formation et les compétences, mais également sur la collaboration entre les principales parties prenantes que sont le secteur privé et le secteur public, les entreprises et les universités. «Nous devons réussir ensemble, ou ce sera la fin de notre société», nous a-t-il prévenus.

Enrico Gibellieri et Jacques Glorieux, deux membres fondateurs de la CCMI, ont souligné l’importance d’intégrer les différentes positions des divers secteurs de l’industrie et de la société, et ajouté ainsi aux idées précédentes: «Cette connaissance détenue par la société civile est essentielle et devrait servir de base au processus européen de prise de décision.»

Adrian Harris, directeur général d’Orgalime, représente un secteur qui emploie directement près de 11 millions de personnes dans toute l’Europe et qui a réalisé un chiffre d’affaires de 2 000 milliards d’EUR en 2016. Il a souligné le poids de l’industrie européenne dans les services qui reposent sur l’industrie  manufacturière: «Notre industrie est bien placée pour s’appuyer sur ses points forts, grâce à une numérisation croissante de la production, des produits, des processus et des services. Le marché unique, le marché unique numérique et l’Union de l’énergie sont des stratégies importantes pour le secteur industriel européen; toutefois, il nous manque encore une politique industrielle à l’échelle de l’Union.»

«Comparée aux États-Unis et à la Chine, l’Europe est à la traîne en ce qui concerne l’industrie 4.0», a indiqué Mark Nicklas, de la DG GROW. C’est particulièrement vrai dans le cas des PME, qui sont au cœur de l’industrie européenne. L’Europe a besoin d’investir dans la production d’équipements, mais également dans de nouvelles compétences et de nouvelles formes de gestion et de travail. Alors que 62 % des entreprises américaines sont préparées à la mutation actuelle, seules 38 % de leurs homologues européennes sont prêtes à relever ces défis. Toutefois, l’Europe se situe à la pointe en matière de production propre, ce qui est un atout au regard de l’engagement au titre de l’Accord de Paris et des objectifs de développement durable.

Wolfgang Greif a estimé que nous devrions discuter d’une nouvelle répartition du travail, de nouvelles conditions d’emploi et d’une approche intelligente visant à réduire le nombre d’heures de travail. Il importe également que toute personne, qu’elle ait ou non un travail, et qu’elle se trouve dans des conditions d’emploi stables ou précaires, bénéficie des mêmes possibilités de formation et d’éducation.

La CCMI est directement issue du comité consultatif de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Composée de 51 membres du CESE et de 51 délégués externes, elle fournit des avis et rapports d’orientation approfondis sur de nombreux secteurs industriels, qui s’appuient sur des visites de terrain, des consultations sectorielles, des auditions et des conférences avec des acteurs de la société civile.

 

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Europe needs social consensus for strong, dynamic and sustainable industrial change