Les 9e Journées de la société civile du CESE: l’ère numérique demande des compétences humaines et un environnement juridique approprié

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Citoyenneté, démocratie et culture dans une Europe numérisée, tel était le thème des Journées de la société civile 2018, organisées les 24 et 25 mai à Bruxelles par le groupe de liaison du Comité économique et social européen (CESE). Répartis en six ateliers, les participants ont débattu de la vie en commun dans l’Europe numérique du futur et ont conclu leurs travaux par l’adoption de sept recommandations clés. Les intervenants ont traité en particulier de la culture et de l’éducation, des identités et de la polarisation, de la cybersécurité et de la protection des données, de la démocratie numérique et de la participation citoyenne, ainsi que de la lutte contre la fracture numérique et de l’intelligence artificielle envisagée comme un bien commun.

Dans son allocution d’ouverture, Luca Jahier, président du CESE, a souligné l’importance des Journées de la société civile. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a proposé d’organiser cette manifestation le jour même de la célébration du 60e anniversaire du CESE. «Nous représentons l’Europe au travail. Cette mission a donné au CESE l’autorité nécessaire pour conseiller les autres institutions au cours de ces 60 années. Soyez assurés que les recommandations que vous allez rédiger aujourd’hui ne resteront pas de simples mots sur un morceau de papier, mais qu’elles alimenteront le travail politique européen.»

Il a également insisté sur le fait que pour la première fois, des organisations de la société civile ont uni leurs forces pour débattre de manière globale de la question complexe de la numérisation, et ont aidé à donner forme au monde numérique dans lequel nous vivons, en posant les bonnes questions et en proposant des réponses qui vont dans le sens de l’intérêt général.

Dans son discours d’ouverture, Andrea Renda, titulaire de la chaire d’innovation numérique au Collège d’Europe, a souligné le rôle clé que la société civile doit jouer pour façonner l’Europe de demain: «Nous devons unir nos forces et nos ressources en vue de construire notre avenir de manière durable», a-t-il déclaré. À moyen terme, il prédit que la numérisation s’accompagnera de nombreuses destructions d’emplois, ne serait-ce qu’en raison de la rapidité des changements. Cependant, à long terme, il en est convaincu: «Nous travaillerons moins et différemment et connaîtrons un sentiment de bien-être accru. À l’avenir, le travail sera plus gratifiant».

La députée européenne Ana Gomes a souligné l’importance de piloter la numérisation au niveau européen et a évoqué le rôle essentiel de l’éducation: «Rien ne remplace la sensibilité des êtres humains. Nous devons continuer à investir dans l’éducation humaine».

Selon Ray Pinto, directeur politique à DIGITALEUROPE, l’accès à l’internet devrait être un droit fondamental. La numérisation, s’il en est fait bon usage, pourrait permettre l’avènement d’une Europe numérique unifiée, démocratique et transparente, où les citoyens peuvent exprimer leur point de vue et jouer un rôle plus actif dans la prise de décision.

Toutefois, il faut des spécialistes pour gérer les technologies et l’intelligence artificielle (IA). En Europe, il en manque environ un demi-million. Seulement 16,7 % des spécialistes des TIC sont des femmes, contre 83,3 % d’hommes (alors que les travailleurs dans leur ensemble comptent 54 % d’hommes et 46 % de femmes).

En outre, tandis que les États-Unis et la Chine ont connu une augmentation considérable de l’enregistrement de brevets dans le domaine de l’intelligence artificielle, l’Europe reste à la traîne. 83 % des investissements extérieurs dans ce secteur sont absorbés par les États-Unis et la Chine.

Maarit Palovirta de l’Internet Society, dont la mission est de faire en sorte que l’internet reste ouvert et neutre, connecté au niveau mondial, sécurisé, fiable et accessible à tous, a reconnu que des problèmes tels que les actes de criminalité en ligne, les fausses nouvelles et d’autres incidents avaient mis cette mission en péril. Elle a notamment expliqué: «Nous ne pouvons ignorer ces phénomènes, mais aucune entreprise ni aucun gouvernement ne peuvent s’y attaquer seul. En tant qu’utilisateurs d’internet, en tant que membres de la société civile, nous devons utiliser notre pouvoir pour influencer les politiques et prendre en main l’avenir de l’internet. Notre mission est de revenir à une approche positive de l’internet, notamment sur le plan de la transparence et de l’éthique».

Beate Wagner, directrice générale de la Global Young Academy, fait partie d’un groupe de 27 personnes qui œuvrent en faveur d’une charte numérique pour l’UE. «Il ne s’agit pas d’inventer de nouveaux droits fondamentaux, mais plutôt de reformuler ces droits notamment à la lumière de l’ère numérique», a-t-elle expliqué. L’objectif est de mobiliser les acteurs étatiques et non étatiques. Comme Facebook, Twitter, Instagram et d’autres forment un espace public, le défi que celui-ci représente doit être traité en conséquence. «Dans les cas où des décisions sont prises de manière automatisée, il faut que des êtres humains en assument la responsabilité», a souligné Beate Wagner.

Alessandro Mantelero, professeur de droit à l’université polytechnique de Turin, a également souligné l’énorme impact des algorithmes sur la prise de décision et a recommandé de s’attacher tout particulièrement à la gestion des risques. «Quand il est question d’intelligence artificielle, il ne faut pas seulement considérer sa légalité, mais aussi sa conformité à notre vie sociale», a-t-il indiqué. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) doit contribuer à la mise en place d’un environnement numérique qui ne soit pas un simple écosystème de données, mais avant tout un environnement participatif, fondé sur des droits et guidé par des valeurs.

Dans ses conclusions, Conny Reuter, secrétaire général de SOLIDAR et coprésident du groupe de liaison, qui modérait l’événement, a évoqué les grands philosophes européens Kant, Hegel et Rousseau, soulignant que la numérisation touche aussi à l’éthique et au contrat social de notre société. Il a également rendu hommage aux organisations membres du groupe de liaison du CESE qui ont organisé les six ateliers interactifs.

Les Journées de la société civile, que le CESE organisait cette année pour la neuvième fois, visent à mettre en valeur et à promouvoir le rôle important que la société civile joue dans la construction d’une Union européenne qui soit plus en phase avec les aspirations des citoyens, une Union européenne dans laquelle la population puisse se reconnaître.

Plus d’informations sur les discours et les présentations, ainsi que sur les recommandations de ces ateliers, sont disponibles sur la page internet du CESE.   

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