Le CESE et l’OIT vont intensifier leur coopération pour construire l’avenir d’un travail qui soit conforme à nos valeurs

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Le 19 février dernier, le Comité économique et social européen (CESE) a organisé un débat avec l’Organisation internationale du travail (OIT) sur l’avenir du travail et le socle européen des droits sociaux, dans le but d’explorer de nouvelles pistes de coopération et d’intensifier les efforts pour faire en sorte que l’évolution rapide du monde du travail progresse dans le sens de la justice, de la dignité et de l’inclusion pour les générations à venir.

Le débat s’est tenu à Bruxelles lors de la session plénière du CESE, l’organe de l’Union qui représente la société civile européenne. Le CESE a accueilli Guy Ryder, le directeur général de l’OIT, qui a présenté la «Déclaration du centenaire de l’OIT sur l’avenir du travail», laquelle a été adoptée lors de la Conférence internationale du travail de 2019, une année qui marquait également les cent années d’existence de l’organisation.

Dans son allocution de bienvenue adressée à Guy Ryder, le président du CESE, Luca Jahier a présenté ses vœux à l’OIT pour son centième anniversaire et l’a félicitée pour le rôle qu’elle joue depuis sa création au service du progrès social.

Permettez-moi aussi de saluer les avancées considérables que porte l’OIT avec son initiative du centenaire sur “L'avenir du travail”. L’OIT a permis la tenue d’échanges fructueux sur l’avenir du travail et de la société où nous vivons, a déclaré Luca Jahier.

Il a souligné également l’engagement du CESE dans les débats en cours sur l’avenir du travail.

Le CESE a toujours dit — et il a d’ailleurs été entendu au plus haut niveau sur ce point — que les questions liées à l’avenir du travail devraient être une priorité essentielle de l’Union pour garantir une croissance et une prospérité durables en Europe, a-t-il poursuivi.

Dans son intervention en plénière, Guy Ryder a déclaré que l’OIT s’était donné pour mission de définir l’orientation qu’elle souhaitait insuffler à l’évolution future du travail, conformément à nos valeurs. Les circonstances actuelles appellent des efforts accrus, sachant que les sentiments d’incertitude et de désillusion vis-à-vis des politiques menées et des responsables actuellement aux affaires sont de plus en plus prégnants, et que la peur et la réticence prédominent dès lors que les travailleurs se représentent leur avenir au travail.

La déclaration invite l’OIT et ses États membres à placer les hommes et les femmes, ainsi que le travail qu’ils accomplissent, au centre de la politique économique et sociale et environnementale. ll préconise des politiques centrées sur l’humain afin d’orienter l’avenir du travail, en insistant sur la sécurité économique, l’égalité des chances et la justice sociale, a maintenu Guy Ryder.

La déclaration repose sur trois domaines d’action couvrant, entre autres, l’apprentissage tout au long de la vie, l’égalité des genres, la garantie et l’investissement dans le travail décent et durable pour l’avenir, ainsi que l’accès universel à la protection sociale – qui est aujourd’hui refusé aux trois quarts de la main-d’œuvre mondiale.

Le Conseil de l’Union a d’ores et déjà adopté les conclusions visant à mettre en œuvre la déclaration de l’OIT, ce qui, aux dires de Guy Ryder, constitue en soi un programme vaste et précis en matière de coopération entre l’OIT et l’Union européenne pour les années qui viennent.

Guy Ryder a observé que la déclaration du centenaire présentait de nombreuses similitudes avec le socle européen des droits sociaux. Les deux textes sont aussi conformes au programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations unies.

Selon lui, «les vingt principes du socle s’inscrivent parfaitement dans les valeurs et le cadre normatif de l’OIT», sachant que les deux textes sont en même temps «les fruits de décennies de valeurs communes et de coopération, et qu’ils sont aussi une incitation à travailler encore davantage ensemble à l’avenir».

Guy Ryder a accordé une attention toute particulière à l’élaboration d’un cadre européen pour les salaires minimaux et les revenus minimaux, ainsi que pour la négociation collective, et c’est là un domaine où le CESE pourrait apporter une contribution précieuse.

Je pense que votre Comité a un rôle central à jouer pour garantir que la négociation collective et le dialogue social restent les outils indispensables du projet européen, a-t-il déclaré. Il est absolument crucial de sécuriser la place de la négociation collective dans l’établissement des salaires et des autres conditions d’emploi.

Alors même que le socle fait partie intégrante de la nouvelle stratégie de croissance ambitieuse de la Commission, le pacte vert pour l’Europe, Guy Ryder a aussi souligné que la transition vers la neutralité carbone en 2050 devait être juste, crédible et inclusive.

Bien des gens redoutent plus la fin du mois que la fin du monde. C’est la raison pour laquelle nous devons faire en sorte que la transition soit aussi crédible sur le plan de la justice sociale. Nul ne doit être laissé pour compte. Il ne s’agit pas d’imaginer un avenir pour les gens, mais de le fabriquer avec eux, a-t-il déclaré, ajoutant qu’il jugeait que le CESE était idéalement placé pour faire le «travail d’ingénierie» de la transition juste.

Luca Jahier a évoqué les multiples contributions du CESE pour aider à améliorer la mise en œuvre du socle des droits sociaux, qui ont été formulées dans plusieurs avis récents. Le Comité se prépare également à travailler sur les nouvelles propositions de la Commission, qui doivent poursuivre la mise en œuvre du socle, y compris en ce qui concerne les salaires minimaux décents, le programme en matière de compétences, le travail via une plateforme et autres.

Le fait d’intensifier la coopération entre nos deux organisations est pour nous riche de sens. Les possibilités qui s’offrent à nous pourraient concerner les avis du CESE sur les conventions de l’OIT fixant les normes mondiales en matière d’emploi ou de sécurité sociale, ou encore la coopération dans le domaine des relations avec les pays qui ne sont pas membres de l’Union européenne, a conclu le président du CESE.

Lors de l’échange de vues entre les membres du CESE et Guy Ryder, le président du groupe des travailleurs du CESE, Oliver Röpke, a déclaré: La question clé du XXIe siècle, c’est de savoir comment faire en sorte que l’avenir du travail offre des chances équitables à tous dans une économie mondiale qui change radicalement sous l’effet du libre-échange, de la déréglementation, du changement climatique et de la numérisation.

S’exprimant au nom du groupe des employeurs du CESE, Stefano Mallia a pour sa part déclaré: La mise en œuvre du socle européen des droits sociaux devrait démontrer que l’Union européenne et ses États membres sont capables d’apporter des réponses pertinentes aux défis auxquels nous sommes confrontés, et ce dans le plein respect du partage des compétences et du principe de subsidiarité.

Giuseppe Guerini du groupe «Diversité Europe» du CESE a évoqué l’importance de l’économie sociale, laquelle a également été soulignée par l’OIT. La durabilité économique du travail dépend de notre capacité à donner un travail à chacun, a soutenu Giuseppe Guerini.

Peu avant la plénière, Isabel Caño Aguilar, vice-présidente du CESE chargée de la communication, a inauguré l’exposition «100 ans de sécurité sociale avec l’OIT». L’exposition célèbre le centenaire de l’OIT et permet d’explorer la mise en place et l’évolution des systèmes de protection sociale à travers le monde depuis 1919.