L’appel du CESE pour la Journée européenne de l’industrie: «Les défis, transformons-les en tremplin!»

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Le CESE préconise une coopération plus étroite, des politiques prévisibles et axées sur un plus long terme et la conclusion d’accords commerciaux justes, sous la houlette de la Commission

«Dans presque tous les pays de l’UE, c’est l’industrie qui est à la source de la prospérité. Quand des secteurs industriels se meurent, ce sont des régions entières qui sont en souffrance»: telle est la mise en garde lancée par Gonçalo Lobo Xavier, vice-président du CESE, en prélude à la conférence que la Plate-forme de collaboration des grappes d’entreprises européennes organise sur deux journées, les 22 et 23 février, pour marquer la Journée européenne de l’industrie.

«L’industrie européenne est certes confrontée à des défis hors normes, qu’aucun État membre n’est à même de relever isolément, mais les occasions à saisir sont tout aussi phénoménales. Nous devons les saisir, si nous voulons continuer à faire la course en tête dans tous les secteurs dont nous sommes les champions et restaurer notre prédominance là où nous l’avons quasi perdue face à nos concurrents.

Pareille démarche ne pourra toutefois réussir que si les 28 États mènent un jeu collectif plutôt que d’agir chacun de leur côté. J’appelle donc la Commission et les États membres à fondre les multiples politiques actuelles en une seule stratégie à plus longue échéance et à engager nos pays dans une action cohérente de soutien aux grappes industrielles, par-delà les frontières nationales.»

Le Comité économique et social européen (CESE) prend une position identique dans l’avis qu’il vient d’adopter, ce 15 février, sur le thème Investir dans une industrie intelligente, innovante et durable. Il y invite également à parachever le marché unique, y compris celui des capitaux. Il est tout particulièrement nécessaire, affirme le CESE, d’encourager la normalisation et l’autoréglementation.

«L’économie circulaire et sobre en carbone ouvre un vaste horizon de perspectives économiques. Si nous voulons les saisir, nous devons disposer d’un cadre commun et d’une stratégie à plus long terme et pouvoir compter sur l’engagement des États membres à agir de manière cohérente. Tous les pays de l’Union doivent conjuguer leurs forces pour relever les défis qui se présentent à l’échelle du globe», a expliqué le rapporteur de l’avis, Bojidar Danev.

Le libre-échange doit être équitable et durable

Les entreprises sont amenées comme jamais à convertir rapidement les nouvelles technologies en innovations capables de percer sur des marchés où la concurrence ne cesse de s’aiguiser. «Il est important que nos entreprises respectent nos normes environnementales et sociales, qui sont très sévères, mais celles-ci doivent s’appliquer pareillement à nos concurrents. Dès lors, nous invitons instamment la Commission à recourir activement aux instruments disponibles pour lutter contre les pratiques commerciales déloyales. Nos entreprises doivent pouvoir affronter la concurrence à armes égales», fait valoir M. Danev.

Le bien-être du citoyen, au cœur de la transition sur le marché du travail

La structure du marché du travail va connaître des bouleversements spectaculaires. Pour en compenser les effets sur les travailleurs ou, à tout le moins, les atténuer, le CESE préconise d’évaluer et d’anticiper soigneusement les évolutions possibles. Dès lors que tous les actifs sont confrontés à la nécessité de mettre à jour leurs compétences, en particulier numériques, il convient d’étendre l’usage des dispositifs d’apprentissage par le travail.

Les défis technologiques nécessitent des politiques ambitieuses et un investissement de longue haleine, mais ils exigent aussi que nous apportions des modifications à nos systèmes éducatifs. Il s’impose de créer des sas pour une communication souple entre le monde de l’enseignement et celui du travail. La coopération entre industrie, écoles et universités doit être encouragée, au niveau national, mais aussi à l’échelle de toute l’Europe.

«Nous nous devons d’étendre le système de l’enseignement en alternance. Il convient de donner davantage de place à la formation professionnelle», souligne Monica Sitarová Hrušecká, corapporteure de l’avis du CESE, qui s’exprimera lors de l’atelier consacré, durant les rencontres de la Journée de l’industrie, à la question du «rôle des compétences dans les emplois de demain».

«C’est autour des gens qu’il convient d’articuler le changement», a-t-elle ajouté. «Si nous devons tirer parti des ouvertures qu’offrent les nouvelles technologies, ce n’est pas seulement pour créer de nouveaux produits, mais aussi pour améliorer les conditions de travail des personnes actives.»

«Les points sur lesquels nous devons nous concentrer sont de sécuriser les emplois existants, d’en créer de nouveaux et de garantir la protection sociale, tout particulièrement en ces temps difficiles de transition», a fait valoir Mme Sitarová Hrušecká. «Aussi le CESE presse-t-il la Commission, tout à la fois, d’allouer des ressources supplémentaires au Fonds européen d’ajustement à la mondialisation, et d’en étendre le champ d’intervention.»

«Nos principaux concurrents, la Chine et les États-Unis, mais aussi la Corée et l’Inde, se présentent chacun comme un seul État, menant une seule politique industrielle, alors que la nôtre est aux mains de 28 États membres. L’industrie constitue le domaine dans lequel nous nous devons absolument de trouver le point d’équilibre entre l’État-nation et l’Union européenne, en transcendant notre schéma de pensée national pour arriver à réfléchir dans une optique géopolitique. Comme celles des temps jadis, les «nouvelles routes de la soie» doivent conduire aussi de l’Ouest à l’Est, acheminant des produits de haute technologie de l’Europe vers le reste du monde.

Voilà pourquoi je nous conseille de rassembler nos forces, d’intensifier la coopération européenne dans les activités de recherche et développement et d’innovation, en complétant cet effort par un vigoureux programme concernant les compétences, afin que pour l’industrie européenne, le pari de l’ère numérique se mue en une chance extraordinaire», a conclu M. Lobo Xavier, qui, le 23 février, prendra la parole lors de la table ronde consacrée aux «Grappes d’entreprises et partenariats pour un renforcement des chaînes de valeur dans l’UE», à l’occasion de la Journée européenne de l’industrie.