Propositions du CESE pour la relance et la reconstruction après la COVID-19: vers un nouveau modèle sociétal

This page is also available in

Lors de sa session plénière de juin, le Comité économique et social européen (CESE) a adopté une résolution contenant ses propositions pour la reconstruction et la relance après la crise de la COVID-19. Intitulé «L’Union européenne doit être guidée par la volonté de se présenter comme une communauté de destin partagé», le texte adopté propose de profiter de la crise pour créer un nouveau modèle sociétal: «Nous ne pouvons nous contenter de rétablir la situation antérieure: nous devons la restructurer et l’améliorer.»

L’adoption de cette résolution montre que le CESE a la conviction que la «relance, qui devra remédier aux conséquences de la crise de la COVID-19, ne pourra être couronnée de succès que si elle s’accompagne d’une restructuration de la société dans laquelle nous vivons: nous devons nous attacher autant à la reconstruction, qu’à la relance». Le CESE estime que cette reconstruction doit reposer sur les principes qui guident toutes les activités de l’Union: «la protection des droits de l’homme et des droits sociaux, des valeurs démocratiques et de l’état de droit, l’exploitation de tout le potentiel du marché unique, la réalisation des objectifs de développement durable, la création d’une économie circulaire et la réalisation de la neutralité climatique au sein de l’UE d’ici à 2050 au plus tard».

Luca Jahier, président du CESE, a approuvé l’adoption de cette résolution et a salué le travail des rapporteurs: Nous devons envoyer un message fort aux autres institutions de l’Union européenne qui ont sollicité notre aide; ce document repose sur un large consensus, et c’est ce qui avait été demandé.

Cette idée de consensus a également été soulignée par Stefano Palmieri, rapporteur pour le groupe des travailleurs, qui a déclaré que le principe directeur consistait à trouver un accord sur la reconstruction de notre société, étant donné que la crise actuelle s’explique également en partie par la crise sous-jacente. La sauvegarde de l’emploi et des revenus de tous les travailleurs est une priorité, et nous devons élaborer les politiques actuelles dans une perspective à long terme.

Jan Dirx, rapporteur de la résolution pour le groupe «Diversité Europe», a insisté sur l’idée de changement sociétal: Nous en avons désormais l’occasion, et le temps est venu de rendre radicalement et rapidement nos économies plus vertes, plus équitables et plus résilientes face aux futurs chocs.

Leur collègue Petr Zahradník, rapporteur pour le groupe des employeurs, a déclaré que l’idée à la base de cette résolution était d’adopter une approche axée non seulement sur la relance mécanique, mais également sur la reconstruction qualitative de notre société. Il a également souligné le fait que ce document pourrait constituer une contribution importante du CESE à la conférence sur l’avenir de l’Europe, annoncée par la Commission européenne.

Choix politiques

Le texte indique que les effets de la crise peuvent avoir été renforcés par les décisions en matière de politique ayant mis à mal les systèmes de santé, les structures sociales et les productions stratégiques dans l’Union européenne. Compte tenu de ce fait, il est précisé dans la résolution que «maintenir le statu quo ne peut plus faire partie des solutions politiques pour faire face aux conséquences de la crise. L’Europe a la possibilité et l’occasion de construire un autre monde, et l’Union européenne doit jouer un rôle majeur dans cette entreprise».

À cet effet, les membres du CESE indiquent qu’une possibilité s’ouvre, non seulement pour surmonter la crise, mais également pour construire un meilleur avenir. D’après le document, «bien la gérer, ce serait pour nous la surmonter ensemble, sauver des vies et améliorer le bien-être de la société, faire évoluer nos modèles socio-économiques vers des modèles encore plus centrés sur les personnes et le monde naturel, et stimuler le partenariat mondial en faveur du développement durable».

Conséquences de la crise

Il est indiqué dans cette résolution que le creux du cycle économique devrait être atteint au cours du second trimestre de l’année 2020, avant d’observer des signes de relance progressive au cours du second semestre, et que nous devrions atteindre «les niveaux d’avant la crise de la COVID-19 au cours de 2022 pour la production économique, et en 2023 pour les activités d’investissement». Ce scénario dépend toutefois de l’adoption de mesures appropriées pour soutenir la relance.

Concernant cette question, le CESE «accueille favorablement et soutient les propositions de la Commission européenne relatives au plan “Next Generation EU” et au budget global de l’UE pour la période 2021-2027». Les membres du CESE estiment qu’avec l’ensemble complet de mesures annoncé à la toute fin du mois de mai, la Commission européenne «contribue largement» à résoudre la situation actuelle grâce à un modèle de financement plutôt bien fondé.

Toutefois, le CESE estime que les circonstances actuelles mettent également en lumière les limites considérables de la capacité de réaction du budget de l’UE aux chocs imprévus, démontrant le besoin d’améliorer encore le système financier de l’Union.

Le plan de relance

Compte tenu de la situation actuelle et des besoins recensés, le CESE présente ses propositions dans la résolution, et plaide pour «une relance verte ainsi que pour une relance sociale et une relance économique vigoureuses», fondées sur six principes: la solidarité, la compétitivité, la durabilité, la sauvegarde de l’emploi, le maintien des revenus et la participation. Ces propositions comprennent des mesures économiques et sociales telles que:

  • la libération de tout le potentiel du marché unique: à court terme, cela signifie ouvrir sans tarder les frontières, mais également apaiser les tensions et aborder les conditions de concurrence inégales entre les États membres, et relancer la productivité;
  • la stratégie industrielle: il y a lieu de recenser et de soutenir les industries et secteurs clés, de manière à aboutir à une politique industrielle européenne qui protège ces secteurs stratégiques du marché et assure la sécurité de l’approvisionnement en produits essentiels;
  • le pacte vert pour l’Europe: avec cette initiative, l’Union européenne a entamé une transition vers une économie durable. Il est donc logique que les mesures de soutien économique soient combinées à d’autres, destinées à stimuler davantage cette transition;
  • les priorités d’investissement: il sera essentiel, pour parvenir à une économie du «bien-être», de décentraliser la production énergétique et d’investir de manière durable dans les communautés, des espaces publics accessibles, les soins de santé, l’éducation inclusive, les services sociaux, les logements et les infrastructures à émissions nulles de carbone, ainsi que la protection et la restauration de la biodiversité;
  • le socle européen des droits sociaux doit être mis en œuvre au niveau européen et dans tous les États membres, ce qui constitue une étape importante d’un processus proactif de convergence sociale;
  • l’emploi: des emplois de qualité doivent être au cœur de la stratégie de l’UE, en renforçant l’importance du savoir-faire et sa valorisation continue grâce au système d’éducation, de formation et d’apprentissage tout au long de la vie;
  • les systèmes de santé: l’un des principaux enseignements de la crise de la COVID-19 est que les systèmes de santé ont besoin d’être renforcés dans presque tous les pays européens, en insistant avant tout sur la prévention;
  • les relations internationales: il serait souhaitable que le monde d’après la pandémie voie la création d’un nouveau système de relations internationales, d’économie mondiale et de solidarité, reposant sur l’engagement de partager la richesse mondiale et de sauver des vies, ainsi que de protéger les acquis dans le domaine de la santé, de la science, de la vie intellectuelle et du développement industriel. L’Union européenne devrait jouer un rôle de premier plan dans ce nouveau système;
  • la migration: les demandeurs d’asile ne peuvent être abandonnés en raison de la crise actuelle. Les droits de protection de base sont au cœur des valeurs européennes et ne sauraient être balayés d’un revers de main lorsqu’ils sont dérangeants.

Les membres du CESE soulignent que les propositions contenues dans la résolution nécessiteraient l’élaboration d’un nouveau système de gouvernance économique. Par conséquent, ce document constitue une demande de réforme de la gouvernance économique de l’Union européenne et de révision du pacte de stabilité et de croissance «afin d’assurer simultanément la stabilité et la croissance».

La résolution insiste également sur la nécessité de garantir une augmentation progressive des ressources propres de l’UE au moyen de «dispositifs pertinents et appropriés qui pourront par exemple être choisis parmi les suivants: systèmes d’échange de quotas d’émission de l’UE, assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS), taxe sur le numérique, taxe sur les transactions financières, etc.»

Le document précise également le rôle important que les organisations de la société civile peuvent jouer dans l’élaboration de ce nouveau modèle sociétal. Comme l’a déclaré Jan Dirx, «le processus de relance et de reconstruction de l’économie et de la société ne sera possible qu’avec la participation active des organisations de la société civile et des partenaires sociaux».

Downloads

PR: EESC proposals for post-COVID-19 recovery and reconstruction: towards a new societal model

See also