"Une politique migratoire globale et commune en Europe: quels défis pour la coopération avec les pays tiers?" - discours à Athènes

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Discours d'ouverture, Henri Malosse, président du Comité économique et social au musée de l'Acropole européenne, Athènes, le 30 Juin 2014

Si on vous dit "famine à grande échelle, misère, guerres civiles", vous pensez à l'Afrique du 21e siècle? Mais je pourrais aussi faire référence à l'Europe des 18ème et 19ème.

L'Europe a toujours vécu des migrations internes. Au sein des Etats membres avec une désertification progressive des zones rurales au profit des grandes villes mais aussi au sien des frontières de l'Europe: il suffit de se rappeler les grandes migrations des Portugais en France, des Italiens en Belgique, des Grecs en Allemagne. Le miracle économique des années 60 en France et en Allemagne doit beaucoup à ces "Gastarbeiter".

L'immigration est considérée aujourd'hui comme une menace en raison de la crise économique, et une source pour une xénophobie rampante à l'égard des personnes extra-UE mais aussi entre Européens (intolérance dans les Pays-Bas à l'encontre des Polonais, les débats sur la population  Roms). Nous avons besoin de changer notre perception des migrations en Europe qui doit être considéré comme une opportunité et non un simple défi.

Il est également absurde de ne pas permettre aux talents de s'installer dans l'UE. La récente affaire de Nazif Mujic, lauréat de l'ours d'argent de la Berlinale, récemment expulsé avec sa famille de Berlin, illustre cette dérive.

Face à la baisse démographique et au regard de nos valeurs, l'UE devrait traiter cette question avec un certain bon sens, une certaine humanité et une approche commune de l'UE - avec des frontières ouvertes, car il n'y a pas d'autre option. Le CESE a développé de nombreux avis récents de qualité comme celui de M. Mallia et M. Gofcas sur l'immigration irrégulière par voie maritime dans la région Euromed.

Il est essentiel à cet égard de faire une distinction claire entre les migrants au sein de l'UE, les immigrants réguliers extra-communautaires, les immigrants en situation irrégulière, les demandeurs d'asile et les réfugiés. En mélangeant toutes ces catégories, les populistes s'appuient sur ces amalgames pour créer la confusion et les craintes. Nous devons commencer à parler d'une migration plus responsable en Europe, en commençant par affirmer que ces situations sont différentes et dès lors ne doivent pas être traitées ensemble.

Je tiens également à souligner certaines propositions du CESE. Certes la migration intra-UE est une opportunité à condition qu'elle soit choisie par exemple pour développer les compétences des candidats au départ. Mais nous devons veiller à lutter contre la désertification rurale, le dumping social avec la directive des travailleurs détachés.

Quant au sujet des immigrants réguliers – n'oublions pas que l'immigration a participé activement au développement économique de l'Europe. Les nouveaux immigrants pourraient apporter les compétences et l'énergie dont l'Europe a tant besoin.

Et concernant les immigrants en situation irrégulière, je voudrais souligner quelques aspects importants.

Tout d'abord il est de notre devoir de veiller au respect des droits fondamentaux, à l'instauration d'une plus grande solidarité de l'UE avec les États membres qui, en raison de leur situation géographique, doivent faire face à un grand nombre de migrants en situation irrégulière. Les frontières de l'UE, y compris celles maritimes, constituent les frontières de tous les Etats membres. Dès lors, il est de la responsabilité de tous de les garder correctement. Cette solidarité devrait ainsi se traduire par le renforcement de l'agence Frontex et la MARENOSTRUM.

Les droits fondamentaux des migrants en situation irrégulière doivent être respectés à tout moment: les camps de rétention devraient être interdits comme en contradiction avec les conventions des Nations Unies, certains migrants irréguliers pourraient être considérés comme des demandeurs d'asile...

Tous les efforts possibles doivent être faits pour lutter contre le crime organisé. Aucune ressource ne doit être épargnée pour traquer et traduire en justice les «facilitateurs» de trafic d'êtres humains. À cet égard, l'aide des gouvernements de pays tiers est essentielle.
La coopération avec les pays tiers est d'ailleurs souvent indispensable en tant que condition préalable à la mise en œuvre effective des procédures de rapatriement. Dans le même temps l'aide doit être accordée à certains pays de transit afin de leur permettre de mieux gérer leurs frontières et d'accorder une protection à ceux qui en ont besoin.

En ce qui concerne les demandeurs d'asile et les réfugiés, le principe de non-expulsion à la frontière doit être une garantie, et toutes les personnes nécessitant une protection internationale doivent être en mesure de présenter une telle demande. La politique de migration de l'UE conduit les gens qui essaient d'arriver en Europe avec le titre de "réfugié" sont contraints de risquer leur vie pour ce faire. L'UE doit créer des points d'entrée légaux à ses frontières non seulement pour mieux suivre le flux des migrants mais aussi au regard du respect de la vie humaine.

Enfin, je voudrais appeler les politiciens et ceux qui ont une influence dans notre société comme les médias, à faire tous les efforts pour porter un exemple politique et social de lutte contre l'intolérance rampante, le racisme et la xénophobie en Europe. Il existe en la matière un besoin pour une plus grande harmonisation entre les États membres face à ces mouvements intolérables.

Pour cela, une définition très claire est nécessaire concernant l'approche de l'UE au sujet de l'intégration des immigrants dans nos sociétés. Nous devons créer un modèle européen, dans lequel chaque partie devra faire des efforts: les nationaux pour accepter les différences et voir l'apport de ces nouveaux arrivants, les immigrants pour respecter l'identité des pays où ils s'installent.

La politique d'immigration n'est pas un élément isolé des autres politiques majeures de l'UE. Dans le domaine des affaires intérieures, en concentrant les moyens européens sur la cohésion économique et sociale entre les pays de l'UE, nous éviterions une "Europe à deux vitesses". Dans le domaine des affaires extérieures, une politique étrangère plus intégrée permettrait d'assurer une plus grande stabilité dans les pays voisins mais aussi une politique de co-développement commune plus forte dans les régions sensibles.

Alors que sera établie une nouvelle Commission européenne, pourquoi ne pas envisager un Commissaire européen dédié aux Migrations qui éviterait d'aborder ces thématiques sous le seul angle de la Justice et des Affaires intérieures.
 

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Le CESE plaide pour une politique européenne cohérente en matière d'immigration

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