Stefano MALLIA, Ancien président f.f. du groupe des employeurs

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Stefano MALLIA
Ancien président faisant fonction du groupe des employeurs

Jamais auparavant dans l’histoire les citoyens de l’Union européenne n’ont dû faire face à une telle incertitude. La crise du COVID-19 a brutalement mis en relief la fragilité de notre mode de vie et des fondements sur lesquels reposent nos sociétés et nos économies. Alors que la bataille pour aplatir la courbe de la pandémie semble produire certains résultats, l’autre, celle à livrer pour sauver l’économie européenne, apparaît comme étant encore plus difficile.

Les pertes estimées pour l’économie ont de quoi choquer. Selon les Nations unies, la pandémie du COVID-19 coûtera pour cette seule cette année à l’économie mondiale 2 000 milliards de dollars des États-Unis. Pour faire face à cette crise, nous avons besoin de mesures extraordinaires et sans précédent ainsi que d’une solidarité européenne réelle et inconditionnelle. Le moment que nous vivons appelle une direction politique forte et un acte de courage unanime de la part de nos dirigeants politiques.

Préserver les emplois devrait être la priorité pour l’Union européenne. Mieux les entreprises survivront à ces temps difficiles moins il y aura de citoyens exposés au risque de perdre leur emploi et ayant par conséquent besoin d’aides de l’État. Je pense que des initiatives telles que l’instrument européen de soutien temporaire (SURE) et la mobilisation d’un milliard d’euros au titre du Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) en vue de donner des liquidités aux PME, de même que les mesures prises par la Banque centrale européenne, sont des pas qui vont dans la bonne direction mais l’ampleur de la crise appelle des flux de financements encore plus importants.

Pour faire face à la crise actuelle, le temps compte plus que jamais. Dans de nombreux secteurs de l’économie, les entreprises ne survivront pas sans aide pendant plus d’un mois ou deux. Il est crucial que l’aide qui provient aussi bien du niveau national et du niveau européen parvienne à ses bénéficiaires dans les meilleurs délais, sans être ralentie par des contraintes bureaucratiques. Il s’agit là d’un défi que tant l’administration européenne que les administrations nationales doivent relever. L’efficacité et une information appropriée sont plus importantes qu’elles ne l’ont jamais été auparavant.

La décision prise récemment par le Conseil européen de lier le Fonds de recouvrement à une nouvelle proposition du CFP (cadre financier pluriannuel) constitue un pas dans la bonne direction. Elle a permis de réduire les tensions entre les États membres qui avaient de différentes visions sur la manière de financer le plan de relance. La Commission européenne doit à présent transformer ce consensus politique dans une proposition concrète, se mettre d'accord sur le CFP et le mettre en œuvre dans les plus brefs délais.

L’accès au fonds de recouvrement doit être égal dans tous les États membres. Chaque semaine fait une différence énorme pour des milliers d’entreprises. Une fois l’état d’urgence sanitaire terminé, nous devons disposer de tous les outils nécessaires pour relancer l’économie européenne le plus rapidement possible.

L’apparition du COVID-19 a ébranlé l’un des piliers de l’Union européenne, le marché unique. Les efforts pour combattre la propagation du coronavirus ne devraient pas conduire à une limitation de la libre circulation des marchandises. Nous devons protéger le marché unique et faire en sorte qu’il reste opérationnel. Une fois l’urgence passée, l’achèvement du marché unique sera l’une des pierres angulaires de la reprise.

Tandis que certains pays de l’Union européenne en sont à engager de premières actions modestes pour relancer leurs économies, il est désormais évident que nous devrons composer avec certaines restrictions et limitations pendant plusieurs mois encore. «Revenir à la normale» ne signifie pas revenir à l’ordre des choses habituel. La nécessité de repenser certaines opérations quotidiennes voire l’ensemble des modèles économiques offre une occasion unique d’innover et d’adopter une approche qui sorte du cadre habituel.

La pandémie de COVID-19 a fait émerger une dure réalité, à savoir que l’Union européenne ne dispose ni des règles ni des conditions nécessaires pour réagir de manière rapide et cohérente à une situation d’urgence. Les leçons tirées de cette urgence sanitaire doivent amener à inscrire la création d’une «Union européenne de la santé» à l’ordre du jour européen. La pandémie nous a à nouveau rappelé l’importance d’un investissement approprié aussi bien dans les soins de santé que dans la recherche médicale.

Par le passé, les crises ont fourni à l’Union européenne l’occasion d’approfondir l’intégration et je pense que cela doit être le cas aujourd’hui également. La crise actuelle a montré à quel point nous étions interconnectés en raison de la mondialisation. Dans certains cas, l’architecture des chaînes de valeur globales s’est avérée contreproductive pendant la pandémie. C’est un autre enseignement à tirer. Je suis tout à fait d’accord avec l’ancien président du Conseil européen, M. Herman van Rompuy, qui a déclaré que l’Union dans son ensemble devait être davantage souveraine dans les domaines économique, technologique, énergétique, médical et agricole.

Dans cette édition de notre lettre d’information, vous trouverez exposés les points de vue des principales organisations d’employeurs européennes quant aux mesures nécessaires pour surmonter la crise actuelle. Nous les avions toutes invitées à apporter leur contribution car nous sommes d’avis que les difficultés économiques causées par la COVID-19 ne peuvent être surmontées qu’au moyen d’actions courageuses et d’une solidarité sans précédent. Grâce au retour d’informations direct de leurs membres, les organisations d’employeurs sont les mieux placées pour savoir ce qu’il faut sur le terrain pour sauver l’économie européenne. Nous fournissons ces informations à nos gouvernements quotidiennement et voulons les fournir aux décideurs politiques de l’Union européenne également. Le monde des entreprises est un acteur incontournable dans ce débat!