Une Europe durable ne doit laisser personne de côté

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Le Comité économique et social européen (CESE) estime qu’il est absolument essentiel de s’attaquer à la question sociale pour mener à bien le programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations unies dans l’Union européenne. Pour y mettre en œuvre les dix-sept objectifs de développement durable (ODD), il est nécessaire de réunir la dimension sociale et les dimensions économique et environnementale de la durabilité, en introduisant un changement systémique et en dépassant la pensée cloisonnée qui prévaut dans les stratégies actuelles de l’Union européenne. Le «nouveau pacte» annoncé par la présidente élue de la Commission devrait donc être un pacte «vert» et social garantissant que personne n’est laissé pour compte dans la transition vers une Europe durable et neutre en carbone.

Dans son avis d’initiative intitulé Ne laisser personne de côté lors de la mise en œuvre du programme de développement durable à l’horizon 2030, le CESE a estimé que, pendant trop longtemps, le programme en matière de développement durable a été uniquement assimilé au programme environnemental, ce qui a créé un écart entre les dimensions sociale, économique et environnementale de la durabilité.

Nous ne pouvons pas réaliser les ODD sans lutter contre les inégalités sociales. 10 % des ménages les plus riches détiennent 50 % de la richesse totale, ce qui n’est pas soutenable! Nous avons besoin de politiques de redistribution et d’un nouveau modèle de croissance pour faire en sorte que personne ne soit laissé pour compte, a déclaré Peter Schmidt, rapporteur de l’avis.

Les questions sociales et la cohésion régionale ont jusqu’à présent été envisagées comme des domaines d’action distincts plutôt que comme une véritable partie intégrante de la politique de durabilité. Selon le CESE, une approche plus globale est nécessaire pour garantir que la transition vers une économie durable et neutre en carbone soit juste pour tous, réduise les inégalités sociales et tienne compte des groupes les plus vulnérables de la société ainsi que des régions et des territoires les plus défavorisés de l’UE. En particulier, les politiques devraient développer une compréhension bien plus large de la «transition juste» (au-delà du charbon) et mettre pleinement en œuvre le socle européen des droits sociaux à l’appui de cette transition, tout en stimulant les réformes des systèmes de redistribution, telles que la fiscalité différenciée, la protection sociale et les investissements sociaux et durables.

Ne laisser personne de côté implique également de redonner au plus grand nombre de personnes la possibilité de prendre une part active au processus de transition. Même si la société dans son ensemble en tirera bénéfice, les coûts et les avantages de la transition vers la durabilité ne seront pas partagés de manière égale sans interventions politiques pour s’assurer que personne ne soit laissé pour compte.

Il n’est ni possible, ni souhaitable que la transition vers un modèle durable soit décrétée «d’en haut»: elle ne pourra être couronnée de succès que si elle bénéficie d’un large soutien et de la participation active de tous, a expliqué Lutz Ribbe, corapporteur de l’avis. «Nous devons offrir à tous les groupes et parties prenantes de la société un cadre qui leur donne sur un pied d’égalité une réelle possibilité de produire et de consommer de manière durable, en facilitant le plus possible l’accès aux investissements, aux nouveaux modes de vie, aux modes de consommation durables et à la technologie».

Par conséquent, une stratégie de durabilité fondée uniquement sur un marché où, dans l’idéal, toutes les externalités sont internalisées (en appliquant le principe du «pollueur-payeur», par exemple), n’est pas suffisante parce qu’elle ne produit pas automatiquement des résultats durables pour la société. Outre l’internalisation des effets externes, une politique de promotion de la durabilité sociale doit adopter une approche plus large et supprimer les obstacles qui empêchent les personnes, les communautés, les coopératives, certaines entreprises spécifiques ou le secteur public de participer au développement durable, par exemple dans le secteur de l’énergie. En outre, il est urgent d’investir dans le capital humain (éducation, formation, apprentissage tout au long de la vie) pour doter les générations actuelles et futures des compétences nécessaires dans le domaine des technologies vertes et numériques.

Ne laisser personne de côté est également une notion qui s’étend aux générations futures. Nous devons permettre aux jeunes de se faire entendre effectivement et leur donner voix au chapitre dans la prise de décision, a déclaré M. Schmidt. Le CESE estime que le cadre politique européen et l’économie qui prévalent actuellement pénalisent les générations futures; il salue le fait que les jeunes, en particulier, expriment désormais clairement leurs préoccupations, par exemple dans le cadre du mouvement «vendredis pour l’avenir».

L’Union européenne ne sera crédible pour agir en tant que chef de file mondial en matière de durabilité que si elle endosse ses responsabilités à cet égard et associe chaque citoyen, territoire et région à la transition vers une économie durable, neutre en carbone et efficace dans l’utilisation des ressources. Cette transition est une occasion unique de développer une vision prospective, fondée sur les valeurs de la solidarité et des droits de l’homme, de la justice sociale et de l’égalité, de la démocratie et de la participation ainsi que de l’esprit d’entreprise et de la responsabilité environnementale, et ce au bénéfice de tous au bout du compte.