Une éducation inclusive et des approches sur mesure peuvent aider à lutter contre l’échec scolaire parmi les Roms

Une audition du CESE révèle que le risque de décrochage scolaire est sept fois plus élevé pour les Roms que pour les autres jeunes

En dépit d’une légère amélioration en ce qui concerne la part de jeunes en situation de décrochage scolaire parmi les Roms, seuls 68 % de ces jeunes terminent, dans le meilleur des cas, le premier cycle de l’enseignement secondaire, ce qui réduit considérablement leurs chances sur le marché du travail et perpétue la spirale de la pauvreté qui demeure le lot de la majorité des membres de ce groupe ethnique.

La ségrégation et la discrimination persistantes à l’encontre des Roms, les facteurs économiques ainsi qu’une absence de politiques adéquates figurent parmi les innombrables raisons pour lesquelles ceux-ci quittent l’école prématurément, a-t-on appris lors d’une audition organisée cette semaine par le Comité économique et social européen (CESE).

L’audition intitulée «Lutte contre le décrochage scolaire parmi les Roms: état des lieux et voie à suivre» a réuni des membres du CESE, des représentants de la Commission, du Conseil, des Nations unies, de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) et d’autres organisations, telles que le Fonds pour l’éducation des Roms, l’Open Society Foundation (OSF) et le Cedefop.

L’objectif recherché était d’analyser la situation actuelle et les solutions possibles aux problèmes qui se posent, et recenser les causes d’une situation où les jeunes Roms décrocheurs sont presque sept fois plus nombreux que leurs pairs dans le reste de la population.

Ces chiffres ressortent d’une enquête récente menée par EUMIDIS II, qui a défini les décrocheurs comme des jeunes âgés de 18 à 24 ans ne pouvant se prévaloir, tout au plus, que d’un niveau d’enseignement correspondant au premier cycle du secondaire et qui ne poursuivent par la suite ni études ni formation. En 2016, au sein de la population non rom, le taux moyen d’abandon scolaire précoce s’élevait à 10,7 % dans l’Union européenne.

L’objectif principal de la stratégie Europe 2020 consistait à ramener ce taux sous le seuil des 10 %. En ce qui concerne les Roms, il est fort peu probable que ce but soit atteint, surtout à la lumière de certaines autres données négatives montrant que 50 % des Roms âgés de 6 à 24 ans n’ont pas même été scolarisés. Les taux affichés pour les filles et les jeunes femmes sont encore plus faibles.

Les établissements scolaires sont des entités sociales, elles sont inscrites dans un contexte plus vaste. Une éducation inclusive ne peut se concevoir que dans une société inclusive a déclaré Ákos Topolánszky, membre du CESE.

Pourtant, des participants à l’audition ont fait observer que la ségrégation résidentielle et scolaire que subissent les Roms, qui constitue l’une des causes majeures de leur échec scolaire, semble se poursuivre voire, dans certains États membres, s’aggraver.

Les Roms européens vivent pour la plupart dans des quartiers roms séparés, dans des conditions de logement d’une extrême pauvreté, sachant que 80 % d’entre eux vivent en dessous du seuil de risque de pauvreté des pays concernés. De nombreuses familles roms n’ont pas les moyens de payer les frais de transport scolaire ou de supporter le coût des manuels et de l’habillement, et leurs jeunes se retrouvent souvent contraints de quitter l’école et de trouver un emploi qui sera évidemment mal payé.

Roland Ferkovics, du Fonds pour l’éducation des Roms, a fait observer que la motivation et la confiance en soi des élèves roms sont plus faibles en raison de l’exclusion sociale et économique qu’ils subissent, ce qui fait encore plus obstacle à leur réussite scolaire.

En outre, bon nombre d’entre eux sont victimes d’intimidations et de harcèlement, y compris de la part de leurs professeurs.

Jaroslav Kling de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), a déclaré qu’en 2016, quelque 14 % des Roms âgés de seize ans et plus se sentaient victimes, en raison de leur origine ethnique, de discrimination dans leurs relations avec le milieu éducatif, qu’il s’agisse aussi bien des étudiants que de leurs parents. Un tiers des enfants roms vivant dans des quartiers non roms ont été victimes d’agressions verbales de la part de leurs pairs et de leurs enseignants.

Pour eux, l’école est considérée comme un lieu de conflit, et non comme un espace de développement et de joie, a déclaré Roland Ferkovics.

La ségrégation peut également survenir lorsque les enfants roms sont dirigés vers des écoles ou des classes spéciales où l’enseignement est de mauvaise qualité ou bien dont les programmes sont moins exigeants que dans le système normal. Citons par exemple le cas désormais célèbre de la ville d’Ostrawa, en République tchèque, où des élèves roms étaient automatiquement orientés vers des établissements réservés aux enfants souffrant de troubles du développement. En 2007, la Cour européenne des droits de l’homme a statué qu’ils avaient fait l’objet de discrimination.

Cependant, selon Szilvia Pallaghy de l’Open Society Foundation (OSF), l’exclusion des enfants roms des écoles ordinaires reste fréquente.

Une nouvelle méthode de ségrégation des enfants roms consiste à les dispenser de la fréquentation scolaire, lorsque son obligation ne porte que sur le passage des examens en fin de trimestre a-t-elle expliqué, ajoutant que les jeunes élèves roms étaient souvent poussés vers des écoles professionnelles de piètre qualité et pour des cursus courts qui sont considérés comme un pis-aller pour les jeunes exclus tant sur le plan social qu’académique.

Szilvia Pallaghy a insisté avec force sur les services d’assistance précoces en tant que mesures préventives contre le décrochage, tout en soulignant l’importance de la qualité et de l’engagement parental qui devraient être encouragés auprès des parents roms.

Petra Goran de la Commission a déclaré qu’il convenait d’insister sur les approches éducatives inclusives, les besoins individuels et les activités périscolaires et extrascolaires, ces dernières étant importantes pour que les Roms se sentent partie prenante d’une communauté. Une approche globale du décrochage devrait exister au niveau des établissements, associant les enseignants, les chefs d’établissement, mais aussi les parents et les services locaux, de manière à placer l’élève au centre de l’attention, a-t-elle ajouté.

Certains exemples ont montré que des progrès pouvaient être accomplis et que même des projets d’envergure modeste pouvaient faire une grande différence. M. Ferkovics a expliqué comment, dans six États membres, plus de 50 000 Roms avaient participé à des programmes en matière d’abandon scolaire permettant de porter à 80 % le taux d’obtention des diplômes chez les bénéficiaires.

Camille Gangloff (Conseil de l’Europe) a présenté le projet INSCHOOL, qui s’est fixé pour objectif d’améliorer l’inclusion sociale des Roms par la promotion de l’éducation inclusive et la formation des enseignants dans un certain nombre d’établissements scolaires sélectionnées en République tchèque, Hongrie, Roumanie, Slovaquie, ainsi qu’au Royaume-Uni.

L’idée consistait à mieux outiller les enseignants au moyen d’échanges réciproques entre écoles pilotes sélectionnées et en soutenant les écoles déjà expérimentées en matière d’éducation inclusive en leur apportant de nouvelles compétences afin de leur permettre de gérer leurs classes en tenant compte de la diversité des besoins et des styles d’apprentissage.

Toutefois, bien que l’éducation inclusive et la lutte contre le décrochage figurent actuellement au rang des priorités européennes, et en dépit de moyens financiers disponibles et de l’accomplissement d’un certain nombre de réformes dans de nombreux pays de l’UE, les résultats en pratique restent limités, en particulier en faveur des Roms.

Les États membres devraient adopter des mesures concrètes pour lutter contre le décrochage scolaire chez les Roms. En particulier, ils devraient tenir compte de la diversité des élèves roms et fixer des attentes exigeantes reposant sur le principe selon lequel une éducation de qualité doit s’adapter à l’apprenant plutôt qu’exiger de ce dernier qu’il s’adapte à un système existant a déclaré Jaroslav Kling.

Une approche globale et systémique est nécessaire. Toute autre approche ne ferait, dans le meilleur des cas, que produire des résultats locaux, sachant que ce problème ne pourra aucunement être résolu à cette échelle. Ce qui s’impose, c’est d’adopter l'attitude politique et sociale adéquate, a déclaré en conclusion M. Topolánszky.