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Selon les ONG et les responsables politiques, les Roms continuent d’être victimes de discriminations et de profilage ethnique

Les Roms, qui constituent la première minorité d’Europe, avec plus de dix millions d’individus, continuent d’être discriminés et marginalisés dans de nombreux États membres de l’Union européenne. Les ONG de défense des droits de l’homme et les décideurs politiques de l’UE qui se sont réunis au siège du Comité économique et social européen (CESE) à l’occasion d’une audition publique sur le thème «Lutter contre l’antitsiganisme dans les pratiques de profilage ethnique» ont mis en garde contre le fait que, dans de nombreux cas, la police continue de recourir à ce type de profilage à l’encontre des Roms. Cette audition s’inscrivait dans le cadre de la troisième édition de la Semaine des Roms de l’UE, organisée à Bruxelles par les institutions européennes, du 8 au 12 avril 2018.

L’intégration reste le principal problème

Ákos Topolánszky, membre du CESE et président du groupe d’étude permanent sur l’intégration des Roms, a fait observer, dans son discours d’ouverture de l’événement, que l’antitsiganisme qui se manifeste dans les pratiques de profilage ethnique est encore largement répandu en Europe.

«La population rom est perçue comme étant à part, d’un point de vue ethnique et en raison de sa culture authentique, qu’il s’agisse des processus décisionnels, des questions d’usage des langues ou de l’accès aux services publics», a-t-il fait valoir, en ajoutant que le profilage ethnique est une pratique qui doit être combattue.

De son côté, le député européen Tomáš Zdechovský a décrit la situation des Roms comme désolante, en particulier dans les nouveaux États membres de l’UE d’Europe centrale et orientale, qui comptent d’importantes minorités roms. Il a souligné que le problème le plus important de ces communautés demeure incontestablement leur manque d’intégration dans la société, qui, dans la majorité des cas, débouche sur la pauvreté. Et d’ajouter: «Il n’est pas étonnant que leurs mauvaises conditions de vie se traduisent par un taux élevé de criminalité et d’autres conséquences négatives».

Le profilage ethnique, effet collatéral de la migration et des menaces terroristes

Claire Fernandez, représentante du Réseau européen contre le racisme (ENAR), a attiré l’attention sur le fait que le recours accru au profilage ethnique a un lien avec les mesures de lutte contre le terrorisme et le renforcement des contrôles aux frontières dû à la migration. Elle a indiqué que les Roms et les gens du voyage faisaient partie des nombreux groupes touchés par cette tendance relativement nouvelle.

 «Au niveau de l’UE, il n’existe pas de garde-fous – à part la législation générale relative à l’égalité – pour prévenir le profilage ethnique ou d’autres formes de discrimination dans le cadre de l’application de la loi ou des contrôles aux frontières», a-t-elle déclaré.

Mme Fernandez a en outre souligné que la pratique largement répandue du profilage ethnique contribuait à la défiance des Roms et des gens du voyage à l’égard des forces de l’ordre, en notant au passage que «cela explique en partie le faible niveau de signalement des crimes de haine, puisque les policiers sont considérés comme un élément du problème». Elle a fait observer par ailleurs que souvent, le système judiciaire n’offre pas réparation aux personnes roms qui signalent des crimes de haine ou des actes discriminatoires.

Péter Szegi, représentant de l’Union hongroise pour les libertés civiles, a précisé que les Roms sont en général victimes de deux formes de profilage ethnique: d’une part, la mise à l’amende discriminatoire, de la part des forces de police, pour des délits mineurs tels que l’absence d’accessoires de bicyclette obligatoires ou le fait de marcher sur la route et, d’autre part, les contrôles d’identité. «Ce ciblage discriminatoire, dans l’action de la police, devient un outil qui vise l’intimidation et la ségrégation des communautés roms», a-t-il ajouté.

Contexte

Le profilage ethnique se définit comme une forme de discrimination répandue, qui contrevient aux normes en matière de droits de l’homme, consistant à fonder une présomption d’irrégularité sur des généralisations liées à la race, l’appartenance ethnique, la religion ou l’origine nationale plutôt que sur des comportements individuels ou des preuves objectives.

Une enquête de l’Union européenne sur les minorités et la discrimination, publiée en 2016, a montré que 19 % des répondants roms déclaraient avoir été interpellés par la police au cours des douze mois précédents. 42 % d’entre eux se disaient convaincus que c’était en raison de leur origine ethnique ou immigrée (84 % au Portugal, 63 % en Grèce et 57 % en République tchèque).