Garantir des denrées alimentaires en suffisance pour tous implique de repenser complètement notre mode de production et de consommation

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Le CESE lance le débat sur l'alimentation durable

Le défi

La situation est préoccupante. Selon les Nations unies, la population mondiale devrait atteindre le chiffre stupéfiant de 9,6 milliards d'ici à 2050. Cependant, le système de production alimentaire mondial peine à nourrir la population actuelle, qui compte quelque 7,5 milliards d'individus, la production étant à peine supérieure à la consommation.

En outre, notre mode actuel de culture, de production, de transport et de consommation alimentaires exerce une pression énorme sur l'environnement et le climat, mais aussi sur la société et la santé publique.

Cette situation ne saurait durer: c'est pourquoi l'UE doit prendre au sérieux son rôle de premier exportateur et importateur mondial de denrées alimentaires.

Même si l'Europe a pris d'importantes mesures pour mener des réformes dans tous les secteurs concernés, de l'agriculture à la recherche, le Comité économique et social européen (CESE) affirme qu'une approche plus globale et commune est nécessaire.

À cet égard, le CESE a entrepris d'élaborer, à la demande de la présidence néerlandaise de l'UE, un avis exploratoire sur le thème «Des systèmes alimentaires plus durables», qui mettra notamment l'accent sur l'agriculture, la production et la distribution des denrées alimentaires, la consommation et les régimes alimentaires, ainsi que sur l'environnement et les soins de santé. Le point de vue des parties prenantes et des experts sur ce sujet a été recueilli à l'occasion d'une audition organisée par le Comité le 11 mars 2016 à Bruxelles (lien vers la page internet de l'audition).

L'audition, introduite par Peter SCHMIDT, président du groupe d'étude permanent du CESE sur la sécurité alimentaire et du groupe d'étude NAT/677 «Des systèmes alimentaires plus durables», a été l'occasion d'analyser différents points de vue et initiatives concernant la transition de l'Europe vers des systèmes alimentaires plus durables, y compris l'importance d'une coopération intersectorielle tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire.

Solutions possibles

Pour introduire le débat, M. SCHMIDT a déclaré: «Il conviendrait d'insister à nouveau sur la valeur réelle de l'alimentation. Celle-ci est un élément central dans toutes nos sociétés; elle est à la fois tributaire des ressources naturelles et influe sur celles-ci; elle a des effets sur la santé publique; elle joue un rôle capital dans l'économie européenne, puisqu'elle est le plus gros secteur de l'UE en termes d'emploi et de contribution au PIB.»

Selon le CESE, l'un des thèmes principaux est la question de la réduction du gaspillage alimentaire, qui s'élève actuellement à 100 millions de tonnes en Europe et à 1,6 milliards de tonnes au niveau mondial (près de 30 % des denrées alimentaires). Mettre un terme à ce gaspillage permettra à la fois de nourrir davantage de personnes et de protéger l'environnement fragile. En plus de lutter contre le gaspillage alimentaire et de fournir de la nourriture aux personnes qui n'en ont pas assez, la stratégie du CESE vise à s'attaquer de front à l'épidémie d'obésité en encourageant les fabricants à produire des aliments plus sains et en sensibilisant le public à l'importance d'une alimentation saine. Clementine O'CONNOR, consultante en systèmes alimentaires durables auprès de l'Institut des ressources mondiales (WRI) et du PNUE, a présenté quelques chiffres peu réjouissants, dont voici quelques exemples:

  • 1 personne sur 9 souffre de la faim, tandis que 2 sur 10 sont en surpoids.
  • 4,6 milliards de dollars (soit 4,1 milliards d'euros) sont dépensés pour promouvoir la restauration rapide, contre seulement 116 millions de dollars (104,4 millions d'euros) pour les fruits et légumes.

«Le gaspillage alimentaire et l'alimentation déséquilibrée partagent de nombreuses causes, conséquences et solutions. Adopter une approche combinée serait donc essentiel pour parvenir à une alimentation durable», a souligné Mme O'CONNOR.

Avoir une alimentation plus saine et consommer moins de viande est également bénéfique pour la santé de la planète, mais cela ne s'arrête pas là. Le secteur alimentaire est le premier producteur mondial d'émissions de gaz à effet de serre – et le CESE propose des mesures afin d'y remédier.

Le rôle des consommateurs est essentiel pour réaliser la transition du système alimentaire. Pour atteindre cet objectif, l'information et l'éducation sont primordiales, y compris éduquer les enfants concernant la provenance des aliments, leur qualité ou leur empreinte environnementale.

L'audition s'est également intéressée à la manière dont l'UE envisage de répondre aux besoins alimentaires croissants ainsi qu'au rôle de l'innovation dans les futurs systèmes alimentaires durables. Le rôle de l'UE est également vital lorsqu'il s'agit d'englober d'autres marchés importants. Plusieurs participants ont plaidé pour que l'UE élabore une politique alimentaire européenne en regroupant différentes politiques, telles que l'agriculture, le commerce, l'environnement, la santé ou la politique sociale, et en combinant différents outils, comme la réglementation juridique, les mesures d'incitation économiques ou la taxation afin de mettre au point un véritable système alimentaire durable.

Différents acteurs de la société civile ont fait part de leur point de vue, dont des représentants d'Oxfam Solidarité, du Fonds mondial pour la nature (Royaume-Uni), du COPA-COGECA, de petites entreprises (UEAPME) et d'Eurocoop. Les intervenants ont souligné l'importance d'une approche globale et systémique de la sécurité alimentaire et de la production durable. Pour conclure l'audition, Mindaugas MACIULEVIČIUS, membre du CESE et rapporteur de l'avis NAT/677, a insisté sur le fait qu'il fallait davantage de cohérence, non seulement entre les politiques, mais aussi entre les secteurs.

Les principales conclusions viendront alimenter l'avis du CESE, qui sera adopté lors de sa session plénière de mai.