Nous avons besoin d’une économie du bien-être qui soit au service des citoyens et de la planète

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L’Union européenne fait face aujourd’hui à des situations d’urgence qui remettent en question ses modèles économiques actuels. Les dogmes qui, jusqu’à récemment, servaient à définir le projet européen, tels que la croissance, l’emploi et la prospérité, ne suffisent plus à susciter l’adhésion des jeunes Européens. L’UE est sous pression: elle doit relever un certain nombre de défis aux dimensions multiples, qui trouvent leur origine dans une décennie de crise économique et migratoire, d’insatisfaction sociale et de dégradation de l’environnement. Elle doit se réinventer rapidement, dans l’intérêt de ses citoyens.

L’avis adopté par le CESE dans ce contexte vise à déterminer la forme que devrait prendre «l’économie durable dont nous avons besoin» en s’attelant à définir une nouvelle vision de la prospérité pour les personnes comme pour la planète, qui regrouperait de manière intégrée les dimensions économique, sociale et environnementale. Le CESE demande à l’UE de proposer de nouveaux modèles économiques, des décisions d’investissement sachant tirer parti des progrès technologiques, ainsi que de nouveaux indicateurs pour l’économie du bien-être, de manière à raviver la confiance et la foi des citoyens.

Avec la mise en œuvre du programme de développement durable à l’horizon 2030, un engagement à éradiquer la pauvreté et parvenir à un développement durable dans le monde d’ici à 2030, et l’adoption du pacte vert pour l’Europe, qui vise à faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre à l’horizon 2050, l’Union a enfin placé ces questions en tête de liste de ses priorités.

La priorité absolue est cependant que ce pacte vert devienne un véritable pacte vert et social, qui garantisse que la transition vers une économie neutre pour le climat, ne laissant personne de côté, soit juste et cohérente de bout en bout. En réalité, c’est l’ensemble du système que nous devons repenser.

Pour assurer une transition juste et écologique et la bonne mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD), nous devons repenser l’économie de l’Union. Nous devons relancer le système, mais nous avons besoin d’un nouveau programme et non d’une simple mise à jour, a déclaré Peter Schmidt, le rapporteur de l’avis du CESE.

De nouveaux indicateurs pour une économie du bien-être

L’UE doit commencer par mettre en place de nouveaux indicateurs de performance économique et de progrès social allant au-delà du produit intérieur brut (PIB), la prospérité n’étant pas simplement une question de production ou de revenu. Le PIB fait abstraction d’aspects majeurs du bien-être individuel et social et il ne tient pas dûment compte des considérations environnementales et sociales. La réussite mesurée par le PIB est trompeuse dès lors que les effets de la croissance induisent des changements irréversibles et catastrophiques concernant l’état de notre climat, de nos sols, de nos forêts, de nos rivières et de nos océans.

Le CESE reconnaît que l’économie du bien-être doit pouvoir répondre aux objectifs de développement durable et garantir la prospérité, même en cas de croissance faible ou nulle, telle que nous l’enregistrons en cas de récession économique ou de stagnation séculaire, par exemple. Ce nouveau modèle doit proposer des solutions qui, dans le même temps, protègent les écosystèmes, préservent la biodiversité, assurent la transition vers un mode de vie neutre pour le climat et favorisent l’entrepreneuriat durable.

À cette fin, l’Union devrait adopter un «cadre relatif aux niveaux de vie» et établir un budget consacré au bien-être, sur le modèle d’approches mises en place ailleurs dans le monde, par exemple en Nouvelle-Zélande. Elle devrait montrer la voie, mais aussi s’appuyer sur des bonnes pratiques déjà éprouvées.

De nouveaux modèles économiques

Le pacte vert et social européen devrait permettre de réaliser les investissements à grande échelle requis pour assurer une transition juste vers une économie neutre pour le climat, et de créer des emplois de qualité dans chaque communauté, en apportant au plus grand nombre des avantages concrets. Les améliorations doivent bénéficier à la population de l’Union dans son ensemble, en zone urbaine comme en zone rurale et du nord au sud du continent. L’investissement public joue un rôle primordial dans cette transition, pour pouvoir mener à bien la rénovation des bâtiments publics, la réorganisation des transports publics (les transports contribuant pour près d’un quart aux émissions de gaz à effet de serre de l’Europe) et la construction de systèmes énergétiques propres. Toutefois, cette transformation considérable n’aboutira pas si nous ne parvenons pas à mobiliser également l’investissement privé et les grandes entreprises internationales...

Le CESE propose donc également une «réforme fiscale verte» axée sur des mesures incitatives, une transparence et une sécurité accrues, ainsi qu’une utilisation de la fiscalité pour promouvoir les résultats bénéfiques, pénaliser ceux qui ne sont pas souhaitables, récompenser les personnes qui cherchent à adopter un mode de vie plus durable et, surtout, encourager l’investissement durable. Un passage progressif au vote à la majorité qualifiée contribuerait par ailleurs à réaliser plus efficacement nos objectifs environnementaux.

L’Union européenne devrait recourir à la fiscalité et aux subventions redistributives ainsi qu’à des politiques de «prédistribution», dans le cadre desquelles les coûts et les avantages de la transition seraient répartis équitablement entre les différents groupes sociaux, industries et régions, de même qu’entre les générations actuelles et futures.

Enfin, pour garantir que tous les mécanismes existants servent le même objectif, le CESE demande que les mécanismes budgétaires et financiers de l’UE (tels que le cadre financier pluriannuel, le Semestre européen et le programme pour une meilleure réglementation, ainsi que le pacte de stabilité et de croissance) soient alignés sur les ODD et le socle européen des droits sociaux. Il est essentiel de revigorer la solidarité sociale pour pouvoir renforcer la démocratie.

Des décisions d’investissement face aux progrès technologiques

Comment nous affranchir du charbon et faire de la neutralité carbone une réalité d’ici 2050?

Dans un premier temps, et dans un souci de cohérence, le CESE demande qu’il soit mis fin aux subventions perverses qui soutiennent l’extraction et l’utilisation des combustibles fossiles.

La deuxième étape nécessite de s’appuyer sur la technologie, laquelle doit bénéficier d’investissements.

Pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, l’UE doit investir dans les technologies liées aux énergies renouvelables et dans celles qui entraînent des «émissions négatives». Les scientifiques estiment toutefois que ces investissements sont moins coûteux que ceux résultant de l’inaction ou de mesures d’atténuation (sommes dépensées pour inverser les effets du changement climatique).

Les nations du monde se sont engagées à mettre en place un programme à l’horizon 2030 qui soit radical, équitable et réalisable. En plus de ce programme, l’Union européenne a adopté le pacte vert et est résolue à progresser vers la réalisation des ODD. S’engager dans ce processus représente pour l’Union une occasion unique de renouveler sa vision du progrès social, de redynamiser son économie et d’asseoir son rôle de chef de file dans le monde en montrant l’exemple.

 

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