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L’Union européenne doit prendre des mesures pour renforcer le rôle international de la monnaie unique

L’euro se classe en deuxième position dans le monde en tant que monnaie de réserve et que monnaie utilisée dans le domaine des obligations à revenu fixe ou pour les transactions commerciales internationales. Toutefois, son utilisation à l’échelon international n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant la crise financière et son rôle futur dans le système monétaire international est lié aux perspectives économiques de la zone euro.

Des politiques macroéconomiques saines dans l’UE, l’approfondissement de l’Union économique et monétaire (UEM) et l’achèvement de l’union bancaire et de l’union des marchés des capitaux (UMC) sont autant de conditions préalables à une pleine exploitation du potentiel de l’euro en tant que monnaie internationale. Mais ce dont l’Union a surtout besoin, c’est de confiance mutuelle et que les États membres partagent une même vision de l’avenir de son économie. Telles sont les principales conclusions de l’audition consacrée au rôle international de l’euro, organisée par le Comité économique et social européen (CESE) le 4 avril 2019.

L’audition a apporté une contribution précieuse aux travaux en cours sur l’avis du Comité relatif à la récente communication de la Commission intitulée Vers un renforcement du rôle de l’euro. Les décideurs politiques et les représentants de la société civile ont échangé leurs points de vue sur l’euro en tant qu’atout stratégique et sur les moyens de s’assurer que la monnaie européenne favorise un développement économique plus équilibré dans le reste du monde.

Un euro plus fort se traduirait par une baisse des coûts de transaction et des risques pour l’industrie et les consommateurs européens. L’Europe verrait son influence dans le monde et sa souveraineté renforcées. De l’avis des intervenants à l’audition, la politisation accrue au cours des dernières années de la première monnaie du monde à l’heure actuelle, le dollar américain, constitue une raison supplémentaire de renforcer encore le rôle international de l’euro. Dans ce contexte, la monnaie européenne peut contribuer à la construction d’un système financier international multipolaire et plus résilient.

Commentant le contexte économique, Pervenche Berès, députée européenne, a déclaré: L’Europe ne peut plus se permettre d’être naïve. Elle doit utiliser tous les instruments à sa disposition pour répondre aux défis de ses concurrents mondiaux, notamment en renforçant sa dimension extérieure. L’euro sera au cœur de cette démarche.

D’une manière générale, si les orateurs se sont félicités de l’initiative de la Commission visant à renforcer l’euro, ils se sont montrés critiques quant à sa portée éventuelle. Les principales raisons pour lesquelles le dollar américain est et restera fort sur les marchés sont la profondeur du marché et la liquidité, a déclaré Hans-Joachim Klöckers de la Banque centrale européenne, ajoutant que: Au niveau européen, l’UMC a le potentiel de développer et d’intégrer le marché. Ces deux aspects sont importants pour le rôle de l’euro. Ce dont nous avons besoin, en fin de compte, c’est d’un marché unique qui soit profond et liquide.

Pour les rapporteurs du CESE Philip von Brockdorff et Dimitris Dimitriadis, la convergence économique vers le haut et le renforcement de la cohésion sociale sont également essentiels. Une diplomatie européenne plus active dans les enceintes internationales et une vision européenne commune sur certaines questions stratégiques sont, selon eux, d’autres aspects importants.

Sophie Javary de BNP Paribas a souscrit à ces arguments et attiré l’attention sur la nécessité de disposer d’un actif sûr au niveau paneuropéen: Il est primordial de promouvoir la mise en place d’un instrument de la zone euro libellé en euros, avec une agence unique qui émette des titres pour le compte des États membres et mutualise d’une manière ou d’une autre le risque. Cela peut sembler utopique mais c’est clairement la voie à suivre. Et d’ajouter que cela devrait, selon elle, permettre à l’euro d’être perçu comme une monnaie de réserve stable et une réserve de valeur sûre, à la fois par les banques centrales, les investisseurs et les épargnants.

Parmi les autres intervenants de premier plans invités figuraient Stefano Palmieri, président de la section ECO du CESE, Peter Grasmann de la Commission européenne, Francesco Papadia du centre de réflexion Bruegel, Christian Ebeke du Fonds monétaire international, Claudio Borio de la Banque des règlements internationaux et Manthos Delis de la Montpellier Business School.

D’une manière générale, les intervenants ont convenu que le système financier européen doit faire face efficacement aux mutations industrielles et au changement climatique, non seulement pour susciter la confiance dans l’euro et renforcer son statut international, mais aussi pour contribuer à construire la confiance et le soutien politiques nécessaires à l’intégration européenne, laquelle constitue également une condition essentielle pour une monnaie forte.

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