L’Union européenne devrait investir davantage pour donner aux Européens les moyens d’être plus résilients face à la désinformation

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Le CESE déclare qu’il faut tirer les leçons de la campagne de la dernière élection au PE et attirer l’attention sur la désinformation, qui apparaît comme la menace la plus grave pour l’intégration européenne.

Le Comité économique et social européen (CESE) a demandé aux institutions européennes d’investir davantage pour créer des campagnes d’information et de communication plus mobilisatrices, plus inclusives et plus efficaces pour encourager les Européens à s’engager activement dans la prise de décision politique de l’Union et à renforcer, en connaissance de cause, leur participation non seulement lors des prochaines élections européennes, mais aussi à plus long terme.

Dans un avis préparé à la demande de la présidence croate de l’Union européenne et adopté le 10 juin dernier lors de sa session plénière, le CESE a souligné que cette participation citoyenne aux processus décisionnels européens était essentielle pour relancer la démocratie européenne et garantir la légitimité des institutions de l’Union.

L'avis souligne que les institutions de l’Union doivent fonder l’ensemble de leur communication sur le dialogue avec le public, la société civile et les partenaires sociaux, notamment dans le cadre de campagnes.

Il salue l’approche centrée sur les électeurs adoptée lors de la campagne du Parlement européen (PE) pour les élections européennes de 2019, laquelle a su répondre directement aux préoccupations des citoyens et mobiliser un nombre de votants plus grand que lors des élections précédentes, et ce, après plusieurs décennies marquées par une tendance à un effritement de la participation.

Le CESE attire l’attention sur la désinformation, qui constitue la principale menace contre la participation éclairée des citoyens à la vie politique européenne, mais aussi pour l’unité, la prospérité et l’influence mondiale de l’Union. Il invite cette dernière et ses États membres à renforcer la résilience de l’opinion publique européenne face à la manipulation par la désinformation, en apportant un soutien à un journalisme indépendant et de qualité, en stimulant l’éducation aux médias et en investissant dans une éducation civique qui transmette largement les valeurs de l’Union.

À l’occasion de la présentation de l’avis, lors de la session plénière du CESE, la rapporteure, Marina Škrabalo, a déclaré que l’avis tombait à point nommé dans le contexte de la pandémie actuelle, sachant que la crise sanitaire nous pousse à prendre notre démocratie au sérieux.

Mme Škrabalo, devant la plénière, s’est exprimée en ces mots: «Il ne peut y avoir de relance sociale et économique sans prise de décision démocratique profondément ancrée dans une opinion publique forte de citoyens européens informés, actifs et engagés, qui partagent un même cadre général de valeurs et de confiance.

Il est absolument essentiel que l’Union investisse plus de moyens et qu’elle agisse davantage pour renforcer les compétences politiques et le développement de l’éducation aux médias pour tous les Européens, quelle que soit leur origine ethnique, leur classe sociale ou l’endroit où ils vivent. Nous n’avons plus de temps à perdre avec la polarisation et la segmentation du savoir et de la capacité à participer, a-t-elle ajouté.

Cinzia Del Rio, corapporteure de l’avis a déclaré qu’il était plus urgent que jamais, dans le contexte actuel de la pandémie de COVID-19, de lutter contre la désinformation, alors même que des informations fallacieuses diffusées sur les médias sociaux quant à la manière de se protéger du virus mettent directement en danger la santé publique.

On demande à l’Europe de réagir avec détermination face à la désinformation, et de soutenir des médias sociaux libres, pluriels et efficaces, ainsi que des informations transparentes et fiables dans les campagnes électorales, a déclaré Mme del Rio.

Le CESE a exprimé un soutien sans faille aux actions actuellement déployées par l’Union européenne pour lutter contre la désinformation tant intérieure qu’extérieure, et il a instamment demandé à la Commission de veiller à ce que le code européen de bonnes pratiques contre la désinformation soit pleinement respecté et bénéficie d’un suivi.

Un appel a également été lancé en faveur d’une extension de l’action du Service européen pour l’action extérieure en matière de lutte contre la désinformation, en demandant qu’une attention toute particulière soit accordée à ce que l’action de l’Union européenne s’étende à la désinformation d’origine nationale.

Dans son avis, le CESE considère que l’augmentation de la violence et des intimidations à l’encontre de journalistes dans les États membres de l’UE constitue une tendance préoccupante pour la démocratie européenne, comme toute ingérence politique dans les médias. Il demande un soutien accru au service public, aux médias indépendants et au journalisme d’investigation, ainsi qu’à l’élaboration de mesures antitrust pour lutter contre la concentration des médias et des monopoles en matière de propriété des médias.

Le CESE a rappelé que, même si, selon le classement mondial de la liberté de la presse 2019, aucun des pays membres de l’Union ne relève de la dernière catégorie où la situation est qualifiée de «très grave», dans douze États membres, elle n’est jugée qu’«assez bonne», dans six elle est «problématique», et même, dans un autre, elle est tenue pour «difficile».

Par leur irresponsabilité, les médias sociaux sont les premiers coupables de la prolifération rapide des fausses informations, eux qui ont souvent failli à faire disparaître des contenus fabriqués de toutes pièces pour des raisons visant notamment à influencer le débat politique et les résultats des élections.

De l’avis du CESE, il ne suffit pas d’encourager les entreprises de médias sociaux et les plateformes numériques à adopter des mécanismes de suppression ou de vérification des contenus, mais il faut que la question de leur responsabilité soit encadrée par la législation nationale et européenne.

Il se peut fort que l’arme la plus redoutable pour se défendre contre la désinformation soit celle qui permet de garder une approche critique face à toute information, et celle-ci pourrait être enseignée en développant systématiquement l’éducation aux médias et en assurant une éducation civique pour tous les Européens.

Le CESE demande que l’on soit tout particulièrement vigilants à ce que les élections européennes soient plus inclusives, sachant que les électeurs handicapés ou appartenant à des groupes défavorisés tels que les minorités, les migrants ou les pauvres sont chroniquement sous-représentés lors des élections, voire empêchés de voter.

 

CONTEXTE

Le fait que la participation des électeurs aux élections européennes soit nettement plus faible que lors des élections nationales était une tendance observée de longue date. Toutefois, le taux de participation aux élections européennes de 2019 était de 50,66 %, contre 42,6 % en 2014; pour la première fois depuis 1979, le nombre de votants a augmenté par rapport au scrutin précédent.

Selon une enquête réalisée après les élections au PE, les principaux facteurs ayant incité les citoyens à se rendre aux urnes en 2019 ont été les suivants: une meilleure information sur l’Union et ses effets sur leur vie quotidienne, un plus grand nombre de jeunes candidats et un nombre plus élevé de femmes candidates.