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L’UE et l’Afrique face à la Covid-19 : la force de la résilience

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Contrairement aux prévisions les plus catastrophistes, le continent africain est loin d’être le plus touché par le coronavirus, avec uniquement 1,76 % des décès à l’échelle mondiale. Cet exemple de résilience a été examiné lors d’un webinaire organisé par le Comité Économique et Social Européen (CESE) au cours duquel les orateurs ont signalé les opportunités qui se présentent pour une coopération renforcée entre l’Afrique et l’UE une fois la crise passée.

La pandémie de Covid-19 a mis en échec les systèmes de santé du monde entier, avec plus de 9 millions de personnes infectées et près d’un demi-million de décès. Beaucoup s’attendaient à ce que l’Afrique devienne l’épicentre de la pandémie et les plus pessimistes annonçaient au début de la crise un million de morts. Cependant, la réalité est que le continent africain s’en sort mieux pour l’instant que l’Europe ou l’Amérique du Nord, une réalité analysée par les participants au webinaire « L’UE et l’Afrique : une lutte commune contre la pandémie de Covid-19 », organisé par le CESE.

Luca Jahier, président du CESE, a ouvert le débat en mentionnant l’importance stratégique de l’Afrique pour l’avenir de l’UE et le besoin d’une coopération accrue pour faire face aux conséquences de la pandémie : Il ne faut pas oublier que l’infrastructure sanitaire est plus faible en Afrique, et les conséquences en cas d’une nouvelle éclosion de la maladie peuvent être catastrophiques.

Aminata Touré, présidente du Conseil Economique Social et Environnemental du Sénégal a salué la résilience des pays africains, qui ont su déjouer les pronostics. Selon Mme Touré, cela n’est pas dû au hasard, mais aux mesures de sauvegarde et prévention prises par les gouvernements africains, qui ont montré leur efficacité.

Les conséquences économiques

Cependant, Aminata Touré a rappelé les conséquences économiques de la pandémie : Le tableau est lourd en Afrique ; les échanges ont diminué, ainsi que les transferts de la diaspora africaine dans le monde. Il faut donc établir des plans nationaux de résilience, pour augmenter la confiance des entreprises et des citoyens et la coopération.

Le président du Conseil Economique Social et Environnemental du Maroc, Ahmed Chami, a insisté sur l’aspect économique de la pandémie en prenant comme exemple le Maroc, avec une réduction prévue de -5% ou -6% du PIB, plus de 200 000 entreprises en cessation d’activité et 900 000 salariés en chômage technique à cause de la crise. Je salue les efforts des gouvernements africains pour réduire l’impact de la pandémie, mais les solutions mises en place passent souvent par des technologies qui ne sont pas à la portée de tout le monde et nous risquons donc de creuser les inégalités ; par exemple, dans le domaine de l’éducation un grand nombre d’élèves n’ont pas d’accès à Internet et ne peuvent donc pas suivre les cours à distance.

Irène Mingasson, ambassadrice de l'UE au Sénégal, a également applaudi les efforts des gouvernements africains, tout en rappelant la réaction rapide de l’Europe : En tant qu’ambassadrice je suis très fière de la manière dont l’UE a réagi, non seulement à l’intérieur, mais aussi en Afrique ; cela prouve que, quand il y a des situations urgentes, l’équipe Europe sait être à la hauteur.

Dans ce sens, Mme Mingasson a estimé comme une nouvelle très positive le maintien du sommet entre l’UE et l’Union Africaine (UA) prévu pour octobre. Les propositions pour renforcer le partenariat entre les deux continents doivent sûrement être révisées pour tenir compte des effets de la pandémie, avec une participation active des pays africains, a soutenu l’ambassadrice Mingasson. Il y a beaucoup à apprendre de la manière dont l’Afrique a su mobiliser la solidarité et la réaction citoyenne, a-t-elle conclu.

Un avenir commun

Les participants au débat ont également signalé les transformations dans la scène internationale et les opportunités qui peuvent surgir pour approfondir davantage la coopération entre l’Europe et l’Afrique. Luca Jahier a cité, par exemple, la volonté de l’UE de relocaliser des industries stratégiques et a signalé la possibilité de mettre cette relocalisation au cœur de l’accord de partenariat : Je ne parle pas de profiter du bas prix de la main d’œuvre, mais d’une vraie stratégie commune pour créer des synergies entre les deux continents, a expliqué le président Jahier.

Aminata Touré a repris cette idée en signalant l’importance de reproduire à grande échelle les mécanismes locaux de solidarité : La résilience doit se transformer en capacité réelle, elle ne doit pas se perdre une fois la pandémie terminée ; nous devons, par exemple, aller vers la souveraineté pharmaceutique, produire en Afrique des médicaments moins chers pour ne pas dépendre de l’extérieur. Il s’agit d’aller de la résilience vers la conquête, a-t-elle conclu.

De son côté, Ahmed Chami a signalé que l’UE doit s’engager davantage dans le développement de l’Afrique dans des domaines tels que la transition énergétique ou la relocalisation industrielle, dans lesquels l’Europe peut fournir non seulement des fonds, mais aussi de la technologie et son savoir-faire : J’ai l’impression que l’UE n’a pas encore compris que l’avenir de l’Europe se trouve au Sud de la Méditerranée.

L’ambassadrice Mingasson a souligné que la question n’est pas d’augmenter les fonds destinés à l’aide au développement, mais d’agir plus rapidement. Elle a également rappelé que l’attention portée à la pandémie ne signifie pas que les autres sujets soient oubliés : Il faut remettre l’humain au centre des politiques ; les systèmes sanitaires et éducatifs doivent être renforcés et remis au cœur du partenariat entre l’UE et l’Afrique.

Luca Jahier a insisté sur cette idée en mentionnant l’esprit de solidarité surgi à la suite de la pandémie : Nous portons des masques pour nous protéger, mais surtout pour protéger les autres, et il serait bon d’appliquer ce même esprit à d’autres sujets, comme la lutte contre le changement climatique, une crise bien plus grave que la pandémie. Le président du CESE a conclu le débat avec un message optimiste : Je suis convaincu que l’Europe et l’Afrique ont un avenir brillant devant eux à condition de choisir le futur et non le passé et de mettre la résilience au cœur des politiques.