Les retombées économiques au niveau régional de la transition énergétique sont souvent négligées, affirme le CESE

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Au lieu d’être considérée exclusivement comme un instrument de politique environnementale et climatique, la politique énergétique devrait servir directement les objectifs de développement régional

Le 31 mai, le Comité économique et social européen (CESE) a organisé une audition sur la transition énergétique dans les régions d’Europe afin de mettre en lumière les retombées économiques régionales de la transition vers un approvisionnement énergétique décentralisé et à faible intensité de carbone, un sujet resté largement inexploré malgré la dimension clairement régionale que revêt cette transition.

Comme l’ont montré les deux études de cas présentées lors de l’audition, la transition vers les énergies propres et renouvelables peut s’avérer particulièrement bénéfique pour les régions moins prospères, permettant ainsi de réduire les inégalités entre les différentes zones européennes et de garantir une meilleure cohésion sociale et régionale à travers l’Union. De même, il apparaît que la production d’énergie citoyenne à l’échelon local permet de diminuer la pauvreté énergétique.

L’audition a rassemblé des représentants du CESE, de la Commission et du Comité des régions, ainsi que des maires de communes qui s’emploient à mettre en œuvre la transition vers un approvisionnement en énergie intelligent et à faible intensité de carbone.

Les résultats de cette audition, dont l’objectif était de recueillir des éléments probants concernant les bénéfices économiques à l’échelle régionale de la politique énergétique de l’UE, viendront alimenter l’avis du CESE sur «Les effets d’une nouvelle structure d’approvisionnement en énergie neutre en carbone, décentralisée et numérique sur l’emploi et sur l’économie régionale». Cet avis, actuellement en cours d’élaboration, sera présenté lors de la session de juillet du CESE en présence de Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne.

Nous avons constaté une grande créativité dans les régions et un dévouement sans réserve à l’origine d’excellents résultats. À travers toute l’Europe, nombreux sont les exemples où des régions, des villes, des villages et des coopératives œuvrent avec réussite à la transition énergétique, leurs efforts se traduisant par la réduction des émissions de CO2 sur une région, l’amélioration de l’efficacité énergétique des habitations, ainsi que la baisse des taux de pauvreté énergétique, a affirmé Lutz Ribbe, rapporteur de l’avis.

Le projet mis en place par la communauté de Feldheim, dans la ville de Treuenbrietzen, en Allemagne, fait partie des exemples couronnés de succès qui ont été présentés lors de l’audition. Combinant l’énergie éolienne, l’énergie solaire et la bioénergie, produite notamment à partir d’une installation de biogaz et d’une centrale à copeaux de bois, ce projet a atteint son objectif de garantir un approvisionnement énergétique propre, décentralisé et indépendant pour la communauté qui, par le passé, n’était pas très prospère.

La réalisation de la transition énergétique dans notre région est née d’un mouvement citoyen, organisé sur le terrain. Nous ne faisons pas partie de la périphérie aisée de Berlin. En réalité, nous avons fait faillite en 1996. La population a dû elle-même prendre des initiatives, a déclaré lors de l’audition Michael Knape, maire de Treuenbrietzen.

Mis en place progressivement à partir de 1995, ce projet est le fruit d’un effort commun de la population locale, d’une coopérative agricole et d’une entreprise du secteur énergétique, a indiqué M. Knape, ajoutant que cette initiative avait permis de maintenir des emplois dans la région et de produire également des excédents d’énergie qui sont désormais vendus à des tiers.

La pauvreté rend créatif. Notre population vendait autrefois des pommes de terre à Berlin, désormais c’est en énergie que nous fournissons la capitale, a déclaré M. Knape.

Le projet a été financé par des investissements privés, par les citoyens directement, ainsi que par des subventions de l’État et de l’Union européenne. Feldheim produit aujourd’hui sa propre électricité et son propre chauffage, et à 16,6 centimes par kWh, les prix de l’énergie générée dans la région sont inférieurs de 40 % à ceux qui prévalent ailleurs en Europe.

Un autre exemple de transition énergétique réussie a été présenté par Grzegorz Jakuć, maire de la commune de Turośń Kościelna, dans l’Est de la Pologne, l’une des régions les plus pauvres de l’UE.

Dans le cadre d’un programme de financement spécifique d’un montant total de 6,89 millions de PLN (1,6 million d’EUR), 25 % des logements ont été équipés de systèmes d’énergie renouvelable. Environ 15 % des coûts ont été couverts par les habitants eux-mêmes.

Le projet a entraîné une diminution radicale des émissions de CO2 sur l’année. Des économies s’élevant à 95 000 EUR par an ont aussi été réalisées, a indiqué M. Jakuć, ajoutant que le projet avait également contribué à accroître l’acceptation sociale de la transition énergétique et à convaincre peu à peu les habitants que «cela porte ses fruits».

Gerard McGovern, coordinateur du projet INTERREG COBEN (distribuer à la communauté les bénéfices de l’énergie citoyenne) de l’université d’Oldenbourg, en Allemagne, a affirmé que les avantages de l’énergie citoyenne, décentralisée ou «zéro kilomètre» pour la communauté étaient multiples et qu’ils devaient être correctement mis en valeur afin d’assurer la réussite de la transition.

Les bénéfices de l’énergie citoyenne couvrent un large éventail d’avantages sociaux, politiques, économiques et environnementaux pour les communautés proactives, a-t-il expliqué, tout en mettant également en évidence les nouvelles opportunités et la meilleure cohésion qui en résultent au sein de la communauté.

Nous constatons de nombreux défis sur le terrain, mais aussi des occasions qu’il convient de saisir, a fait savoir Rudolf Niessler, directeur de la DG REGIO de la Commission européenne, qui a souligné que la mise en œuvre devait avoir lieu de manière ascendante et que la politique de cohésion restait le principal cadre de distribution des fonds nécessaires pour une transition réussie.

M. Ribbe a affirmé que le CESE souhaitait combler les lacunes présentes dans le débat public et politique, lequel néglige les aspects régionaux de la transition vers des formes d’approvisionnement énergétique renouvelables et numérisées.

Pour obtenir la valeur ajoutée la plus élevée possible, il convient d’analyser systématiquement les effets économiques à l’échelon régional résultant de la transformation des structures régionales d’approvisionnement en énergie. Les fonds publics doivent automatiquement être distribués là où ils sont le plus nécessaires et là où ils offrent le plus grand potentiel en matière de développement économique régional, a soutenu M. Ribbe.

Nous avons déjà hâte de débattre de nos idées avec le vice-président Maroš Šefčovič, lors de la session plénière du CESE de juillet 2018, concernant l’intégration des objectifs politiques régionaux et de cohésion sociale dans les politiques énergétiques de l’Union, a conclu Pierre Jean Coulon, président de la section spécialisée «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information» du CESE.