Les personnes atteintes d’autisme sont confrontées aux préjugés et à des obstacles sur le marché du travail

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Moins de 10 % des personnes atteintes de troubles du spectre autistique ont un emploi, révèle une audition du CESE

Les personnes atteintes d’autisme peuvent être des membres productifs de la société si nous leur apportons le soutien et la compréhension nécessaires, ont affirmé le 3 avril les participants à un débat préparé par la section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» (SOC) du CESE.

Le CESE a organisé cette manifestation, qui était axée sur les défis liés à l’emploi des personnes autistes, à l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, qui s’est tenue le 2 avril à travers le monde.

En ouvrant le débat, Pavel Trantina, président de la section SOC, a déclaré que la célébration de cette journée était une façon d’«inciter les États membres à prendre des mesures pour sensibiliser à l’autisme la société dans son ensemble».

Un autre objectif de cette manifestation était de soutenir une campagne internationale en faveur d’un plus grand respect des droits des personnes qui souffrent d’un tel trouble du développement du système nerveux en Europe.

La campagne «Brisons les barrières pour l’autisme – Construisons une société accessible» est une initiative d’Autisme-Europe, une association internationale, visant à déterminer comment l’Europe peut contribuer à lever les obstacles que rencontrent les personnes autistes dans leur quotidien, y compris dans la recherche d’un emploi.

Donata Pagetti Vivanti, vice-présidente du Forum européen des personnes handicapées (FEPH) et ancienne présidente d’Autisme-Europe, a affirmé au cours du débat que les personnes autistes étaient encore largement perçues comme incapables et peu fiables et que de nombreux employeurs se montraient réticents à les recruter par crainte de créer des problèmes sur le lieu de travail.

«La plupart des personnes atteintes d’autisme sont inactives», a-t-elle déclaré, ajoutant que d’après les données disponibles, moins de 10 % d’entre elles avaient un emploi. Autisme-Europe évalue à entre 10 et 24 % la part des adultes atteints de ce trouble qui exercent un emploi. Ces divergences au niveau des chiffres peuvent s’expliquer par le fait que la plupart des personnes autistes qui ont un travail ne sont pas diagnostiquées comme autistes ou n’ont même pas conscience du fait qu’elles le sont.

L’autisme couvre un large éventail de symptômes, de compétences et de niveaux de handicap, ce qui lui vaut l’appellation de troubles du spectre autistique (TSA). Une personne peut être diagnostiquée comme atteinte d’une forme profonde ou légère d’autisme, en fonction du niveau des troubles. Ceux qui en souffrent partagent un même symptôme: l’incapacité à nouer des contacts sociaux et à s’engager pleinement dans la communication verbale ou non verbale.

L’autisme touche un enfant sur 150 dans le monde, mais son incidence est en augmentation ces dernières années, le nombre d’enfants diagnostiqués chaque année comme autistes ayant connu depuis 2012 une progression pouvant atteindre jusqu’à 30 %.

Les personnes autistes affichent souvent des compétences supérieures à la moyenne dans des domaines spécifiques tels que la lecture, les langues, la musique ou les compétences spatiales. Toutefois, en raison des lacunes qu’elles peuvent présenter en matière d’interactions sociales et dans d’autres domaines, elles sont souvent considérées comme «inaptes» à exercer un emploi régulier et sont donc condamnées à une exclusion sociale plus forte encore.

Un autre participant au débat, Diedirk Weve, ingénieur chez Shell, a activement incité les personnes atteintes de TSA à défendre leurs droits dans la société. M. Weve a été diagnostiqué à l’âge adulte comme atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme de haut niveau.

Il travaille actuellement en tant qu’ambassadeur pour l’«Ambassade de l’autisme», un projet néerlandais visant à mettre un terme à la stigmatisation sociale de l’autisme grâce au travail d’ambassadeurs autistes employés par de grandes organisations. Ces ambassadeurs encouragent d’autres personnes atteintes par des troubles du spectre autistique à parler ouvertement des déficiences dont elles souffrent, dont la cause peut échapper à la détection pendant des années.

D’autres participants ont également indiqué que des progrès avaient été réalisés mais que beaucoup restait encore à faire.

Dirk Rombaut, directeur commercial de Passwerk, une société anversoise, a indiqué que son entreprise employait de nombreux ingénieurs en logiciels atteints de TSA. Après une période d’observation de deux semaines, permettant d’évaluer leurs compétences et le niveau des déficiences dont ils souffrent, les nouveaux employés atteints de TSA reçoivent une formation sur mesure et sont pris en charge par des parrains qui les aident à s’adapter à leur nouvel environnement et à leur travail.

«Nombre de grandes entreprises nous ont emboîté le pas, mais la portée de ces initiatives est souvent limitée», a déclaré M. Rombaut. «Nous ne serions pas aussi loin qu’actuellement si nous n’avions pas parmi nous des personnes atteintes de troubles du spectre autistique. Il est tout simplement absurde d’écarter les personnes atteintes d’autisme», a-t-il ajouté.

Pour sensibiliser davantage la population à l’autisme, le CESE et Autisme-Europe ont également organisé une exposition de photos dans le cadre de la campagne «Brisons les barrières pour l’autisme». Cette exposition, inaugurée le 3 avril et qui durera jusqu’au 21 avril, présente les œuvres de trois photographes.