Le principal atout de l’Europe à l’ère de l’industrie 4.0 est son marché unique

This page is also available in

Une conférence du CESE met en garde contre une fragmentation du marché unique et appelle à renforcer les compétences des travailleurs européens

Les participants à une conférence du CESE sur l’adoption des technologies de l’industrie 4.0 ont débattu des principaux enjeux qui façonneront l’avenir de l’Europe à moyen et à long terme. Ils se sont intéressés en particulier à l’avenir de l’industrie manufacturière et du secteur des services ainsi qu’aux changements nécessaires dans notre société. Enfin, ils se sont penchés sur différentes pistes stratégiques que pourrait suivre l’Europe pour aller de l’avant.

Le 20 novembre, le Comité économique et social européen (CESE) a accueilli une conférence sur l’avenir de l’Europe face à l’avènement de l’intelligence artificielle et des politiques telles que la société 5.0. La commission consultative des mutations industrielles (CCMI), qui était chargée de l’événement, s’est penchée sur une série de questions telles que le lieu de travail de demain, l’avenir du travail en Europe et le scénario d’une Europe acculée dans une situation défavorable face aux difficultés rencontrées par ses entreprises du numérique pour rester compétitives face à la concurrence internationale.

La «quatrième révolution industrielle» a commencé à modifier visiblement les modèles économiques traditionnels. L’industrie 4.0 a pour principal effet de transformer les chaînes de valeur linéaires traditionnelles en réseaux de valeur reposant sur des solutions intégrées. Les services occuperont à l’avenir une place centrale, a expliqué Vincenzo Renda, gestionnaire de politiques principal chargé de la transformation numérique à DIGITALEUROPE. Et ils représentent une part importante de notre économie, du point de vue aussi bien du PIB que du marché du travail. C’est pourquoi nous devons promouvoir ce modèle social de marché en travaillant de concert avec nos partenaires sociaux.

Pour répondre à cette évolution, le gouvernement japonais a développé l’initiative «Société 5.0», qui vise à créer une société dans laquelle le quotidien des citoyens peut être amélioré par une collaboration étroite avec les systèmes d’intelligence artificielle. Ce projet vise à créer un modèle intégré pour promouvoir des conditions de travail plus flexibles, libérer de l’espace pour la créativité humaine et établir un écosystème industriel où les jeunes pousses et les PME collaborent avec de grandes entreprises dans le domaine de la recherche et de l’innovation.

Il ne faut pas s’attendre à ce que l’industrie 4.0 nous conduise d’elle-même automatiquement à une transition vers un système de type “Société 5.0”, a averti Sebastiano Toffaletti, secrétaire général de DigitalSME. La révolution numérique représente une incroyable opportunité, mais elle s’accompagne d’un ensemble de défis et de menaces spécifiques. Elle a entraîné une transformation profonde de notre société, de l’éducation aux soins de santé en passant par les prestations fondées sur le marché. Ce changement a une incidence sur notre position concurrentielle par rapport au reste du monde. En outre, la numérisation pose de nouveaux défis au marché unique, menacé de fragmentation. Nous devons veiller à conserver notre principal atout et faire en sorte qu’il fonctionne correctement, a insisté Tonnie de Koster, de la DG CONNECT.

Promouvoir les PME et la concurrence

Un groupe de très grandes entreprises américaines et chinoises est à la tête de la révolution industrielle et exerce une pression sur l’économie mondiale. Les évolutions en cours ont ouvert de nombreuses possibilités en matière de services, mais ces entreprises sont très douées pour entraver la concurrence. Le groupe de discussion a expliqué que grâce au marché unique, l’Union européenne avait le pouvoir d’influencer leur comportement lorsqu’il s’agit de réglementer et de définir les aspects éthiques de la concurrence. Parallèlement, l’Union devrait jouer un rôle dans la protection et l’autonomisation des PME à l’ère de l’industrie 4.0, en créant et en soutenant un écosystème européen fondé sur la créativité et l’innovation, au sein duquel les PME et les grandes entreprises pourraient collaborer pour partager les avantages de cette révolution.

La dimension sociale de l’industrie 4.0

Dans le même temps, le principal défi reste la dimension sociale, a déclaré Luc Triangle, secrétaire général d’IndustriALL, ajoutant que nous ne pouvons rester statiques concernant notre capital humain: il doit être prêt à relever ce défi. L’UE devrait soutenir la reconversion et le perfectionnement professionnels de ses travailleurs en mettant en place des instruments de financement et de nouveaux outils d’anticipation des besoins en compétences. Nous progressons vers une société qui se devra d’être plus intelligente, a déclaré André Richier, de la DG GROW, et nous entrons dans une phase de transformation de notre économie, qui devra se départir du carbone pour devenir plus écologique. Ce processus nécessite la participation des grands acteurs industriels, mais aussi des citoyens.

Une surveillance humaine pour les systèmes d’intelligence artificielle

Il existe un lien étroit entre la numérisation et l’intelligence artificielle. Derrière les changements des systèmes d’intelligence artificielle se trouvent des êtres de chair et de sang. Dans ce contexte, la question de l’anticipation est primordiale: si nous pouvons orienter cette évolution dans la bonne direction, nous éviterons les bouleversements d’ordre social. L’Europe représente 25 % du secteur de l’intelligence artificielle, a expliqué Dana Eleftheriadou, coordinatrice politique pour la transformation numérique à la DG GROW, mais cette révolution est extrêmement rapide et nous n’avons pas le luxe de nous reposer sur nos lauriers. Ce pourcentage de 25 % est toutefois principalement lié à la recherche et non au déploiement industriel, qui reste un potentiel inexploité en Europe.

Irina Orssich, responsable de politiques à la DG CONNECT et membre du groupe d’experts de l’OCDE sur l’intelligence artificielle, a proposé une stratégie qui doit permettre à l’Europe de jouer un rôle moteur dans ce domaine, pour assurer la mise en place d’un cadre éthique et juridique approprié et la solidité du marché unique. Elle a souligné l’importance de promouvoir l’acceptation des solutions d’intelligence artificielle en plaçant au centre les questions d’éthique, de sécurité et de respect de la vie privée, et de mettre en lumière les avantages économiques et sociétaux de l’intelligence artificielle pour mieux se préparer aux évolutions socio-économiques et à leur incidence sur l’être humain.

L’Europe sur la scène internationale

La principale conclusion des débats est que l’UE doit jouer un rôle de chef de file technologique, afin que les normes européennes puissent devenir des normes mondiales. Il importe de poursuivre ces discussions afin de réfléchir à la meilleure manière de concilier les valeurs européennes avec la compétitivité de l’Union sur la scène internationale. La perspective européenne ne suffit pas. Il nous faut une solide dimension mondiale pour pouvoir créer des réglementations d’envergure internationale, a conclu Lucie Studničná, présidente de la CCMI.