Le président du CESE, Luca Jahier, déclare que nous devons rendre l’Europe à nouveau sûre

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Le Comité économique et social européen (CESE) débat de l’Union européenne après le coronavirus et des choix urgents à faire pour épauler les générations futures

Rendre l’Europe à nouveau sûre doit être une priorité pour l’avenir de l’UE après la pandémie de COVID-19. Luca Jahier, président du CESE, a attiré l’attention sur la nécessité urgente d’une révision stratégique des politiques de l’UE et, dans le cadre d’un webinaire organisé le 15 mai 2020 par le Comité économique et social européen (CESE) et le Conseil national italien de l’économie et du travail (CNEL), a souligné que l’UE devait agir sur deux fronts. D’une part, l’Europe doit investir davantage dans la croissance et le soutien à une transition écologiquement et technologiquement juste, tandis que, d’autre part, elle doit avoir une présence accrue sur la scène internationale. Nous avons tout d’abord besoin d’une vaste stratégie sans précédent pour rendre l’Europe à nouveau sûre. La sécurité est en train de devenir le principal problème réel. Cette stratégie devrait inclure un plan pour que l’UE soit le chef de file d’un nouvel âge multilatéraliste, afin que le monde soit à nouveau sûr. L’Europe a une double responsabilité: non seulement elle doit faire face à la pandémie et à la crise économique connexe, qui n’a pas de précédent, mais elle doit aussi montrer la voie, a-t-il déclaré.

M. Jahier a évoqué les choix politiques qui s’imposent pour veiller à l’avenir des prochaines générations avec Romano Prodi, ancien premier ministre italien et ex-président de la Commission, Emma Bonino, sénatrice, ancienne ministre italienne des affaires étrangères et ex-commissaire européenne, et Tiziano Treu, président du Conseil national italien de l’économie et du travail  (CNEL). Le débat en ligne a été animé par Daniela Vincenti, porte-parole du président du CESE.

Tous les commentateurs ont convenu de l’émergence de certaines caractéristiques communes et souscrit à plusieurs propositions pour l’avenir de l’UE après la pandémie: le modèle européen doit être modifié, la fracture numérique est devenue un facteur d’inégalité sociale, le troisième secteur a apporté un soutien mais n’est pas intégré dans le système national, de nouvelles formes de «lois d’urgence» ont été adoptées, modifiant l’équilibre institutionnel, et enfin, une forme de coopération public-privé est nécessaire pour la reprise.

Plus précisément, M. Jahier a souligné qu’une stratégie européenne devrait être mise en place, en commençant par un programme européen solide en matière de santé pour les citoyens, suivi d’un plan de relance efficace tenant dûment compte de la protection des travailleurs, des entreprises et des communautés. Il a également réaffirmé l’importance de l’engagement en faveur d’une Europe durable (comme l’a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, «tôt ou tard, nous trouverons le vaccin contre la COVID-19, tandis qu’il n’y a pas de vaccin contre le changement climatique»), d’un rattrapage du retard dans les secteurs industriel et numérique et, enfin, d’un nouvel agenda mondial fondé sur un partenariat solide entre l’UE et l’Afrique.

M. Prodi s’est déclaré du même avis, indiquant que l’UE ne pouvait disposer d’une bonne politique de santé sans avoir de véritable politique globale: Nous pouvons compter sur la mondialisation, car elle a amélioré l’économie mondiale, mais nous avons aussi besoin d’une stratégie minimale suffisante, quel qu’en soit le type. Nous devons le faire: l’Europe ne peut pas dépendre de la Chine ou des États-Unis pour des articles de base, notamment du matériel de dépistage. Nous sommes à la veille d’un changement et nous devons avoir une politique industrielle européenne, ce que nous n’avons pas pour le moment: nous avons des accords, mais pas de véritable politique. Dotés d’une telle politique, nous accomplirons de nets progrès. Nous devons être des participants actifs de la mondialisation. Plutôt qu’une Union dans la diversité, je préfère que l’Europe soit définie comme une Union de minorités. Nous avons besoin d’un équilibre politique au sein de notre Union, faute de quoi la solidarité disparaît. La politique est affaire d’équilibre.

Mme Bonino a elle aussi souligné la nécessité d’une politique européenne commune en matière de santé, en soulignant qu’il ne s’agissait pas là d’une idée nouvelle, vu qu’elle avait déjà été préconisée par Robert Schuman et Altiero Spinelli. Elle a ajouté qu’un nouveau concept de mondialisation devrait sous-tendre le plan de redressement: Ce que l’Europe doit faire dépend de la vision qu’en ont les États membres. La mondialisation est là pour rester. Nous pouvons donc nous efforcer d’en améliorer les modalités. Elle doit être préservée et davantage équilibrée, mais heureusement, elle ne va pas disparaître, parce qu’aucune question d’importance ne peut être traitée au niveau national. Le monde change, et l’approche de statu quo est de plus en plus difficile à tenir. Le plan de redressement ne peut être une simple liste de desiderata: certains choix doivent être faits. J’espère simplement que les émotions générées par la pandémie ne vont pas s’estomper lorsque celle-ci prendra fin, mais les citoyens et les dirigeants pro-européens devront se battre avec ardeur.

Enfin, M. Treu a souligné que l’Europe ne devait pas chercher à reconstruire le même système qu’avant en ce qui concerne les entreprises et les services, vu que le paysage industriel et humain de demain sera différent, mais se concentrer en revanche sur des investissements verts dans des secteurs stratégiques et sur le relèvement des défis présentés par les nouvelles technologies, qui peuvent être risqués mais constituent également une opportunité pour mener à bien la transition qui s’impose dans notre économie: La crise nous a montré les faiblesses de notre système de soins. Nous étions convaincus qu’il était solide, mais avons découvert de nombreux points faibles. Nous devons à présent essayer de mettre en place une nouvelle stratégie coordonnée au niveau de l’UE. Le système de santé a été mis à rude épreuve, mais le système de protection sociale aussi. Nous avons besoin de renforcer nos infrastructures: non seulement nos infrastructures matérielles et technologiques, mais aussi notre infrastructure sociale. Cela passe par de nouvelles modalités d’organisation des services aux personnes et par la préparation de réponses aux nouveaux besoins qui sont apparus et perdureront.

Pour conclure sur une note optimiste, M. Jahier a présenté l’idée d’une stratégie conjointe de l’UE et des États membres pour relever les défis de l’Europe de demain, le moment étant propice à l’établissement de priorités pour l’avenir. Si nous voulons travailler pour l’avenir, nous devons être conscients de l’état des choses. À la fin de cette pandémie, il y aura davantage de dette publique et privée, peut-être des tensions sociales, les citoyens éprouveront un sentiment d’insécurité. Il y aura un effet boomerang pour l’Europe, sauf si nous restons unis. Nous avons besoin d’une stratégie pour faire face à ce changement, faute de quoi il se produira une fracture qui marquera l’Europe à tout jamais. Nous pouvons relever ce défi, et ensemble, nous le ferons.