Le Forum européen sur la migration (FEM) formule 10 recommandations pour améliorer la politique migratoire de l’UE

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Brussels , 03/04/2019 5th European migration forum Pix : Credit : Mathieu Golinvaux / Isopix

Il attire l’attention sur le pouvoir de la population locale pour faire la différence afin de garantir une bonne gestion des migrations et souligne qu’il est urgent de prendre en compte les points de vue des migrants lors de l’élaboration des politiques d’intégration

Les 3 et 4 avril, le Comité économique et social européen (CESE) et la Commission européenne ont organisé le Forum européen sur la migration, qui s’est penché cette année sur le rôle de la société civile et des collectivités locales dans la gestion des migrations et la mise en place de voies d’accès sûres et légales à l’Union européenne.

L’édition 2019 du Forum – la cinquième – a donné lieu à 10 recommandations issues de discussions auxquelles ont participé quelque 250 professionnels représentant des organisations de la société civile de l’UE, des pouvoirs publics locaux, régionaux et nationaux, des institutions européennes et des organisations internationales. Ils ont pris part à des tables rondes et à des ateliers axés sur les nombreux aspects de la gestion des migrants au niveau local.

En tête de la liste des recommandations du Forum figurent l’association des sociétés d’accueil aux projets d’intégration des migrants, les approches multipartites pour définir la politique d’intégration et les solutions en matière de migration légale, une participation effective des migrants à la prise de décision, les besoins spécifiques des groupes vulnérables, ainsi que l’incitation des migrants à réintégrer leur pays d’origine après un séjour dans l’UE pour y travailler ou y étudier.

Les recommandations seront transmises au Parlement européen et elles devraient être prises en compte par les décideurs politiques dans leur action pour améliorer le cadre juridique de l’UE en matière de migration et favoriser l’inclusion.

Dimitris Avramopoulos, commissaire chargé de la migration, et Luca Jahier, président du CESE, ont ouvert le Forum. Ils ont souligné la nécessité de mener une politique européenne efficace en matière de migration légale qui, tout en exigeant une approche globale et des efforts concertés de la part de tous les États membres, requiert également des solutions adaptées au niveau local. Une telle politique permettrait à son tour à l’UE de tirer parti des avantages de la migration, de promouvoir la cohésion sociale et de protéger les migrants les plus vulnérables.

M. Avramopolous a déclaré: Ceux qui sont concernés par la migration irrégulière doivent comprendre que l’on ne peut pas se limiter à renforcer les frontières extérieures ou à augmenter le nombre de retours. Une politique européenne intelligente et bien contrôlée en matière de migration légale est essentielle pour montrer qu’il existe des solutions de substitution à la migration irrégulière.

Alors que les débats politiques sur les migrations et l’intégration ont parfois tendance à s’enflammer, les acteurs locaux font tout simplement ce qu’ils ont à faire. Bon nombre de collectivités locales ont mis en œuvre des mécanismes efficaces, par exemple pour intégrer les enfants migrants dans les écoles ou aider les migrants à entrer sur le marché du travail, a affirmé M. Avramopoulos.

M. Jahier a quant à lui indiqué: Nous devons garantir un système de migration légale vers l’UE qui soit transparent, prévisible et juste et qui pourrait nous aider à concurrencer d’autres régions du monde pour attirer des travailleurs migrants qualifiés. La migration ne devrait pas être un facteur de division, mais être considérée comme un investissement dans l’avenir.

Rappelant l’importance de garantir des voies d’accès sûres et légales, M. Jahier a ajouté: Si nous voulons mieux gérer les migrations, nous devrons travailler ensemble. L’UE a besoin d’une politique migratoire véritablement commune, soutenue par tous les États membres. Des voies sûres et légales permettront non seulement de diminuer le nombre d’entrées irrégulières, mais elles peuvent aussi réduire la pression que subit le régime d’asile de l’UE.

Aperçu de l’ensemble des recommandations formulées

Les discussions au sein du Forum ont mis en évidence l’immense travail réalisé par les collectivités locales et les ONG dans le domaine de la migration. Elles ne fournissent pas seulement des services essentiels aux migrants; souvent, elles sont aussi vectrices d’innovation, comme le démontre un projet néerlandais mené dans le cadre des «Actions innovatrices urbaines», qui réunit la population locale et les nouveaux arrivants au sein de classes d’inclusion, où ils étudient ensemble une langue étrangère, en l’occurrence l’anglais.

L’une des recommandations portait donc sur l’inclusion d’une clause de cohésion sociale dans le cadre des fonds européens ou nationaux ciblant les migrants, laquelle imposerait la participation des populations d’accueil à l’utilisation de ces fonds. Parmi ces recommandations figuraient également le développement de plateformes au niveau local, réunissant des ONG, des collectivités locales et des organisations de migrants dans le but de garantir des services accessibles et inclusifs pour les migrants, quel que soit leur statut.

De même, les évolutions possibles de la législation de l’UE en matière de migration ont également été abordées. Le point de départ était le «bilan de qualité» du cadre actuel de l’UE en matière de migration légale, récemment achevé par la Commission. Celui-ci a révélé que, même si le cadre était largement «adapté à l’usage prévu», certaines catégories importantes de migrants, comme les travailleurs hautement qualifiés, n’étaient toujours pas couvertes par la législation de l’UE.

Une nouvelle directive européenne relative à une carte bleue, qui offrirait des conditions d’admission plus souples pour les migrants hautement qualifiés et une meilleure protection des travailleurs saisonniers, a été proposée mais n’a pas encore été adoptée. Il n’existe pas non plus de directive sur la reconnaissance des compétences des ressortissants de pays tiers.

Le Forum a recommandé l’introduction d’une directive horizontale qui harmoniserait les conditions d’admission et les droits pour toutes les catégories de ressortissants de pays tiers et traiterait de l’égalité de traitement, de la mobilité au sein de l’Union et du regroupement familial. En outre, les ONG, les collectivités locales et les partenaires sociaux devraient être consultés de manière structurée sur la gestion de la migration légale.

Il a également été question des projets pilotes en matière de migration légale qui ont récemment obtenu l’aval de la Commission. Grâce à ces projets, la Commission apporte son soutien aux États membres et aux organismes non-étatiques afin de développer des possibilités temporaires de migration de la main-d’œuvre pour certains migrants triés sur le volet provenant de certains pays africains, tels que le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et le Nigeria.

Ces projets pilotes portent également sur la réintégration des migrants dans leur pays d’origine, où ils reviennent avec le savoir-faire acquis au cours de leur séjour dans l’UE. Selon les participants, on pourrait ainsi aider à faire évoluer le discours et à enrayer la paranoïa qui entoure la problématique de la migration en montrant que de nombreux migrants sont prêts à rentrer chez eux et à utiliser dans leur pays d’origine leurs nouvelles connaissances.

Le Forum a recommandé de renforcer la coopération entre la société civile et les organisations des diasporas afin de soutenir leurs efforts d’information et d’incitation à la réintégration dans les pays d’origine.

Les propositions du FME comprenaient également l’extension des programmes de regroupement familial élargi dans l’UE et l’harmonisation des procédures nationales d’accueil et d’intégration des migrants, en mettant particulièrement l’accent sur les besoins spécifiques des plus vulnérables d’entre eux.

L’on pourrait garantir à tous les migrants, y compris les sans-papiers, la jouissance des droits fondamentaux au moyen de projets pilotes menés par les collectivités locales dans l’ensemble de l’UE. Une autre proposition concernait l’octroi d’un financement et d’un soutien aux organisations locales et de terrain qui travaillent avec des groupes vulnérables en vue de développer des actions et des politiques tenant compte des questions d’égalité entre les hommes et les femmes.

Les participants ont souligné l’importance particulière de l’autonomisation des migrants, non seulement pour la formulation des politiques, mais aussi comme moyen de lutter contre les stéréotypes et la perception négative des migrants dans la société.

Il n’appartient pas aux seuls migrants de dissiper les peurs et de déconstruire les stéréotypes, a souligné Maher Ismaail, qui a indiqué avoir parfois entendu dire que les gens avaient peur de lui. Je vous en prie, parlez avec les migrants au lieu de parler d’eux!

CONTEXTE

Le Forum européen sur la migration a été créé en 2015 en tant que plateforme de dialogue entre la société civile, les institutions et les pouvoirs publics sur des questions relatives à la migration et à l’intégration des ressortissants de pays tiers. Il se réunit une fois par an pour examiner les derniers développements politiques et rassembler et échanger des informations sur les migrations et l’asile.

Lors des éditions précédentes, des thèmes relatifs à la sécurité des routes migratoires, à la migration durable de la main-d’œuvre et à l’accès des migrants aux droits et aux services et à l’UE, ou encore à un marché du travail européen plus inclusif pour les migrants ont été abordés.

Le choix de la thématique de cette année s’est appuyé sur les contributions des organisations de la société civile au cours des processus de consultation menés au début de l’automne dernier.