Le «Fabriqué en Europe» doit être sur un pied d’égalité avec ses concurrents sur le marché européen, affirme un avis du CESE

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Si le protectionnisme n’est pas une solution pour l’Europe, l’UE ne peut pas non plus permettre que son marché intérieur soit envahi par des produits qui vont à l’encontre de ses normes sociales et environnementales et mettent en péril son industrie, avertit le Comité économique et social européen (CESE) dans un avis sur une politique industrielle globale de l’UE, adopté la semaine dernière.

L’Europe veut montrer l’exemple avec une industrie manufacturière qui protège les droits des travailleurs, préserve l’environnement et investit dans l’innovation. Toutefois, tout cela a un coût important, qui se reflète dans le prix de ses produits. Pour garantir des conditions commerciales équitables pour ses entreprises, l’UE doit veiller à ce que les produits provenant du reste du monde qui entrent sur son marché respectent les mêmes règles. Tel est le principal message de l’avis du CESE sur Une approche globale en matière de politique industrielle.

L’Europe ne saurait faire abstraction des pratiques d’autres acteurs mondiaux qui mettent en danger ses valeurs, sa compétitivité, ses emplois et sa prospérité. Elle ne peut pas se permettre d’être naïve. La réglementation européenne doit s’attaquer aux surcapacités, aux aides d’État illégales et à d’autres formes de concurrence déloyale, tout en respectant les règles de l’OMC, a déclaré M. Gonçalo Lobo Xavier, rapporteur de cet avis et conseiller auprès du conseil d’administration de l’Association portugaise des industries métallurgiques, métallo-mécaniques et similaires (AIMMAP).

Les outils destinés à combattre ces pratiques doivent figurer parmi les priorités de l’UE, et aller de pair avec des dispositifs permettant de suivre de près ce qui se passe sur le marché intérieur et de réagir rapidement si cela s’avère nécessaire. Les mesures antidumping adoptées par la Commission européenne doivent être mises en place plus rapidement, donner lieu à un suivi plus rigoureux et offrir plus de souplesse, de sorte qu’elles réalisent l’objectif ultime sans occasionner d’effets secondaires.

Nécessité d’une politique cohérente et à long terme

En comparaison avec des acteurs mondiaux tels que la Chine, l’Inde et la Corée, qui ont été très actifs dans la mise en place de leur politique industrielle, l’Europe n’a pas de vision cohérente à long terme pour son industrie, souligne le CESE, faisant allusion aux lacunes relevées dans le récent document de la Commission européenne sur le thème Investir dans une industrie intelligente, innovante et durable – Une stratégie revisitée pour la politique industrielle de l’UE.

Si l’analyse de la situation actuelle de l’Europe et de l’objectif qu’elle se fixe est bonne, la manière d’y parvenir et les mesures à prendre dans le cadre des politiques concrètes ne sont pas claires, a expliqué le rapporteur.

Il est nécessaire de se doter d’un plan d’action industriel cohérent, assorti d’objectifs contraignants, d’échéances, d’instruments et de mécanismes de responsabilité partagée entre l’UE et les États membres qui permettent de relever les quatre grands défis de ces dix prochaines années: la numérisation, le changement climatique, la mondialisation et l’évolution démographique.

Le pouvoir du «Fabriqué en Europe»

La décision de la Commission d’organiser une Journée européenne de l’industrie, qui s’est tenue pour la première fois en 2017 et qui est maintenant prévue pour le 22 février 2018, a été un pas important dans la bonne direction pour rendre les citoyens européens conscients du pouvoir de la marque «Fabriqué en Europe» et de l’incidence de l’industrie européenne sur la société, souligne le CESE, en insistant sur la façon dont les organisations d’employeurs et de travailleurs peuvent être des partenaires stratégiques dans le cadre de ces efforts.

Rapatrier l’industrie européenne

Le rapatriement d’au moins quelques secteurs industriels est également d’une importance capitale. Le CESE estime que ce processus doit se fonder sur les principaux atouts de l’Europe, tels qu’un modèle économique fondé sur la connaissance, l’innovation, le niveau élevé de qualifications, les activités de R&D ainsi qu’un environnement commercial qui respecte les normes sociales de l’Union.

Nous souscrivons à l’idée que l’Europe soit un leader mondial dans les domaines de la numérisation, de l’économie à faible intensité de carbone et de l’innovation, a insisté M. Dirk Bergrath, directeur pour la politique européenne au syndicat allemand IG Metall et corapporteur de l’avis. Nous estimons que l’Europe ne pourra être compétitive que si nous faisons mieux que nos concurrents, car ce n’est pas vraiment dans notre ADN d’être moins chers que les autres. Nous devons être meilleurs. C’est pourquoi il faut que notre politique industrielle aille de pair avec des normes sociales. Nous ne pourrons fabriquer des produits industriels de bonne qualité en Europe que si les travailleurs ont des emplois sûrs et correctement rémunérés.

Prochaines étapes

Cet avis a été élaboré à la demande de la présidence bulgare de l’UE, qui demandait précisément conseil au CESE sur l’adoption d’une approche globale à l’égard de la politique industrielle en Europe. En parallèle, la commission consultative des mutations industrielles du CESE élabore en ce moment une réponse détaillée à la communication de la Commission sur Une stratégie revisitée pour la politique industrielle de l’UE, dont l’adoption est à l’ordre du jour de la session plénière du CESE des 14 et 15 février 2018.

Le CESE présentera son avis sur une politique industrielle globale et à long terme pour l’Europe lors d’un conseil informel des ministres de l’industrie qui aura lieu à Sofia, le 1er février, et espère que ses recommandations influeront sur les décisions du Conseil.