L’apprentissage tout au long de la vie requiert un financement public plus important

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L’adaptation au nouveau monde du travail exigera un large éventail de compétences acquises dans différents environnements d’apprentissage

Selon le Comité économique et social européen (CESE), les États membres de l’UE devraient accroître les investissements publics dans l’éducation et la formation tout au long de la vie en mettant tout particulièrement l’accent sur l’éducation des adultes, et devraient prévoir un financement ciblé pour la reconversion et le perfectionnement professionnels continus des groupes les plus vulnérables de la société afin que tout le monde, sans exception, acquière les nouvelles compétences adaptées aux emplois de demain.

Pour éviter une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée, l’Europe devra également aller au-delà de l’éducation formelle et allouer davantage de fonds à l’apprentissage dans des contextes non formels et informels (par exemple, au sein des organisations de jeunesse ou par l’intermédiaire des médias), qui permettent aux apprenants de développer des compétences moins techniques, telles que l’esprit critique et le travail en équipe, ou des traits de caractère comme le leadership et la curiosité.

Il est de plus en plus généralement admis que, tout comme la culture et les compétences numériques de base, ces compétences non techniques seront indispensables pour permettre aux citoyens de s’adapter à l’impact des progrès technologiques et numériques réalisés à l’échelle mondiale. Ces avancées sont en train de transformer le monde du travail et les profils de compétences de nombreuses professions, à un rythme tel qu’il est souvent difficile de prévoir quelles seront les compétences nécessaires à l’avenir.

Toutefois, selon les dernières estimations, la moitié de la main-d’œuvre actuelle devra mettre à jour ses compétences dans les cinq prochaines années pour pouvoir survivre sur le marché du travail.

Le CESE a invité la Commission européenne et les États membres à mettre en œuvre les principes du socle européen des droits sociaux qui traitent de l’éducation et de la formation afin de garantir à tous les citoyens de l’UE, tant sur le lieu de travail qu’en dehors, le respect du droit à un apprentissage tout au long de la vie de qualité et inclusif, et à prévoir à cet effet un financement public durable, en concertation avec les partenaires sociaux et la société civile.

Le CESE se réjouit de la proposition de l’UE relative à des comptes de formation individuels, qu’il considère comme l’un des moyens possibles pour permettre aux personnes en âge de travailler d’accumuler des droits à la formation et de les utiliser pour suivre des formations de qualité, mais souligne que la proposition n’est qu’à un stade très précoce et qu’elle doit encore être développée.

Le CESE a présenté ses propositions dans un avis sur le financement durable de l’apprentissage tout au long de la vie et du développement des compétences dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Cet avis, élaboré à la demande de la présidence croate de l’UE, a été adopté le 7 mai, lors d’une session plénière à distance du CESE, la première depuis le début de la pandémie de COVID-19.

Tatjana Babrauskienė, rapporteure de l’avis, a déclaré que la pandémie de COVID-19 avait clairement montré la capacité de l’apprentissage à s’adapter rapidement aux changements de circonstances. Les apprenants ont développé de nombreuses approches nouvelles, telles que l’apprentissage en autonomie ou par projets, et amélioré leurs compétences en informatique afin d’apprendre à distance.

Lors du retour à la vie “normale”, la société devrait tirer les leçons de cette expérience d’apprentissage en ligne et continuer à développer ces approches et compétences en y investissant suffisamment pour que chaque personne qui apprend, quelle que soit sa situation sociale, puisse y avoir accès et en bénéficier, a indiqué Mme Babrauskienė.

Le corapporteur, Pavel Trantina, a souligné l’importance d’intégrer différents environnements d’apprentissage dans les politiques d’éducation, de formation et d’apprentissage tout au long de la vie, afin de promouvoir le potentiel individuel et unique des apprenants et de veiller à ce qu’ils puissent jouer un rôle actif dans des parcours d’apprentissage conçus principalement autour de leurs besoins.

Nous devons reconnaître la valeur des environnements d’apprentissage au-delà de l’éducation formelle et investir dans la collaboration entre l’apprentissage formel, informel et non formel. L’UE et ses États membres doivent considérer la validation de l’apprentissage non formel et informel comme une priorité urgente, a-t-il affirmé, ajoutant que le CESE a invité l’UE et les autorités nationales à se saisir de ces propositions et à leur apporter un soutien financier.

Toutefois, selon les données disponibles, les dépenses publiques dans le domaine de l’éducation des adultes ne représentent que 0,1 à 0,2 % environ du PIB, tandis que les dépenses totales vont de 1,1 à moins de 0,6 % du PIB. Les dernières estimations du Cedefop indiquent que 46 % de la population adulte de l’UE à 28 auront besoin d’un perfectionnement ou d’une reconversion professionnels, mais que seulement 11,1 % des adultes participent à une formation pour adultes, ce qui signifie que l’Union européenne n’a pas atteint l’objectif de 15 % qu’elle s’était fixé.

Le CESE encourage les États membres à utiliser les fonds de l’UE disponibles, qui devraient également être alimentés par des ressources nationales. Cependant, la dépendance excessive à l’égard de ceux-ci peut susciter des inquiétudes quant à la durabilité du financement européen, étant donné que ces fonds sont alloués à des projets et qu’ils sont temporaires par nature.

En tout état de cause, le CESE estime que le prochain cadre financier pluriannuel devrait remédier à la limitation des possibilités budgétaires pour l’apprentissage tout au long de la vie au niveau des États membres et de l’UE, et il souligne le rôle essentiel du Semestre européen, qui met l’accent sur le financement, indispensable à la mise en œuvre efficace des politiques d’éducation et de formation tout au long de la vie au niveau national et régional.

Le CESE se félicite que les rapports par pays de 2019 élaborés par la Commission européenne dans le cadre du processus du Semestre européen préconisent l’augmentation des investissements dans l’éducation et la formation dans seize pays et de ceux dans les compétences dans vingt-quatre pays, afin de compenser une décennie de coupes budgétaires et de sous-financement du système éducatif, dont les effets dommageables sur l’éducation de qualité, le personnel éducatif et les infrastructures éducatives sont bien connus.

Le CESE a invité les futures présidences de l’UE et la Commission à poursuivre l’initiative lancée par la présidence finlandaise du Conseil, à savoir l’organisation de réunions entre les ministres des finances et de l’éducation de l’UE, afin de discuter de l’importance du financement public pour l’éducation et la formation. Dans le même ordre d’idées, il salue les priorités de l’actuelle présidence croate de l’UE, qui portent notamment sur l’investissement dans la recherche et l’innovation, une meilleure accessibilité de l’éducation et de la formation de qualité tout au long de la vie et le développement de nouvelles compétences adaptées aux emplois de demain.