L’amélioration de la situation des femmes roms est un devoir fondamental des démocraties européennes, affirme le CESE

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À l’issue d’un examen long et approfondi de la situation des femmes roms, le Comité économique et social européen (CESE) a adopté, lors de sa session plénière de décembre, un avis exploratoire dans lequel il a appelé de ses vœux des efforts de grande envergure en vue de mettre en œuvre des politiques en leur faveur. L’avis met en évidence les problèmes spécifiques rencontrés par les femmes roms dans un certain nombre de domaines et propose des mesures strictes, par exemple le retrait des fonds de l’UE pour les États membres ne parvenant pas à réduire la ségrégation des enfants roms dans les établissements scolaires .

Un trop grand nombre de femmes et de filles roms continuent d’être confrontées à des injustices lorsqu’elles tentent d’exercer leurs droits, non seulement au sein de leur propre communauté, mais aussi dans tous les secteurs de la société. Elles sont bien plus mal loties que les hommes roms en matière d’éducation, d’emploi, de logement et d’accès aux soins de santé. En raison de l’augmentation de la discrimination et de l’inefficacité du système d’intégration, les femmes roms sont toujours le groupe minoritaire le plus vulnérable de l’Union européenne.

Selon le CESE, trop peu de progrès ont été réalisés à ce jour. La discrimination constitue une atteinte systémique à la démocratie, à l’état de droit et aux droits fondamentaux, et affaiblit profondément l’idéal européen, a déclaré Ákos Topolánszky, rapporteur de l’avis.

Le CESE soutient les objectifs de la stratégie-cadre de l’Union ainsi que l’extension, par la Commission, de la portée géographique et la mise en œuvre du programme JUSTROM; néanmoins, il recommande des améliorations dans certains domaines spécifiques

L’éducation pour neutraliser la ségrégation

Il est impératif de mettre fin sans tarder à la ségrégation scolaire, en veillant à ce que les filles roms aient également accès à tous les aspects d’une éducation publique de qualité. Le CESE propose de retirer les fonds européens aux pays dans lesquels la ségrégation scolaire ne diminue pas, voire augmente.

Garantir les soins de santé

Le CESE indique attendre des États membres qu’ils accordent la priorité à la suppression des pratiques de santé violant les normes de service répondant aux exigences déontologiques raisonnables et la législation s’y rapportant. Il suggère également d’aborder la question d’un point de vue social, et fait observer que les médiateurs de santé, les points d’information sur la santé ainsi que les initiatives de santé publique et de formation peuvent s’avérer extrêmement précieux pour atteindre les populations ghettoïsées.

Les États membres devraient faire tout ce qui est en leur pouvoir pour ériger en infractions pénales les pratiques illégales telles que la stérilisation forcée, le refus de soins de santé fondé sur l’appartenance ethnique ou encore les prestations de services de moindre qualité. L’égalité de traitement et l’accès aux soins de santé devraient être garantis aux populations vivant en situation de ségrégation. 

Ouvrir le marché de l’emploi pour lutter contre l’exclusion sociale

Si nous sommes tous d’accord pour dire que les femmes ont le droit d’être ambitieuses, cela s’applique également aux femmes roms, qui doivent pouvoir bénéficier des mêmes possibilités. L’égalité entre les hommes et les femmes est une valeur essentielle du marché du travail, ce qui est d’autant plus vrai pour les communautés roms. Par exemple, en ce qui concerne les projets communautaires et la création d’entreprises, le CESE recommande que des mesures spécifiques soient prises non seulement pour favoriser l’autonomisation des femmes roms, mais aussi soutenir leurs initiatives. L’avis souligne que jusqu’à présent, aucun État membre n’a élaboré de politique spécifique pour soutenir les femmes roms, et leur demande de s’engager davantage sur cette voie.

Il y a lieu de supprimer immédiatement toute forme d’emploi discriminatoire et de mettre en œuvre des politiques structurées afin d’accroître les chances des femmes roms de trouver un emploi et de concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale. En outre, des programmes de formation professionnelle et de microcrédit devraient être prévus pour faciliter l’autonomisation économique des femmes roms et lutter contre l’exclusion sociale.

Une protection juridique accrue

L’avis attire l’attention sur la violence dont sont victimes les femmes roms, tant au sein de la société en général que de leur propre communauté. Les crimes de haine, la traite des êtres humains et l’exploitation constituent des infractions pénales graves auxquelles sont exposés les femmes et les enfants roms. Il est dès lors plus important que jamais de garantir un accès aisé à une protection juridique gratuite dans tous ces cas. Le CESE insiste en particulier pour que le droit national et international assimile la notion de mariage forcé à une forme de traite des êtres humains. Il affirme que les outils de prévention et de protection prévus dans le cadre de la lutte contre la traite des êtres humains doivent être mis à la disposition des victimes de mariages forcés d’enfants.

Le CESE recommande d’intensifier la collaboration avec des organisations indépendantes et crédibles de la communauté rom afin de préparer des «livres blancs» dressant l’inventaire des violations systématiques des droits des femmes roms. Le dialogue structuré est devenu essentiel pour pouvoir mettre en œuvre des politiques efficaces et de meilleure qualité. Afin de remédier à la sous-représentation des femmes roms, le CESE suggère de créer des institutions juridiques spécifiques, par exemple des comités féminins dans le cadre des plateformes nationales pour les Roms, ou la mise en place d’un médiateur indépendant pour les femmes roms.

L’amélioration de la situation des femmes roms, en particulier dans la perspective de l’après-2020, constitue pour les démocraties européennes un devoir et une obligation de première importance. Le CESE invite les États membres à y accorder la priorité, puisqu’il indique clairement dans son avis que promouvoir leur autonomisation n’est pas seulement une obligation pour les institutions et les États membres de l’UE, mais constitue aussi un test pour la qualité de leur organisation démocratique et la maturité de leur état de droit.

 

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