L’agriculture européenne doit évoluer vers l’agroécologie

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EESC plenary session - Day 1 - NAT/763 - Genevieve SAVIGNY

L’UE doit privilégier davantage les circuits courts d’approvisionnement et l’agroécologie si elle veut préserver son agriculture et la rendre plus résiliente face aux nouveaux défis, tels que le changement climatique. L’agroécologie apparaît également comme un moyen de garantir notre approvisionnement alimentaire, de rendre notre alimentation plus saine et d’en accroître la valeur. Les circuits courts aideront les petites exploitations à augmenter leurs revenus et à dynamiser les zones rurales.

La dérégulation des marchés agricoles, la forte volatilité des prix, la faiblesse des revenus agricoles pour les producteurs, ainsi qu’une prise de conscience et une préoccupation croissantes chez les consommateurs vis-à-vis d’une alimentation saine et de bonne qualité ont déjà conduit certains agriculteurs à modifier leurs méthodes de production et de commercialisation.

Dans l’ensemble de l’Europe se développent de nouveaux systèmes agricoles innovants qui mettent en contact les consommateurs et les producteurs, tels que l’agriculture soutenue par les communautés locales et d’autres systèmes de «paniers». La plupart de ces producteurs pratiquent l’agriculture biologique ou d’autres formes non labellisées de méthodes respectant l’environnement.

La vente en circuit court contribue à la revitalisation des zones rurales

Ces ventes constituent une réelle opportunité pour des petites structures d’augmenter la valeur ajoutée et la rentabilité des fermes. Les avantages pour le consommateur sont en outre évidents, puisque celui-ci peut mettre sur sa table des produits frais et de qualité, et qu’il se trouve en contact direct avec le producteur. Elle constitue un moyen de s’intéresser mais aussi de s’éduquer à l’alimentation et à la valeur des produits.

Les initiatives basées sur des circuits courts sont susceptibles de créer des emplois et de la croissance et, par conséquent, de la richesse, en particulier dans les zones rurales. Tout l’enjeu est donc de donner les moyens pour créer des systèmes alimentaires territoriaux basés sur une gouvernance locale. La numérisation joue et jouera à l’avenir un rôle essentiel, aussi bien dans la production et la transformation que dans l’achat et la vente, explique Geneviève Savigny, rapporteur de l’avis Promouvoir des chaînes alimentaires courtes et alternatives dans l’Union européenne: le rôle de l’agroécologie.

L’agroécologie — un nouveau paradigme tant pour l’alimentation et l’agriculture que pour la sécurité alimentaire

Lorsque les circuits courts ne sont pas possibles, le système des labels de qualité européens permet d’identifier les produits et de faciliter le choix des consommateurs.

À cet égard, l’agroécologie peut jouer un rôle important. Des études universitaires et des organisations de développement ont apporté la démonstration que les avantages sont évidents tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs:

  • pour les agriculteurs: l’augmentation de la fertilité des sols, la réduction des coûts de production, une plus grande autonomie de décision, l’accroissement de la résilience des systèmes agricoles face aux aléas climatiques et la valorisation du métier;
  • pour les consommateurs: la qualité sanitaire et nutritionnelle de l’alimentation et des eaux, la préservation de la biodiversité et des paysages, ainsi que des garanties en ce qui concerne les pratiques agricoles (élevage ou cultures).

L’application de l’agroécologie dans l’agriculture représente un changement de paradigme pour la lutte contre le changement climatique, la reconstitution des écosystèmes vivants et la protection de l’eau, des sols et de toutes les ressources dont dépend la production agricole. Il importe donc d’accorder davantage d’attention aux circuits courts d’approvisionnement et à l’agroécologie, a souligné Mme Savigny.

Le CESE plaide en faveur d’un plan d’action pour l’agroécologie

Afin de déployer le projet de l’agroécologie à travers l’Europe, le CESE propose un plan d’action structuré aux facettes multiples, associant les niveaux régional, national et européen. Les programmes existants devraient également viser à promouvoir des mesures dans le domaine de l’agroécologie et des circuits courts, et soutenir en particulier:

  • les services d’éducation et de conseil en matière de transformation, de vente directe et d’agroécologie;
  • la recherche et l’innovation concernant les besoins des producteurs relevant des circuits courts et de l’agroécologie;
  • les réseaux d’échanges entre agriculteurs;
  • l’application de la législation alimentaire d’une façon qui soit adaptée aux petits producteurs, ainsi que des exigences en matière d’étiquetage;
  • l’accès au financement pour la mise en place des équipements nécessaires, individuels ou collectifs (deuxième pilier de la PAC).

La politique alimentaire globale, que le CESE préconise depuis des années et dans laquelle il jouerait potentiellement un rôle de facilitateur, pourrait constituer le cadre de ce plan d’action.

La sécurité de l’approvisionnement alimentaire est un argument souvent utilisé à l’encontre de l’agroécologie. À cet égard, le CESE renvoie aux récents travaux de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), qui montrent qu’il est possible de nourrir toute la population européenne à l’horizon 2050 grâce à une transformation agroécologique progressive, intégrant l’élevage, les cultures et la sylviculture, avec un objectif d’émissions nulles en carbone.

Il n’y a d’autre solution qu’une agriculture de plus en plus écologique, si nous prenons  au sérieux les objectifs climatiques et si nous voulons préserver la fertilité de nos sols, a conclu Mme Savigny.

Comme le service de recherche du Parlement européen (SRPE) l’a mis en évidence, 15 % des agriculteurs ont vendu la moitié de leur production par le biais de circuits courts, tandis qu’un sondage Eurobaromètre de 2016 a relevé que quatre citoyens européens sur cinq considéraient que «renforcer le rôle de l’agriculteur dans la chaîne agroalimentaire» est important.

Qu’est-ce que l’agroécologie?

Conformément à la définition donnée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), «L’agroécologie est une approche intégrée qui applique concomitamment des notions et des principes écologiques et sociaux à la conception et à la gestion des systèmes alimentaires et agricoles. Elle vise à optimiser les interactions entre les végétaux, les animaux, les humains et l’environnement, sans oublier les aspects sociaux dont il convient de tenir compte pour qu’un système alimentaire soit durable et équitable.»

 

L’agroécologie s’appuie sur un socle commun de 10 principes, définis et recensés par la FAO, lesquels «visent à aider les pays à transformer leurs systèmes alimentaires et agricoles, à généraliser l’agriculture durable, ainsi qu’à atteindre l’objectif “faim zéro” et de multiples autres objectifs de développement durable (ODD):

  • diversité, synergies, efficience, résilience, recyclage, cocréation et partage de connaissances (description des caractéristiques communes des systèmes agroécologiques, pratiques fondatrices et approches novatrices);
  • valeurs humaines et sociales, culture et traditions alimentaires (caractéristiques contextuelles);
  • gouvernance responsable, économie circulaire et solidaire (environnement porteur).

Les dix éléments de l’agroécologie sont liés et interdépendants».

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