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L’absence d’accord sur le Brexit menace la viabilité de l’industrie aéronautique et chimique tant au Royaume-Uni que dans l’Union européenne

La divergence réglementaire est la plus grande crainte et l’absence d’accord est le pire des scénarios pour l’industrie aéronautique et chimique.

En cas d’accord, le Royaume-Uni devrait rester aligné sur la législation de l’UE; pour les produits chimiques, le règlement REACH est primordial. Dans l’industrie aéronautique, il convient de mettre en place des accords de réciprocité dans les domaines les plus importants. La période de transition prévue est toutefois trop courte et devrait être étendue à au moins cinq ans.

Telles ont été les principales conclusions d’une discussion avec des experts de haut niveau de l’industrie aéronautique et chimique organisée le 30 janvier par la commission consultative des mutations industrielles (CCMI) du Comité économique et social européen (CESE).

Il est essentiel de trouver des solutions de réciprocité dans les principaux secteurs, faute de quoi les deux parties – l’UE et le Royaume-Uni – seront perdantes, a averti Jan Pie, secrétaire général de l’Association des industries aérospatiales et de défense d’Europe (ASD). La période de transition est toutefois trop courte et, de notre point de vue, nous aurions besoin d’au moins cinq ans pour nous adapter à la nouvelle situation. 

Si de nouveaux tarifs douaniers constitueraient un défi pour la compétitivité de l’Europe, leur impact se ferait pour l’essentiel ressentir sur la chaîne d’approvisionnement faute d’accord, dès lors que la production en flux tendu nécessite une chaîne d’approvisionnement empreinte de fluidité. La chaîne d’approvisionnement aéronautique ayant un caractère transnational très prononcé, les composants doivent souvent traverser la Manche plusieurs fois avant l’assemblage final du produit. Si un seul élément est bloqué, cela peut entraîner l’arrêt de toute la chaîne. Il en va de même pour la circulation des travailleurs: les spécialistes doivent pouvoir se rendre rapidement du Royaume-Uni en France, en Espagne, ou dans tout autre pays de l’UE, et inversement. Toute restriction saperait la fluidité de la production.

L’ASD est la porte-parole de 3 000 entreprises, mais le secteur compte environ 80 000 fournisseurs différents. La principale préoccupation de ces entreprises réside dans les divergences que pourraient engendrer à l’avenir la mise en place de nouveaux organismes au Royaume-Uni et le maintien des structures existantes dans l’UE à 27.

La délocalisation des entreprises en vue d’échapper à l’incertitude n’est toutefois pas une décision facile, étant donné que les sous-traitants sont souvent nombreux. Dans le cas d’Airbus, par exemple, ils sont au nombre de 5 000 environ.

Un accord sur le Brexit est également indispensable pour l’industrie chimique, a souligné Ian Cranshaw, responsable du commerce international au sein de l’Association des industries chimiques (CIA). Avec un chiffre d’affaires de 18 milliards de GBP, l’industrie chimique revêt une importance cruciale pour le Royaume-Uni. Elle fournit 500 000 emplois indirects et 150 000 emplois directs, dont un grand nombre d’emplois de qualité, situés dans les villes mais aussi dans les régions. Ce dont l’industrie a le plus besoin, c’est de certitude. Les entreprises britanniques ont investi 6 millions de GBP pour se conformer à REACH, et l’industrie s’est félicitée de ce règlement. Par conséquent, l’idée d’introduire un équivalent de REACH au Royaume-Uni et de demander aux entreprises britanniques de payer à nouveau pour leur réimmatriculation n’a pas de sens, a-t-il affirmé. Il y a également lieu de discuter du rôle que le Royaume-Uni pourrait jouer au sein de l’ECHA.

M. Cranshaw a expliqué à l’auditoire que son organisation a mené une enquête auprès des entreprises qu’elle représente, et que pas une seule d’entre elles n’a déclaré qu’elle bénéficierait du Brexit.

Le risque de divergence et de déréglementation

Les secteurs de la chimie du Royaume-Uni et de l’Union européenne sont étroitement interconnectés et, dès le début des négociations sur le Brexit, ils ont conjointement plaidé en faveur d’un accord permettant des échanges sans friction pour les produits chimiques. L’absence d’accord doit être évitée, a déclaré René von Sloten, directeur exécutif du programme de politique industrielle au sein du Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC). Il a également souligné que la réglementation constituait le principal sujet de préoccupation de l’industrie. Nous sommes convaincus que le Royaume-Uni devrait être inclus dans le règlement REACH de l’UE ainsi que dans l’ECHA, a-t-il déclaré.

Kate Young, coordinatrice pour le Brexit au sein de l’ONG CHEM Trust, a souligné l’importance de maintenir des conditions de concurrence équitables. Le Royaume-Uni devrait s’efforcer de rester le plus proche possible de REACH, qui devrait quant à lui être transposé dans la législation britannique.

REACH n’a jamais été populaire aux États-Unis, a-t-elle déclaré, et dans sa quête d’un bon accord commercial avec les États-Unis, le Royaume-Uni pourrait s’aligner davantage sur ceux-ci, ce qui signifie que les réglementations de l’UE et du Royaume-Uni pourraient diverger.

Dans sa déclaration, Jacqueline Foster, membre du parti conservateur et députée au Parlement européen pendant 15 ans, a avoué avoir déjà voté contre le maintien du Royaume-Uni dans le «Marché commun» en 1975. Il n’y aura pas de second référendum sur le Brexit, a-t-elle déclaré, le gouvernement doit mener à bien le processus.

Le Royaume-Uni a joué un rôle clé dans la mise en place d’une législation responsable dans l’UE. Il n’édulcorera aucune norme, et elle plaide en faveur d’un divorce entre adultes fondé sur la réciprocité et la continuité quant à la manière de faire progresser les industries.

Luc Tytgat, directeur de la stratégie et de la gestion de la sécurité à l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), a informé les personnes présentes que l’AESA avait reçu plusieurs demandes d’adhésion de la part d’opérateurs britanniques. Il souligne qu’en tant qu’organisation stratégique du secteur, l’AESA est prête à faire face à toutes les options envisageables.

N’y aurait-il que des perdants?

La sortie de l’UE entraîne également le retrait du Royaume-Uni de l’espace aérien de l’UE et, partant, la nécessité de négocier des accords bilatéraux, précise Mia Wouters, directrice du Club européen de l’aviation et professeur de droit aérien à l’université de Gand. Personne n’est encore prêt pour le Brexit, et cela pourrait finir en chaos. Les citoyens n’ont pas été informés des enjeux, a-t-elle conclu.

Au cours de la discussion, d’autres participants ont également fait part de leur déception face à l’énorme incertitude qui entoure encore la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, deux mois seulement avant que le divorce ne soit prononcé, et ils se sont demandés si la population britannique avait réellement conscience de l’impact négatif de son vote. 

Lucie Studničná, présidente de la CCMI, a rappelé que l’UE a toujours eu l’intention de débattre et d’anticiper les évolutions afin de limiter les effets négatifs. L’objectif a toujours été d’engendrer un résultat gagnant-gagnant.

Maintenant, il semble que nous soyons tous perdants. La leçon que nous pouvons tirer de cette situation, c’est la nécessité de mieux communiquer sur les réalisations du marché unique et sur les nombreux avantages, tant pour l’industrie que pour les citoyens, qui sont liés à l’appartenance à l’UE, a-t-elle déclaré.

En définitive, la question de savoir qui bénéficiera du Brexit reste toujours sans réponse.

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