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La transformation numérique devrait être socialement et éthiquement responsable

Digital transformation

Des compétences appropriées, une protection sociale et de la diversité sur le lieu de travail seront autant d’éléments essentiels pour l’avenir, tout comme le dialogue social sur l’introduction de nouvelles technologies.

La transition numérique dans l’UE doit s’appuyer sur le respect des valeurs européennes et être soutenue par des politiques sociales plus solides, afin que personne ne soit laissé de côté. Il faut en effet que la société européenne dans son ensemble – les travailleurs, les entreprises et le grand public – puisse tirer profit de l’énorme potentiel qu’offrent les nouvelles technologies, a déclaré le Comité économique et social européen (CESE) lors de sa session plénière de juillet.

«Nous ne sommes pas d’accord avec l’hypothèse selon laquelle la numérisation fera forcément des gagnants et des perdants», a indiqué Franca Salis-Madinier, rapporteure de l’avis sur Les concepts de l’UE en matière de gestion des transitions dans un monde du travail numérisé, aux membres du CESE réunis en assemblée plénière. «Tout le monde devrait pouvoir en bénéficier. Il est possible de garantir que personne ne soit mis de côté.»

Dans son avis, le Comité formule plusieurs priorités pour l’UE, qui devraient permettre de récolter les fruits de la numérisation.

L’une des principales priorités est la mise à niveau des compétences des travailleurs européens, qui consiste à veiller à ce qu’ils disposent des compétences nécessaires pour l’avenir, étant donné que la grande majorité des emplois seront concernés par la numérisation. Pour pouvoir rester dans la course, a affirmé le CESE, «tous les secteurs ont besoin de travailleurs qui possèdent non seulement des compétences créatives et cognitives élevées, mais aussi des capacités managériales et de communication et une aptitude à l’apprentissage».

Il est urgent d’adopter une politique axée sur la formation et l’apprentissage tout au long de la vie, afin de réduire les pénuries et les inadéquations de compétences. Actuellement, quelque 22 % des travailleurs dans l’UE risquent de ne pas avoir les bonnes compétences numériques par rapport aux évolutions de leur emploi.

Une attention particulière devrait être accordée aux emplois à faible qualification et à fort potentiel d’automatisation, de transformation, de remplacement, voire de disparition.

Une autre priorité est de soutenir les systèmes de sécurité sociale, qui doivent être de grande qualité et financièrement viables, de manière à garantir la protection de tous les travailleurs, y compris ceux occupant des formes d’emploi atypiques et flexibles, dont le nombre est actuellement en hausse. Cette approche est conforme au socle européen des droits sociaux. Le CESE a également souligné l’importance de mener un dialogue social sur l’adaptation des systèmes de protection sociale aux nouvelles formes de travail.

Toutefois, comme l’a indiqué le Comité dans son avis, les investissements dans les politiques sociales ne représentent aujourd’hui que 0,3 % des dépenses publiques totales dans l’UE et méritent d’être renforcées.

La diversité sur le lieu de travail a également été mise en évidence en tant qu’objectif prioritaire de l’Union européenne. Ainsi, la plupart des emplois dans le secteur des technologies de l’information et d’autres branches très valorisées, dans lesquelles les salaires sont élevés, sont aujourd’hui majoritairement occupés par des hommes. Il faut que cela change si nous voulons éviter les inégalités dans le monde du travail de demain.

Dans son avis, le CESE a également réitéré son soutien à une approche de la numérisation où «l’homme reste aux commandes», et a encouragé un développement de l’intelligence artificielle socialement responsable, au service de l’intérêt général. Il a ajouté que l’opacité du fonctionnement des algorithmes et la manière dont ils opèrent des choix qui échappent au contrôle humain posent des défis immenses ainsi que des questions fondamentales sur la société où nous voulons vivre.

«Nous insistons sur l’importance du principe selon lequel l’être humain doit être aux commandes et doit, en tout état de cause, toujours avoir le dernier mot», a déclaré Ulrich Samm, corapporteur de l’avis. «La modernisation est entre nos mains: c’est à nous de décider de ce que sera notre monde, de ce que sera notre environnement, des technologies que nous voulons utiliser.»

En vertu de ce principe, les machines ont clairement pour rôle de servir l’être humain et les questions plus complexes liées à ce dernier et touchant à l’éthique restent sous son contrôle. Un exemple positif est l’utilisation accrue de «robots collaboratifs» qui aident les travailleurs ou les personnes handicapées.

«Cela devrait apaiser toutes nos craintes; nous devons prendre conscience que c’est nous qui sommes aux commandes», a déclaré M. Samm.

L’avis du CESE a été demandé par la présidence autrichienne de l’UE et contribuera de manière essentielle à un livre blanc de l’Union européenne sur l’avenir du travail. Le CESE a déjà émis plusieurs avis sur la question, à la demande des présidences estonienne et bulgare.