Il est grand temps d’agir! Un véritable pacte vert et social doit être mis en œuvre de toute urgence, affirme le CESE

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Le Comité économique et social européen (CESE) s’inquiète vivement de l’inadéquation de plus en plus grande des réponses apportées par les responsables politiques lors de la COP 25 face à la situation d’urgence climatique. En l’absence de signes clairs révélant une ambition accrue de la part des principaux pollueurs en dépit de l’augmentation continue des émissions, le CESE attend de l’UE qu’elle prenne l’initiative et tienne sa promesse d’une croissance qui rapporte plus qu’elle ne coûte.

Comme les années précédentes, le Comité économique et social européen (CESE) est représenté à la COP 25, la conférence annuelle des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui se tient cette année du 2 au 14 décembre à Madrid, en Espagne.

 Pourquoi la COP 25 est-elle si importante?

Cette réunion est la dernière avant que les pays ne présentent, en 2020 leurs contributions déterminées au niveau national (CDN). Elle a constitué l’occasion d’évaluer les progrès accomplis collectivement ces cinq dernières années en vue de la réalisation de l’objectif de l’accord de Paris de 2015. Cet accord vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) afin de limiter la hausse de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, en s’efforçant de limiter l’augmentation à 1,5 °C.

À l’heure actuelle, la plupart des pays sont loin d’avoir tenu leurs engagements. Les résultats de la convention-cadre sur les changements climatiques sont tout simplement décevants. Il a été promis de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre à un niveau qui empêcherait toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Toutefois, depuis son adoption, les émissions de GES ont augmenté de 50 %, de nombreuses personnes ont subi de pénibles épreuves et les dommages qui en résultent sont presque impossibles à évaluer, a déclaré Lutz Ribbe, membre du CESE.

L’UE est le troisième plus grand émetteur de gaz à effet de serre, mais les objectifs qu’elle s’est fixés sont les plus ambitieux

Les 28 États membres de l’UE sont responsables d’approximativement 10 % des émissions de CO2 dues à la combustion de combustibles fossiles, tandis que la Chine et les États-Unis arrivent en tête avec respectivement 27 % et 14 %. L’Inde se place en quatrième position avec quelque 7 % des émissions. Ces quatre acteurs sont responsables d’environ 60 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

L’UE s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2030 et à œuvrer en faveur de la  neutralité carbone à partir de 2050, ce qui suppose un équilibre entre les émissions de carbone et l’absorption du carbone présent dans l’atmosphère par les puits de carbone.

Au cours de la deuxième semaine de la COP 25, la Commission européenne a présenté son pacte vert pour l’Europe, qui s’impose comme une priorité absolue et une nouvelle stratégie de croissance pour l’UE. Le CESE demandera à la Commission de rendre des comptes quant à la mise en œuvre effective d’un nouveau modèle de croissance qualitativement différent, qui contribue au respect des limites de notre planète et permette une transition équitable vers la neutralité climatique.

Nous ne pourrons atteindre les objectifs de l’accord de Paris et les objectifs de développement durable (ODD) sans lutter contre les inégalités sociales. 10 % des ménages les plus riches détiennent 50 % de la richesse totale, ce qui n’est pas soutenable! Nous avons besoin de politiques de redistribution et d’un nouveau modèle de croissance pour faire en sorte que personne ne soit laissé pour compte, a déclaré Peter Schmidt, membre du CESE.

Quelles sont les propositions du CESE pour résoudre le problème et accélérer la transition? Seules trois possibilités d’action s’offrent à nous:

 

Volonté politique

Le CESE souligne que la transition vers une société neutre pour le climat doit être opérée en adoptant une approche concurrentielle, équitable et multilatérale et que des instruments adéquats doivent être créés qui garantissent la participation et l’acceptation pleines et entières de la société civile, y compris de l’ensemble des citoyens, des entreprises et des organisations.

Si l’UE veut réellement faire face à la crise climatique, elle doit prendre un engagement fort en faveur de la neutralité climatique d’ici à 2050 et afficher clairement son ambition dans sa contribution à la COP 26, qui se déroulera à Glasgow.

L’Europe sera durable ou ne sera pas. L’économie durable est notre unique option. L’Europe doit saisir l’occasion et prendre l’initiative, a déclaré Luca Jahier, président du CESE.

Investissement et innovation systémique

En 2019, le CESE a appelé à consacrer 40 % du budget de l’UE à la lutte contre le changement climatique, loin des 25 % proposés par la Commission européenne. Des avancées ont été enregistrées en matière de financement de la lutte contre le réchauffement de la planète et ses effets, mais elles sont insuffisantes. En outre, le défi consistera à s’assurer qu’aucun financement ne soit accordé à des projets en contradiction avec les objectifs climatiques. L’ensemble des dépenses du secteur public et des mécanismes de financement devraient concourir à la réalisation des ODD ainsi qu’à la transition vers une économie neutre pour le climat.

Le CESE souligne l’intérêt substantiel de l’économie circulaire, de la bioéconomie, de la numérisation et de l’économie du partage, qui contribuent de manière décisive à l’amélioration de l’efficacité des ressources et à la réduction des émissions. La transition vers une économie neutre du point de vue climatique ne se fera pas sans une recherche et innovation de grande envergure. Toutes sortes d’innovations sont nécessaires, notamment sur le plan des comportements, des modèles économiques, des normes sociales, des procédés, des techniques, de la commercialisation et des technologies.

Ne laisser personne de côté

Nous attendons avant tout de l’UE qu’elle soit le leader mondial du développement durable. Nous devons démontrer au reste du monde qu’une économie réelle et durable garantit le bien-être écologique et social, facilite la gouvernance inclusive et, surtout, assure la cohésion sociale et ne laisse personne de côté.

La transition vers une économie durable, neutre en carbone et économe en ressources, nécessite des changements fondamentaux dans notre société et notre économie, qui à leur tour requièrent une politique active. Nous avons besoin d’un pacte vert et social pour l’Europe. Dans ce contexte, les groupes les plus vulnérables de la société ainsi que les régions et territoires les plus défavorisés doivent faire l’objet d’une attention particulière. La transition équitable et les mécanismes mis en place doivent être d’une ampleur suffisante pour englober le climat et la justice sociale au sens large. Nous devons relancer le système, mais nous avons besoin d’un nouveau programme, et non d’une simple mise à jour, a déclaré Peter Schmidt, membre du CESE.

Le CESE à la COP 25

Le CESE a participé à l’organisation de deux manifestations tenues en marge de la COP 25 le 11 décembre:

Combiner les principes de l’économie circulaire avec les stratégies de réduction des gaz à effet de serre

L’économie circulaire et les solutions s’inspirant de la nature constituent deux moyens essentiels dont nous disposons pour intensifier l’action en faveur du climat. Cette manifestation a fourni des exemples de bonnes pratiques en matière d’économie circulaire et a constitué un espace de discussion visant à aider les acteurs qui la mettent en œuvre à relever les défis auxquels ils sont confrontés. Elle a permis de mettre en lumière les solutions déployées par l’industrie pour lutter contre le changement climatique et a présenté des exemples d’approches de l’économie circulaire adoptées au niveau des entreprises.

Ne laisser personne de côté dans la transition vers la neutralité climatique

Lors de cette manifestation, diverses parties prenantes ont débattu de la nécessité d’une transition juste et équitable et d’un pacte vert pour l’Europe qui ne laisserait personne de côté. Une telle transition signifie que les membres les plus vulnérables de la société, ainsi que les régions et territoires qui ont besoin d’une attention particulière, doivent être associés à la prise de décision.