Gestion de la diversité: la justice sociale pour les migrants et les minorités ethniques est essentielle pour lutter contre le racisme structurel

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Le CESE attire l’attention sur le fait que les politiques de l’UE en matière de diversité devraient se concentrer sur tous les aspects de la vie des migrants et des minorités ethniques afin de lutter contre leur discrimination, qui a encore été aggravée par la crise de la COVID-19.

Le Comité économique et social européen (CESE) a invité l’Union européenne et ses États membres à adopter une approche globale pour promouvoir la diversité et l’inclusion dans leurs sociétés et à intensifier les efforts juridiques et politiques pour combattre la montée du racisme et de la xénophobie en Europe.

Étant donné que le nombre d’attaques et de discours de haine à l’encontre des migrants et des minorités ethniques augmente et que la pandémie actuelle exacerbe la discrimination structurelle dont ils font l’objet, l’UE doit de toute urgence agir davantage dans ce domaine, notamment en promouvant la gestion de la diversité, a indiqué le CESE dans son avis intitulé «La gestion de la diversité dans les États membres de l’UE».

Cet avis exploratoire a été élaboré à la demande de la présidence allemande de l’Union, qui a invité le CESE à présenter les bonnes pratiques de gestion de la diversité en matière de migration et d’appartenance ethnique observées dans les États membres. À cette fin, le CESE a mené des études de cas dans quatre pays (la Finlande, la France, l’Italie et la Pologne) qui représentent quatre régions différentes de l’Europe. Les résultats sont présentés dans l’avis et son annexe.

Les études de cas ont montré que dans ces quatre pays, les travailleurs migrants occupent essentiellement des emplois précaires et faiblement rémunérés, cette situation étant la plus marquée en Italie; suivent la France et la Pologne, qui évoluent dans la même direction. Les femmes de couleur y subissent les discriminations les plus importantes sur le marché de l’emploi, par rapport aux Européens blancs et aux hommes de leur propre groupe ethnique. Dans les quatre pays, les Roms restent la minorité victime de la plus forte marginalisation, y compris dans le domaine de l’emploi.

L’avis a été élaboré par Adam Rogalewski, ancien membre polonais du CESE, et présenté par Carlos Trindade, rapporteur général, lors de la session plénière constitutive du mandat 2020-2025 du Comité.

L’avis arrive à point nommé car il est adopté dans le sillage du mouvement Black Lives Matter, qui montre une fois de plus qu’à l’instar des États-Unis, l’Europe doit elle aussi déployer davantage d’efforts pour lutter contre le racisme, y compris le racisme institutionnel, a déclaré M. Rogalewski.

Comme le souligne l’avis, dans de nombreux cas, les migrants et les minorités ethniques en Europe ont été en première ligne dans la lutte contre la pandémie et ses conséquences, et en ont supporté les risques de manière disproportionnée.

La pandémie de COVID-19 exacerbe le racisme structurel en Europe. Les minorités ethniques et les migrants sont non seulement davantage exposés à la maladie, mais ils courent également un risque accru d’en subir les conséquences économiques et sociales et leurs chances d’obtenir de l’aide sont plus faibles, a souligné M. Trindade.

Le CESE est convaincu que leur contribution doit être reconnue. L’un des moyens d’y parvenir est de leur offrir des conditions de travail de qualité, des salaires équitables et une protection sociale adéquate. Les migrants devraient avoir accès aux mêmes normes de qualité en matière d’hébergement, d’éducation et de santé que celles destinées aux citoyens européens. Il convient en outre de mettre en œuvre des politiques de protection des migrants sans papiers.

Si l’on veut lutter contre le racisme structurel dans toutes les institutions, il est indispensable de garantir la justice sociale à l’égard des minorités ethniques et des migrants. À cette fin, nous invitons l’UE et les États membres à redoubler d’efforts, tant sur le plan juridique que politique, afin de lutter contre le racisme et la xénophobie, a déclaré M. Trindade lors de la session plénière.

Dans son avis, le CESE a fait valoir que la bonne gestion de la diversité devrait se concentrer sur tous les aspects liés au travail et à la vie quotidienne des migrants et des minorités ethniques. Il s’agit notamment de la manière dont ils sont traités sur le lieu de travail, de leur éducation et de leur accès aux services publics, de leurs droits sociaux et de leur intégration dans les communautés locales.

Étant donné qu’ils ne forment pas un groupe homogène, la gestion de la diversité devrait tenir compte de leur hétérogénéité et de leurs identités multiples. En ressort l’importance d’une approche transversale, étant donné que certaines personnes peuvent faire l’objet de diverses formes de discrimination en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leur religion ou de leur handicap.

Le CESE a recommandé que l’UE et ses États membres consacrent de manière proactive davantage de fonds à la gestion de la diversité, en particulier pour que les partenaires sociaux et les organisations de la société civile élaborent et mettent en œuvre des politiques en matière de diversité.

Le Comité a par ailleurs invité l’Union et ses États membres à proposer gratuitement des possibilités d’éducation et de formation générales, y compris des cours de langues, afin de permettre aux migrants de participer pleinement au marché du travail. Les politiques en matière de diversité devraient également s’attaquer au problème de l’utilisation insuffisante des aptitudes et des compétences des migrants.

Les principes de gestion de la diversité devraient être intégrés dans les différents domaines d’action de l’UE et dans les règles européennes régissant les marchés publics; la mise en place de politiques en faveur de la diversité par les entreprises devrait figurer parmi les critères d’attribution des marchés publics.

Le CESE a encouragé les employeurs à élaborer, en coopération avec les syndicats, des stratégies solides de gestion de la diversité. Ils devraient également s’efforcer d’appliquer des stratégies en matière de diversité tout au long des chaînes d’approvisionnement.

L’avis souligne la nécessité d’améliorer la collecte de données relatives à l’égalité ainsi que le suivi des politiques en matière de diversité au sein du marché du travail dans les États membres et au niveau de l’UE. Toutefois, la collecte de données à caractère personnel sensibles concernant l’origine ethnique, la religion et le contexte migratoire ne devrait avoir lieu que si elle est encadrée de manière adéquate, afin que soient garantis le consentement éclairé, l’auto-identification, la participation volontaire, le respect de la vie privée et la confidentialité des données à caractère personnel, et que soient consultés les groupes exposés au risque de discrimination.

Par ailleurs, il importe, selon l’avis, d’aider les migrants à participer activement non seulement au marché du travail, mais aussi aux processus décisionnels. Pour promouvoir la diversité au sein des sociétés européennes, il est également essentiel d’accorder le droit de vote aux migrants afin qu’ils puissent participer aux élections locales au même titre que les citoyens de l’UE et représenter les communautés locales.

En conclusion, l’avis indique que les institutions de l’UE, y compris le CESE, devraient montrer l’exemple en matière de gestion de la diversité, notamment en augmentant le nombre de membres et de membres du personnel appartenant à des minorités ethniques.