L’accès à la terre: un défi majeur pour les agriculteurs européens

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Les membres du Comité économique et social européen (CESE) ont assisté à une conférence intitulée L’accès à la terre pour les agriculteurs de l’Union européenne, organisée par le parti Vert européen le 7 décembre dernier à Bruxelles, au siège du CESE et au Parlement européen.

 Brendan Burns, président de la section NAT du CESE, a rappelé qu’en Écosse, dont il est originaire, 50 % des terres sont détenues par 500 personnes seulement, dont la plupart vivent en dehors de l’Écosse, ce qui a pour conséquence la mort des villages, la désertification des paysages et l’affaiblissement de l’économie.

 Depuis 1999, l’Écosse a tenté de remédier à cette situation mais elle s’est heurtée à de nombreux obstacles, par exemple lorsque les communautés souhaitent acheter des terres à des propriétaires vivant très loin. «La situation de l’Écosse, qui a empêché des pans considérables du pays d’accéder à un développement rural durable et à des sociétés durables, devrait être pour l’Europe un exemple à ne pas suivre», a indiqué M. Burns en ouverture de la conférence.

 Une concentration alarmante des terres en Europe

 Sylvia Kay, du Transnational Institute (TNI), situé à Amsterdam, suit la situation de l’agriculture et de l’accès aux terres en Europe depuis de nombreuses années, et a produit des chiffres alarmants: en Europe, 3 % des exploitations agricoles contrôlent 52 % des terres, ou encore 11 % des grandes exploitations (de plus de 100 ha) contrôlent 75 % des terres agricoles européennes. En Bulgarie, la situation est pire encore, car 2 % des agriculteurs détiennent à eux seuls 83,5 % des terres agricoles.

 Partout en Europe, la tendance aux grandes exploitations s’accroît: en Finlande, le nombre de grandes fermes a été multiplié par plus de cinq (5,5) et la surface de terres agricoles qu’elles contrôlent, par 6. Aux Pays-Bas, le nombre de grandes exploitations agricoles a été multiplié par trois.

 Dans le même temps, l’Europe est confrontée à un déclin massif des petites exploitations (de moins de 10 ha): des 12 millions qui étaient opérationnelles en 1995, seules 8 millions ont survécu jusqu’en 2013, ce qui équivaut à une diminution de 33 %. La situation de l’Estonie est encore plus grave: en seulement dix ans, de 2003 à 2013, ce sont 62 % des petites exploitations qui ont disparu.

 Les zones rurales – l’une des principales priorités des travaux du CESE

 La forte concentration de la propriété, du côté des fournisseurs comme de celui des clients, et la tendance à réduire le nombre des exploitations mais à en augmenter la taille, sont une source de problèmes pour l’économie en amont et en aval, car elles suppriment de nombreux emplois et vident les zones rurales de leurs habitants.

 Le CESE travaille de longue date à des solutions visant à améliorer la situation des zones rurales, et a demandé à la fois de l’aide pour les petits agriculteurs, et une PAC européenne plus juste et plus durable. Le CESE est également particulièrement préoccupé au sujet de certaines des conséquences de la libre circulation des capitaux au sein de l’Union européenne, telle qu’elle est inscrite dans les traités, il a donc invité le Parlement européen et le Conseil à se pencher sur la question de savoir si le principe de la libre circulation des capitaux devrait être garanti en ce qui concerne la vente et l’acquisition de terres agricoles.