You are here

3e Journée européenne des entreprises de l’économie sociale: il est temps de les reconnaître et de les développer

«Le temps est venu pour les entreprises de l’économie sociale de mettre en avant les valeurs européennes à un moment où l’UE est confrontée à des défis considérables», a déclaré Ariane Rodert, membre du Comité économique et social européen (CESE), qui a ouvert la troisième Journée européenne des entreprises de l’économie sociale (EES). Cette manifestation, qui a eu lieu le 4 juin au siège du CESE à Bruxelles, a porté sur la manière de renforcer l’économie sociale et présenté des entrepreneurs sociaux innovants.

La nécessité d’accroître la visibilité

Aujourd’hui, l’économie sociale offre un emploi rémunéré à 6,3 % de la population active, ce qui représente 13,6 millions d’emplois rémunérés dans l’Union européenne. Les entrepreneurs sociaux et les décideurs politiques ont souligné que le moment était venu pour ce secteur de passer à la vitesse supérieure.

Christophe Itier, le Haut commissaire français à l'économie sociale et solidaire et à l'innovation sociale, souligne que pour ce faire, il faut tout d’abord accroître la visibilité de l’économie sociale en Europe car «son potentiel de développement économique et de transformation sociale est souvent sous-estimé».

Nicolas Schmit, ministre luxembourgeois du travail, de l’emploi et de l’économie sociale et solidaire, a quant à lui attiré l’attention sur le rôle que pourraient jouer les entreprises de l’économie sociale au niveau international, en particulier dans les régions où le chômage est très élevé comme les Balkans ou l'Afrique. «Nous devons éliminer les obstacles et soutenir les entreprises de l’économie sociale pour développer leur potentiel», a déclaré M. Schmit.

Ann Branch, directrice faisant fonction, DG EMPL de la Commission européenne, a fait remarquer que les travaux de la Commission concernant les entreprises de l’économie sociale ont commencé en 2011 avec l’initiative pour l’entrepreneuriat social, à la suite de laquelle un large éventail d’activités, y compris de soutien financier, ont été entreprises. «Ce domaine est si important, pour ce qui est des emplois inclusifs, de la croissance et du développement durable; je pense que les choses ont évolué», a dit Mme Branch.

Quatre récits inspirants

La manifestation a été enrichie d’exemples d’entreprises de l’économie sociale, innovantes et ayant réussi, qui ont ainsi apporté la preuve que la montée en puissance du secteur de l’économie sociale est possible.

Pfefferwerk Stiftung est une entreprise dont le siège se situe à Berlin, qui s’emploie à renforcer la communauté, la diversité et la cohésion sociale en menant à bien plusieurs projets éducatifs, environnementaux et culturels et en apportant un soutien financier aux initiatives à plus petite échelle. L’année dernière, la fondation a soutenu 71 projets à orientation sociale, qui portaient sur l’emploi des jeunes, les jeunes défavorisés et les conseils aux femmes.

La plateforme Impact Hub compte huit antennes situées dans diverses villes européennes, et fait fonctionner une centaine d’entreprises d’économie sociale dans 50 pays différents. L’organisation a pour but de soutenir les entrepreneurs décidés à étendre leurs activités à l'échelle nationale et, idéalement, internationale. Impact Hub organise des formations pour les entreprises de l’économie sociale, et plus important encore, les met en liaison avec les acteurs locaux et les parties prenantes dans de nouveaux endroits.

WIDE est une entreprise établie au Luxembourg qui œuvre à l’autonomisation des femmes grâce à la numérisation. L’entreprise non seulement conduit un certain nombre de projets en matière d’informatique spécifiquement conçus pour les femmes mais vise également à collaborer avec d’autres pays et organisations et à sensibiliser sur les stéréotypes de genre et les inégalités dans ce secteur.

Le réseau Entrepreneurs solidaires du centre Isère a été lancé par huit personnes dans la région des Alpes françaises en 2012. Ce réseau vise à renforcer la coopération entre les différents entrepreneurs sociaux et à créer ainsi davantage de projets innovants en faveur de l’emploi et à promouvoir des activités liées à l’utilité sociale, à la performance économique ainsi qu’au respect de l’environnement. Aujourd’hui, ce forum rassemble une vingtaine d’entreprises.

Ateliers de réflexion sur les entreprises de l’économie sociale

Ces exemples de réussites ont enrichi le débat sur l’égalité entre les hommes et les femmes au sein des entreprises de l’économie sociale, le rôle des grappes d’entreprises et les possibilités d’expansion du secteur. Ces questions ont été abordées dans le cadre de trois ateliers participatifs.

  • Comment renforcer l’impact de l’économie sociale et permettre son renforcement?

Les participants ont souligné que, pour ne pas être exclues des marchés, les entreprises de l’économie sociale doivent améliorer leur compétitivité et leur productivité. Ils ont estimé qu’il était essentiel d’avoir une approche flexible pour le financement de l’économie sociale, de diffuser les bonnes pratiques et de constituer des groupements intersectoriels fondés sur la coopération.

  • Égalité entre les hommes et les femmes dans les structures de gouvernance des entreprises de l’économie sociale

Il a été rappelé que 70 % de l’ensemble des salariés dans les entreprises de l’économie sociale sont des femmes mais que les statistiques s’inversent lorsqu’il s’agit de postes de haut niveau, qui sont majoritairement occupés par des hommes. Les participants ont fait part de quelques idées sur la façon d’améliorer l’équilibre hommes-femmes dans les entreprises de l’économie sociale aux niveaux local, national et européen. Il a entre autres été suggéré d’éviter de recourir à des commissions chargées des questions d'égalité hommes/femmes, car il est estimé que cela conduit à évincer la question de genre dans l’ensemble du processus de prise de décision.

  • Le rôle des grappes d’entreprises et des régions dans le développement à plus grande échelle

Les participants ont conclu que les grappes d’entreprises servent à travailler ensemble dans un territoire pour établir un lien entre les différents acteurs, promouvoir l’innovation et renforcer la compétitivité. Ils ont souligné qu’elles pouvaient favoriser la modernisation industrielle et prévenir la fragmentation. Cependant, il a été souligné que les grappes d’entreprises pourraient être confrontées à des défis dans la création de partenariats interrégionaux.

L’économie sociale ne peut pas perdre son âme

Lors de la session de clôture, les décideurs politiques de l’UE ont convenu que le moment est venu pour l’économie sociale d’opérer une montée en puissance. «L’on pourrait lier celle-ci à la nécessité d’atteindre les objectifs de développement durable ou de stimuler la résilience de l’économie sociale face aux difficultés économiques mais, plus important encore, l’économie sociale peut contrer efficacement le nationalisme montant», a déclaré Sławomir Tokarski, directeur de la DG GROW à la Commission européenne.

Tadej Slapnik, secrétaire d’État au cabinet du Premier ministre de la Slovénie, a souligné que l’économie sociale en Slovénie a connu une croissance constante en termes d’emplois et de PIB. «Nous constatons le potentiel de l’économie sociale», a-t-il déclaré, ajoutant qu’il est important de relier les pays et les universités entre eux au sein d’une plateforme regroupant les acteurs concernés.

Marie-Christine Vergiat, coprésidente de l’intergroupe «Économie sociale» du Parlement européen, a attiré l’attention sur les risques que pourrait présenter le renforcement de ce secteur. «L’économie sociale dans l’Union européenne ne saurait perdre son âme en se développant», a déclaré Mme Vergiat, ajoutant que l’axe principal doit rester la défense des fondements de l’économie sociale, à savoir la coopération et la solidarité.

Juan Antonio Pedreño, président de Économie sociale Europe, a souligné que les entreprises de l’économie sociale travaillent sur la base d’un modèle d’entreprise différent de celui qui prévaut dans l’économie traditionnelle et que, souvent, elles ne distribuent pas mais réinvestissent leurs bénéfices afin de maintenir les personnes dans leur emploi, même en période de crise économique. «Il est très important que les faits deviennent réalité, nous devons faire en sorte que ce modèle de l’économie sociale devienne le modèle pour notre futur».

Contexte: Le CESE a travaillé sur le thème de l’économie sociale au cours de la dernière décennie et un groupe d’étude permanent y relatif a été créé en 2015. La Journée européenne des entreprises de l’économie sociale a un double objectif: d’une part, passer en revue les progrès réalisés dans la mise en place d’un écosystème des entreprises sociales et, d’autre part, voir quelles sont les prochaines étapes à franchir pour que ce modèle d’entreprise soit reconnu et plus largement diffusé.