Georges Dassis: Seuls, aussi grand soit-on, on n’est pas grand-chose devant les dangers futurs

En rentrant de Bruxelles le 11 mars 2020 je ne pouvais pas imaginer que j’allais vivre une situation tout à fait extraordinaire.

Ça a commencé par une recommandation ferme de l’EODY (organisme hellénique de santé publique): ceux et celles qui rentrent de l’étranger doivent rester en quarantaine chez eux pendant 14 jours.

Au début je m’étais dit que, durant ma vie, je suis sorti indemne de pas mal de situations délicates, mais cette fois, sous la pression affectueuse de mon épouse et de mes enfants, mais aussi par esprit de civisme envers les autres, j’ai annulé toutes mes activités durant les deux semaines qui ont suivi le 11 mars. 

Entre-temps la coronavirus faisait des ravages en Lombardie, tandis qu’on annonçait les premières victimes dans d’autres pays et notamment en Belgique, en France, et en Espagne.

En Grèce, le gouvernement a annoncé le confinement général à partir du 16 mars. Me voilà donc cloué à la maison comme à peu près 10,5 millions d’autres citoyens, tandis que les travailleuses et travailleurs du secteur de la santé menaient une lutte sans relâche pour secourir les personnes atteintes par le coronavirus.

La promulgation du confinement, qui a été respecté par pratiquement tous les citoyens, a apporté des résultats tout à fait satisfaisants, puisque la Grèce figure parmi les pays qui ont le mieux affronté cette crise sanitaire.

La crise économique et sociale qui se dessine déjà est, quant à elle, une autre paire de manches, étant donné que toutes les activités économiques et productives ont été à l’arrêt complet: même si une reprise très partielle a commencé le 3 mai, les travailleurs et entreprises du secteur du tourisme sont les grandes victimes de cette crise.

Les philosophes de la Grèce antique disaient qu’il n’y a pas de mal sans bien (ουδέν κακόν αμιγές καλού) et cette maxime a été confirmée dans mon cas. Jamais dans mon existence d’adulte, je n’ai goûté aussi longtemps la douceur de la vie familiale, et j’ai lu quelques livres de la grosse pile qui s’accumule en attendant ma retraite des activités socio-économiques.

Assisté de mon épouse, j’ai effectué toute sorte de réparations et des travaux de peinture à la maison – dont certains devront être revus par un homme de métier lorsque le confinement sera levé. J’ai soigné mes oliviers et j’ai eu tout le temps de méditer sur la situation.

Bref, vous avez compris, le confinement n’a pas été un malheur pour moi, mais cela ne m’a pas empêché de penser à tous ceux qui doivent rester enfermés dans des appartements, petits ou grands, dont ils ne peuvent sortir que pour acheter des provisions ou pour faire une petite promenade moyennant une autorisation demandée par SMS. Penser à tous ceux qui, en Grèce ou ailleurs, perdaient des êtres chers. Penser aux travailleurs et travailleuses qui se sont retrouvés sans emploi et sans les ressources nécessaires pour survivre. 

Normalement dans une société solidaire et dans une Union dont la solidarité constitue l'un des fondements, les victimes de cette pandémie devraient bénéficier de la solidarité, mais la pratique ne correspond pas tout à fait à la théorie.  

Les pays qui sont ou qui se croient forts économiquement et financièrement ont rejeté la piste de l’émission des "obligations euro" ("Eurobonds"), qui aurait constitué une réponse efficace à la crise, en même temps qu’une démarche conforme à la philosophie qui sous-tend les traités européens.

Il faut constater toutefois que la Commission européenne a réagi beaucoup plus rapidement devant la pandémie et la crise sanitaire et économique qui s’ensuit qu’elle ne l’avait fait en 2009 devant la crise financière qui a provoqué l’appauvrissement de dizaines de millions de personnes.

Espérons et surtout agissons – chacun dans notre domaine – pour que les leçons de cette pandémie soient retenues par tous et notamment par les décideurs politiques au plus haut niveau. Pour qu’on cesse de gaspiller les ressources de la nature en mettant à mal l’avenir de nos enfants. Pour faire en sorte que les personnes mal loties avant la pandémie ne se retrouvent encore plus démunies après la crise économique qui la suivra.

Pour se rendre compte que personne n’est à l’abri d’un malheur!

Pour prendre conscience que seul, aussi grand soit-on, on n’est pas grand-chose devant les dangers futurs et qu’ensemble nous serons suffisamment forts pour affronter avec un succès certain toutes les situations qui risqueront de mettre en danger notre santé et notre existence.