Cillian Lohan: L’essentiel est invisible pour les yeux

Je suis dans ma ferme en bord de mer. Bien que je me trouve dans une zone rurale isolée, je dispose d’une bonne connexion à l’internet. Chaque matin, j’ai la chance de pouvoir marcher le long de la côte, de regarder la mer, et de me dire qu’au-delà de l’Atlantique, la prochaine terre, New York, se trouve à quelque 5 000 kilomètres de distance. Je suis conscient du grand privilège que représente mon confort.

Par magie, je peux transformer l’air froid du matin en étreinte chaleureuse. Tout est relatif: après avoir brièvement nagé dans la houle puissante et saline de l’Atlantique, quand je sors de l’eau en courant, le sable et les pierres sur lesquels je pose les pieds me semblent chauds. Dans des conditions extrêmes, il est difficile de faire la différence entre la sensation de brûler et celle de geler.

Tout au long de la semaine, je me demande pourquoi je n’ai pas plus de temps libre. Et voilà que du jour au lendemain, je n’effectue plus les heures de travail , de déplacements et de trajets entre la maison et le bureau dont j’avais l’habitude. Je me rends compte que j’ai occupé ce temps en ralentissant mon rythme. Je remarque que bien des personnes avec lesquelles je discute en ligne reconnaissent les terribles épreuves et conséquences qu’inflige le virus, mais disent apprécier leur situation personnelle.

Dans le grand classique d’Antoine de Saint-Exupéry, le Petit prince nous rappelle que les adultes sont incapables de percevoir l’essentiel dans la vie. Peut-être que ce confinement, cette pause que nous marquons dans nos existences habituellement privées de tout moment de répit, nous offre la possibilité de réévaluer ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Toute crise s’accompagne d’une leçon et une chance de reconstruire.

Je m’investis dans ma journée, me concentre sur le développement durable, l’économie circulaire, la relance verte. Je nourris l’espoir que nous avons opéré un changement collectif dans notre perception des choses. Nous savons à présent quels sont les emplois et les personnes qui assurent un travail essentiel. Il est intéressant de noter à quel point nous leur accordons aujourd’hui de la valeur alors que nous ne les prisions guère auparavant. Il est réconfortant de voir comment nous pouvons, en tant qu’espèce, travailler ensemble, adopter un comportement collectif pour le bien commun. Ensemble, nous agissons en payant de notre personne pour protéger la vie d’autres groupes vulnérables.

Nous constatons également les tristes conséquences qui se produisent lorsque l’on reste sourd aux faits avérés et que l’on tarde à agir.

Je me couche de bonne heure et je dors bien.